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L'expertise et l'intégrité pour redorer le blason de Sonatrach



L'expertise et l'intégrité pour redorer le blason de Sonatrach
Il a failli ne pas être recruté à Sonatrach. Vingt-deux ans après, il devient le patron de ce puissant groupe énergétique national. C'est l'incroyable destin d'Amine Mazouzi. Rentré de France après un long séjour d'études à Centrale, l'une des plus prestigieuses écoles d'ingénieurs de Paris avant de finir sa thèse de doctorat d'Etat à Paris VI, Amine Mazouzi se dirige tout naturellement vers Sonatrach. L'endroit idéal pour mettre en ?uvre ses compétences au service du pays.C'était en 1993, l'année où l'Algérie basculait dans une violence massive. Pendant que de nombreux cadres sont contraints par le terrorisme de quitter le pays, lui fait le choix inverse et non moins risqué. Se présentant alors au bureau du patron de la compagnie pétrolière de l'époque, Nazim Zouioueche, le jeune Mazouzi, bardé de diplômes prestigieux, formule alors sa demande.Le boss de la société nationale de transport et de commercialisation des hydrocarbures hésite un bon moment. Mais il a le réflexe de lui demander son diplôme et l'école de formation. «Centrale.» A peine le nom de cette prestigieuse école est prononcé que le big boss sursaute puis tranche ; son hésitation se dissipe et il décide sur-le-champ de recruter celui qui va, deux décennies plus tard, prendre les rênes de la compagnie qui porte et supporte l'économie du pays.Quand son nom a été officiellement confirmé par le Conseil des ministres, dimanche dernier, le désignant à la tête de Sonatrach, M. Zouioueche devait probablement en être fier. Diplômé de la réputée Ecole polytechnique d'Alger, Amine Mazouzi n'a pas de difficulté d'adaptation quand il atterrit à Paris, à la prestigieuse Centrale. Il obtient avec succès un diplôme d'enseignement approfondi et un doctorat à l'université Paris VI. Détectant en lui un ingénieur hors pair, Centrale a tout essayé pour le garder, en vain.Ce qui avait fait dire au chef du département énergie de l'école, à l'époque, que «Amine est un dur, un têtu et surtout un gars qui ne sait pas se vendre», témoigne un proche parent. Signe que l'homme sait par contre se rendre utile à son pays. A Sonatrach, il est vite repéré. Il entame sa carrière comme ingénieur puis, rapidement, est propulsé chef du service techniques nouvelles, puis chef du service réservoir Sud. Ses collègues, à Sonatrach, parlent d'«un travailleur sans relâche, totalement investi. Il ne sait pas faire autre chose. Il est fait pour cette mission».Le fils de son pèreA la maison, en rentrant le soir, «il prolonge sa journée», raconte un proche. Sans faire de bruit, alors que la compagnie pétrolière nationale commence à montrer des signes de fissuration sous l'ère Khelil, M. Mazouzi poursuit sereinement son ascension au sein du groupe pétrolier. Chef de département pôle Hassi Messaoud, avant d'être bombardé directeur de la stratégie et de la planification. Mais avant cela, il a fait un passage de plus de deux ans à Londres, où il a été détaché au sein de l'association Sonatrach-British Petroleum (BP).En parallèle à ses activités au sein de la compagnie, il a représenté Sonatrach à de nombreux colloques, séminaires et autres conférences internationales. Mazouzi peaufine son expertise et approfondit ses recherches. Il devient, au fil des travaux et missions, un des experts les plus en vue dans le secteur énergétique. Sa maîtrise des rouages de la géo-énergie internationale est l'un des atouts de cet expert abouti, au profil aussi discret que rigoureux. Au terme d'un parcours jalonné de succès dans une entreprise traversée par de violentes secousses, il se voit propulsé manager de la première compagnie pétrolière africaine.Il n'a jamais caressé cette ambition, mais son caractère d'homme prêt à relever les défis les plus fous l'ont certainement «contraint» à accepter cette mission hautement importante. Avec son style original qui tranche avec celui des anciens dirigeants de la compagnie nationale, il se donne comme objectif premier de «redorer le blason de la société pétrolière en instaurant une gestion transparente qui passe par la bonne gouvernance».La compagnie recèle de grandes compétences ?longtemps marginalisées ? à même d'accompagner le nouveau boss dans la mise en place d'une nouvelle ingénierie. «Comme beaucoup de cadres intègres, Il était très peiné durant la période tumultueuse qu'a connue Sonatrach. La mauvaise gestion et les scandales de corruption découlant directement de la gestion de Chakib Khelil ont laissé des séquelles», glisse un ancien de la boîte. C'est conscient de cette situation qu'il en prend les commandes.Des travaux d'Hercule l'attendent. Il hérite ainsi d'une gestion calamiteuse menée par Khelil, qui a placé Sonatrach sur la liste des compagnies non recommandables et le pays avec. Le nouveau patron du groupe pétrolier part avec des atouts. «Une intégrité irréprochable, une compétence managériale avérée et surtout une vision stratégique patriotique de l'entreprise. Il est le fils de son père», atteste un proche. D'évidence, l'évocation du fils renvoie au père, le grand Mohamed-Saïd Mazouzi.Le Mandela algérien. Ancien détenu du colonialisme de 1945 à 1962, ministre du Travail sous Boumediène avant de rompre avec le «système Chadli», il vient de publier ses mémoires sous le titre J'ai vécu le pire et le meilleur. Connu pour son humilité légendaire, le vieux Mazouzi apprend avec modestie la nomination de son fils à la tête de Sonatrach, mais non sans satisfaction que lui seul sait dissimuler. Le fils est conscient du poids qui pèse sur ses épaules. Il porte un nom aussi grand que la tâche à laquelle il est convié d'en assumer la responsabilité. «De son père, il a hérité la valeur travail, la notion de l'Etat et du service public et surtout la rectitude morale», loue un ancien cadre de la compagnie.La nécessaire liberté d'agirSonatrach en a vraiment besoin pour faire renaître en son sein une confiance sérieusement altérée par une série de scandales financiers. Mais le tout nouveau patron du groupe énergétique est surtout attendu sur le terrain de la gestion d'entreprise, qu'il faudra redresser pour éviter au pays un effondrement. «Avec le ministre de l'Energie, Salah Khebri, il forme un binôme qui se complète. Ils doivent travailler main dans la main pour pouvoir relever les défis et surtout résister aux forces bloquantes.Les deux ont une responsabilité historique. On a fait appel à eux parce qu'ils sont compétents, mais aussi parce que la situation est grave. Elle est tellement grave qu'on doit leur donner carte blanche», recommande un ancien conseiller en stratégie au ministère, en conflit avec Khelil. Si au plan managérial, le tandem Khebri-Mazouzi recèle les capacités d'élaborer une stratégie à long terme avec des objectifs précis, il sera certainement soumis à la pression politique d'un gouvernement à court d'idées.Dressant un tableau peu rassurant au plan économique, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, les charge de lui trouver des solutions dans l'immédiat. L'urgence est de «doubler la production de pétrole». Un fait accompli. Entre le pouvoir dont le souci majeur est d'entretenir le système rentier pour se maintenir et la nécessité, pour les managers de Sonatrach, préoccupés par la mise en place d'une gestion rationnelle, le fossé est large. Il n'est pas à exclure de voir apparaître des contradictions entre les deux options. «Ces experts à qui on a confié cette tâche dans un contexte difficile peuvent réussir à une seule condition : que cessent les injonctions administratives et surtout en finir avec les interférences politiques», conseille un économiste.En tout cas, de nombreux observateurs se demandent déjà si les décideurs sont animés d'une réelle volonté politique de sauver «la maison Algérie» d'un péril en faisant appel à des experts, ou bien vont-ils s'appuyer sur eux pour faire passer des projets fortement contestés ' Amine Mazouzi n'ignore rien des pratiques d'un système rompu à la man?uvre et des guerres d'influence que se livrent les clans au pouvoir, desquels il se tient loin. Mais dans certains milieux, on ne manque pas de spéculer sur tel ou tel clan qui serait derrière sa nomination. Ce qui est certain, c'est que son nom a fait l'unanimité ; son CV et sa probité ont plaidé pour lui. Ceux qui le connaissent, disent de lui qu'«il n'est pas homme à qui on peut forcer la main».


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