Les médias étrangers les plus «connaisseurs» de l´Algérie se sont trompés, lourdement même, sur le verdict des urnes en Algérie ! A la veille du 10 mai, ils misaient sur un raz-de-marée islamiste, encore plus significatif que la performance d'Ennahda du Tunisien Rachid Ghennouchi ou du Parti de la Justice et du Développement du Marocain Abdallah Benkirane.
Tous les pronostics donnaient alors la majorité parlementaire à l'Alliance Verte, ouvrant grandes les portes des institutions algériennes à la montée de l'intégrisme... comme une fatalité dans tout le monde arabe.
L'erreur d´appréciation
C´est la grande erreur d'appréciation qui sera relevée au soir même du scrutin législatif du 10 mai, sans doute le plus libre et le plus transparent de l´histoire du processus démocratique en Algérie. Au départ, tout ce beau monde avait misé sur une «abstention massive», encore plus nette que les 37% enregistrés aux législatives de 2007.
Sur la base de quoi sont faites ces intentions de vote, sachant qu'en Algérie, toutes les estimations du comportement des électeurs effectuées occasionnellement depuis l´ouverture démocratique en 1988 relevaient moins de la méthode de sondage des opinions stables dans les vieilles démocraties et à faible marge d´erreur, que des états d'âme, de l'«à- peu-près» ou de l´auto-évaluation partisane habituée au généreux système des «quotas» '
Bien des spécialistes des urnes, même parmi ceux qui sont au-dessus de tout soupçon de partialité, avaient cédé à la perspective d'une victoire islamiste en Algérie qui viendrait boucler la logique géopolitique du «printemps islamiste». Les électeurs algériens ont renvoyé tous ces analystes dos à dos. Pourquoi donc tous ces pronostics ont-ils été
déjoués '
«Boycott massif» ou «fraude massive»
La première constatation à faire est celle d´une certaine incapacité à se libérer des clichés et des stéréotypes qui ont largement été véhiculés par le passé. Chaque vote est disqualifié. Un faible taux de participation en-dessous des 40%, comme en 2007, est un «boycott politique massif».
En revanche, un taux au-dessus de 50% est «une fraude massive». Dans la tranche de 40 à 50%, l'Alliance Verte y voit «la forte manipulation des chiffres par l´administration centrale».
La contestation du verdict des urnes trouve encore plus d´échos dans les comptes rendus de certains médias aux ordres ou conditionnés par l´arrêt du processus électoral de janvier 2012, que le rapport favorable dressé par les observateurs internationaux, dont celui des eurodéputés, pourtant très peu suspects de complaisance á l´égard des gouvernements des pays arabes.
Le scrutin du 10 mai a confirmé que l´Algérie est l´exception qui confirme la règle du «printemps arabe». L´Algérie partage, certes, des valeurs avec le reste du monde arabe : l´espace géographique, la langue, l´islam et le sentiment de solidarité envers les causes politiques communes. Mais pas forcément les mêmes aspirations démocratiques.
L´alternance islamiste, une fatalité arabe '
Chaque pays a ses spécificités culturelles, ses problèmes sociaux, ses aspirations politiques et son expérience démocratique. Ce processus a commencé en 1988. C´est 20 ans après que les pays de la région ont commencé à bouger dans ce sens, souvent dans un climat de violence qui a toutes les chances de jeter la société dans les bras des partis fondamentalistes. Pourquoi donc le «printemps arabe» devrait-il être porteur de cette inévitable contagion à la grecque qui n´épargnerait fatalement aucun pays de la zone '
Le 10 mai dernier, les Algériens avaient choisi la stabilité politique en répondant, comme ils l´ont fait, à l´appel que le Président Bouteflika leur avait lancé depuis Sétif, les invitant à se rendre massivement aux urnes. Cette invitation lancée aux indécis et aux abstentionnistes a sans doute joué dans la modification de la donne. C´est évident que les Algériens ont compris, après ce qu´ils ont été les seuls à vivre durant la décennie noire, que la stabilité politique est la première condition de la paix. Ils ne se sont pas trompés.
Et puis les exemples à ne pas suivre, tout près de chez eux, ne les ont pas incités à jouer la carte des islamistes dits «modérés». Le salafisme a fait son entrée tonitruante dans le Parlement tunisien, alors que l'«islamisation» de la société marocaine est en cours. Et puis comme disait une journaliste sur le plateau d´une chaîne de télévision française, «pourquoi donc les Algériens devraient-ils s´inspirer du modèle de leurs voisins, lorsque c´est l´inverse qui serait plus logique» '
Les Algériens refusent l´amalgame
Le message du 10 mai est simple. Il s´inscrit en droite ligne du comportement qui a été celui des Algériens face à la contagion arabe qui n´a jamais pu prendre en Algérie.
Le ras-le-bol des jeunes de Bab el Oued ne pouvait pas être amalgamé avec le sentiment de désespoir qui a poussé 20 000 jeunes tunisiens à tenter le naufrage en mer, puis l´humiliation à Lampedusa. Les perspectives sociales en Algérie sont autrement plus ouvertes qu´ailleurs et pas seulement dans la zone sud de la Méditerranée, mais comparativement aussi avec certains pays du sud de l´Europe.
Le président espagnol Mariano Rajoy, prenant mauvais exemple sur Sarkozy, puise dans les poches des salariés pour sauver les banques et le grand capital qui l´ont porté au pouvoir. Le cas de la Grèce est tout simplement désespéré. On voit mal, dans moins d´un mois, le plus mauvais élève de la zone euro se maintenir dans la monnaie unique après sa banqueroute financière pour mauvaise gouvernance.
En 1992, l´Algérie était aussi cet exemple d´échec social, d´insécurité et d´instabilité politique avec lequel aucun voisin ne voulait être amalgamé. Ni même comparé. Avec l´apparition du printemps arabe, la situation des Algériens avait radicalement changé. Comme dirait Amara Benyounès, «le printemps algérien a commencé le 10 mai». Apparemment, la levure préparée pour la recette Sarkozy n´a pas pris.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hania A
Source : www.letempsdz.com