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L'étrange optimisme de Djoudi



L'étrange optimisme de Djoudi
L'évolution de l'économie nationale inquiète. Baisse des exportations en hydrocarbures et accélération des importations mettent à mal les équilibres financiers.L'immense programme de dépenses publiques devant permettre, à grand renfort de milliards de dollars, de placer l'économie nationale sur les sentiers de la croissance n'a finalement abouti qu'à un renforcement de la dépendance de l'Algérie des marchés internationaux. Le constat du FMI est sans équivoque : si l'Algérie persiste dans cette voie, elle ira droit dans le mur, avec la perspective d'un endettement à hauteur de 100% du PIB d'ici 2030. Pourtant, les pouvoirs publics algériens s'obstinent à donner le change. D'autant qu'en cette période trouble, où les incertitudes politiques font douter de nombreux partenaires de l'Algérie, dresser un tableau à même de rassurer aussi bien en interne qu'au-delà des frontières est une priorité du gouvernement.Un contexte à même d'expliquer les propos tenus récemment par le ministre des Finances, Karim Djoudi, lors d'un entretien pour la Lettre d'El Djazaïr, publication du bureau de la Banque mondiale à Alger. Le ministre a d'ailleurs insisté sur la nécessité de «véhiculer une image réaliste de notre pays et faire partager à grande échelle les différentes expériences que l'Algérie a pu capitaliser à travers son processus de développement politique économique et social». Celui qui, il y a quelques jours, avertissait quant aux risques qu'induisent une baisse de 12% des revenus des hydrocarbures et une hausse importante des importations, a tenu cette fois à souligner, tel que précisé par l'Agence presse service, «la stabilité des grands équilibres macro-économiques de l'Algérie et leur amélioration progressive ces dernières années», ainsi que «les efforts consentis par l'Etat pour relancer l'économie». Pour cela, l'argentier compte sur la mise en avant de l'importante épargne publique cumulée par la grâce du pétrole et sur la faiblesse de l'endettement public. M. Djoudi a également insisté sur «le profil de la balance des paiements qui s'est notablement amélioré en 2012, situant le compte courant par rapport au PIB à 6%».Pourtant, le propos du ministre va à l'encontre de tout ce qui a été publié dans les rapports de conjoncture de la Banque d'Algérie. Rappelons que le rapport annuel 2012 de l'autorité monétaire met en avant «une moindre performance de la balance des paiements en 2012 comparativement à l'année 2011, en raison principalement de la forte augmentation des importations de biens». Pis encore, le rapport de conjoncture pour le premier semestre 2013 évoque un léger déficit de la balance des paiements.PME, emploi et crédits non performantsUn déficit induit par divers facteurs, dont les plus importants demeurent la baisse des revenus des hydrocarbures et une hausse des importations, qui reflète d'ailleurs la vulnérabilité chronique d'une économie nationale non diversifiée aux fluctuations des marchés de l'énergie. Une question sur laquelle M. Djoudi a eu à s'exprimer en résumant les préoccupations liées à l'industrie, l'agriculture, le tourisme, le climat des investissements... à la promotion de la PME. La formule utilisée à cette fin est digne d'intérêt vu que l'argentier précise que «l'Algérie a consenti de grands efforts pour relancer son économie en termes d'élargissement de la base productive». Celui-ci compile les chiffres devant permettre d'étayer ses propos : 30 000 PME créées annuellement, 50% de la population active employée par les PME, 1000 milliards de dinars pour les différents dispositifs d'emploi des jeunes, dont 600 milliards ayant permis de créer 2,9 millions de postes d'emploi entre 2011 et 2013.Pourtant, le représentant du gouvernement omet de nuancer son propos par des faits têtus. Le rythme de création de PME devrait rimer avec leur taux de mortalité, seul indicateur de la dynamique d'une économie saine. La précarité de l'emploi est aussi une donnée sur laquelle la transparence est essentielle, notamment lorsqu'il s'agit d'évoquer les emplois générés par le filet social et le dispositif DAIP. Enfin, évoquer avec tant d'éloquence les ressources mobilisées à ce titre ne saurait aller sans les crédits alloués par les banques, les créances honorées ou, au contraire, les créances non performantes, les avantages fiscaux accordés et, en contrepartie, la plus value et les avantages que tire la communauté de ces différents investissements. Il est clair cependant qu'un indicateur peut renseigner quant à l'évolution réelle de la situation et du gaspillage des ressources : malgré les fonds mobilisés, l'Algérie vit, aujourd'hui plus qu'hier, d'importations financées par la rente pétrolière.


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