La situation s'embrase entre les magistrats et les avocats qui ont réagi sans attendre à la version donnée par la section syndicale des magistrats de la cour d'Alger, au sujet des derniers incidents survenus durant le procès de Mourad Eulmi.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - La section syndicale des magistrats de la cour d'Alger s'était abstenue de réagir jusque-là, mais la proportion prise par les événements l'a visiblement conduite à rompre le silence qu'elle affiche habituellement. Dans un communiqué rendu public hier mercredi, cette dernière déclare d'abord regretter les «incidents survenus le 24 septembre dernier lors du procès de certains prévenus impliqués dans des affaires de corruption», et tient à corriger la «version qui a trompé l'opinion publique. Le bâtonnier d'Alger a demandé le report de l'audience, ce qui a été refusé, mais Me Sellini s'est livré à des comportements qui ont été notifiés par le greffier». Voici ce qui est reproché à Me Sellini : «D'avoir perturbé la séance, d'avoir tenu des propos inappropriés au président du tribunal, et d'avoir donné un coup de pied à la porte de la chambre d'audience.»
Le syndicat des magistrats de la cour d'Alger qualifie ces agissements d'atteinte à une institution de l'Etat et rappelle la pleine autorité du président du tribunal. « Pour toutes ces raisons, poursuit le communiqué, le syndicat qui affirme être soutenu par un groupe d'autres magistrats proclame sa solidarité totale aux instances de la première chambre pénale, condamne les agissements qui ont engendré cette situation, appelle les autorités à protéger les magistrats durant l'exercice de leur fonction, et décide enfin de transmettre le dossier contenant toutes les informations relatives à ces événements au bureau exécutif du Syndicat national des magistrats pour prendre les décisions qu'ils jugeront nécessaires ». Cette réaction a été très mal prise par les avocats qui se sont réunis le même jour, ce mardi 29 septembre, pour riposter et démentir la version livrée par les magistrats. L'Ordre des avocats, qui soutient pleinement la grève décrétée par la défense de Mourad Eulmi, évoque la réaction de «parties appartenant à un passé récent qui veulent tromper l'opinion et qui travaillent pour leurs intérêts étroits, sous couvert d'actions de justice contre un ennemi commun». Il estime que le communiqué des magistrats de la cour d'Alger «travestit totalement la réalité des faits et trompe l'opinion en insinuant que les avocats travaillent seulement pour une partie de la société», et rappelle que les avocats «ont été les premiers à accompagner le Hirak et à avoir assisté toutes les victimes des injustices, et à boycotter depuis 7 mois la 5e chambre pénale de la cour d'Alger pour ses agissements dans l'affaire Karim Tabbou». L'Ordre des avocats insiste également sur les entraves aux droits de la défense auxquelles les avocats font face. À son tour, le communiqué retrace l'origine de l'incident, le refus du juge de reporter la séance à la demande de tous les avocats, l'intervention du bâtonnier qui évoquait une énorme fatigue, la réaction du juge qui a dit qu'il s'agissait d'un trouble qui empêchait la séance de se dérouler de façon normale et enfin, le plus grave à leurs yeux, l'appel du magistrat à l'intervention de l'ordre public à l'encontre de Me Sellini. «Tout le monde était ahuri, précise le communiqué. Ce comportement n'honore pas les magistrats, et cet incident s'ajoute à une série de dépassements que tous savent.»
L'Ordre des avocats interprète certains propos du Syndicat des magistrats de la cour d'Alger comme étant une insinuation de leur volonté de poursuivre le bâtonnier en justice. Il se «réserve, à son tour, le droit de déposer plainte en cas de témoignage trafiqué et de documents officiels rédigés hors de la salle d'audience et en l'absence des avocats».
A. C.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abla Chérif
Source : www.lesoirdalgerie.com