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L'Esba un n'ud gordien dans une oasis de création



L'Esba un n'ud gordien dans une oasis de création
A voir de plus près, l'histoire de l'Ecole supérieure des Beaux-Arts d'Alger est cette perle nichée au fond du Parc Gatliff, trop belle et trop prisée pour rester créative dans la sérénité qui lui siérait si l'on était dans une nation normale. Mais voilà tout, cette structure et les éléments vivants qui la constituent semblent vivre ce que Sisyphe a vécu il y a longtemps dans la mythologie grecque.En effet, des problèmes structurels de programmes d'enseignement qui relèvent du supérieur et de la recherche scientifique, un hébergement trop erratique pour fixer ces étudiants enfin dans un espace qui leur est dédié, de la restauration qui relève du simple droit humain d'avoir quelque chose dans le ventre pour pouvoir se consacrer à la découverte du monde, à la quête du savoir et enfin à pouvoir concevoir ce monde dans la dignité et l'humanisme le plus serein.Voilà un panel récurrent de revendications, de plateformes établies depuis trente ans, et d'arrêts de cours accompagnés d'actions de protestations qui restent le lot de ces étudiants, finalement mal aimés du système éducatif supérieur algérien. Ils sont pourtant les éléments actifs d'une avant-garde lumineuse dont les noms se trouvent être des personnages comme Ahmed Assellah, Denis Martinez, Bachir Yelles, Choukri Mesli, M'hamed Issiakhem, Ali Ali-Khodja, Goudjil, Salah Malek, Spahis, Kheïra Slimani, Noureddine Ferroukhi, Zoubir Hellal, Karim Sergoua, Rachid Nacib, Feriel Gasmi, Yamo, Cherif, Abdi, Boutadjine, Kichou, les frères Chayani, Aïdoud Anissa, Abderahmane et Yacin, Senhadji, Chaïr, Mimoun, Saoudi, Abderahmane Khelifa, Fatima Oussedik, Laggoune, Mahfoud Kaddache, Ali Dilem, Fathy Bourayou...et ils se comptent encore par dizaines, issus de cette sublime école, qui y ont officiés, étudiés, donnés leur vie pour éclairer la route d'une Algérie, post-indépendante qui a été aussi à la recherche de ses marques dans un art et une culture cherchant sa voie dans les rets obscurs du terrorisme, de la politique abrupte et des aléas d'une nation qui restait à construire.Cet îlot de culture et de création qui a aussi donné des écrivains, des théoriciens de renom, des designers de renommée mondiale et internationale, des décorateurs, des scénographes, des acteurs comédiens, des professeurs émérites a montré qu'elle était génératrice non seulement de talent, mais qu'elle était rentable à plus d'un titre concernant l'apport non négligeable qu'elle a donné en élites diverses de personnages et de profils qui font les beaux jours d'une culture algérienne à materner à tout prix.Record de grèveIl va sans dire que la grève de la faim entamée depuis plus de dix jours maintenant interpelle au plus haut point, tant l'effarement reste de mise quand on voit la charge symbolique d'une grève de la faim, accompagnée d'un cynisme à la limite du laisser-aller.Nombre de ces grévistes de la faim, sont en fin de cycle supérieur, ils sont pertinents, intelligents et produisent du sens, que l'on s'intéresse un tant-soi peu à leur mémoire de fin d'étude qui coïncide avec cette semaine et l'on réalise que nous ne sommes pas face à des brebis galeuses qui demandent l'impossible, construire définitivement une cité pour les garçons et les filles sur des terrains appartenant à la culture, n'est pas impossible, ni trop cher, installer de vraies programmes qui réhabilitent le niveau qui a déjà existé quand on apprenait au sein de cette école, l'art thérapie, l'architecture du tracé du cercle, du carré jusqu'à l'aménagement urbain, les sciences sociales et humaines, la philosophie, l'histoire des civilisations, la politique, l'idéologie, la religion, l'archéologie, l'histoire de l'art du paléolithique au 20ème siècle, l'esthétique, l'anatomie avec ses éléments d'ostéologie, de myologie et aussi de morphologie, et l'on passe et des meilleurs.C'est pourtant facile de voir quand la plupart de ces enseignements étaient prodigués, le nombre de mémoires de qualité indéniable qui ont résulté, et le profil professionnel de nombre de ces sortants d'une école qui donné une élite incontournable dans le paysage intellectuel algérien. Elle continue malgré tout de donner du sien, nous évoquions plus haut la qualité des productions écrites et plastiques de ces jeunes artistes qui en veulent, nous sommes témoins en tant que professeurs de cette énergie nouvelle qui reste à encourager à tout prix avec un vrai débat, de vraies assises sur l'art et la théorie de l'art.Les larmes de ShakespeareAujourd'hui, le constat est terrible, il s'agit de non assistance à école en danger, et aussi de personnes en danger, qu'elle tristesse, quel spectacle pathétique de voir qu'il y a «quelque chose de pourri en ce royaume pour paraphraser Shakespeare» d'une école sclérosée par certains tenants du rien lâcher dont la retraite s'impose, avec un responsable, probablement «trop gentil» et perdu en conjectures au point de ne pas prendre le taureau par les cornes et décider tout simplement quand il le faut, avec aussi des conditions de travail pour les étudiants proches du zéro.Il s'agit d'une structure qui a besoin de moyens techniques et théoriques, de voir péricliter une ambiance qui faisait jurisprudence dans le domaine de la culture, de la société, qui a donné son lot de martyrs, de démocrates et d'acteurs citoyens de qualité notable dans le monde.La question...Qu'en est-il aujourd'hui de cette école que l'on veut tuer à tout prix !' Les futurs artistes, comédiens, plasticiens, architectes designers, miniaturistes, sculpteurs, graphistes, écrivains, bédéistes...sont-ils à ce point un luxe que l'on ne peut plus se permettre tellement ils sont nombreux que l'on doive les exclure de la scène algérienne !' Est-ce aujourd'hui une abomination d'avoir le luxe de stopper méchamment et cyniquement des jeunes artistes dans leur élan de savoir et de création, de recruter des professeurs post-graduant aux valeurs fraîches et novatrices.Est-il interdit aujourd'hui d'avoir des esthètes, des penseurs, des créateurs de sens, dans un pays qui cherche encore ses élites dans les cultures importées et qui ne nous ressemble point ' Il n'y a plus aujourd'hui de questions à se poser sur l'impératif moyen de régler cette question une fois pour toutes, cette fois, l'aspect radical et vital a été touché dans l'expression même du désarroi dans une grève de la faim qui commence à influer gravement sur la santé d'étudiants qui n'ont même pas été considérés comme des êtres humains.Cette anecdote d'un gréviste, victime de malaise, évacué par les pompiers sur appel de ses propres camarades sans aucune présence médicale d'astreinte, la nuit, nous interroge sur nos manquements face à ces générations de jeunes que l'on n'écoute pas longuement malgré des discussions avec les responsables du secteur, avec Monsieur Mihoubi qui ne laisse aucune doute sur la volonté d'arranger cette situation, si la simple volonté suffisait.Il va sans dire alors que les décisions en plus haut lieu doivent être prises pour arranger définitivement un problème de trente ans. Il s'agit d'un réceptacle de jeunes artistes qui viennent du pays entier, des écoles régionales, pour parfaire un cursus qui les intègrera dans la vie active. Si l'on éditait juste les mémoires et les projets artistiques crées en fin de cycle par les sortants diplômés de cette illustre institution, on serait ébahi par la richesse de la bibliothèque.Et maintenant, peut-être enfin du nouveau !!!Les dernières informations montrent probablement quelques directions nouvelles après la dernière visite du ministre, lundi dernier, qui a quelque temps fréquenté cette structure. On sait de lui un profil de grand écrivain, scénariste, poète littérateur actif de la scène culturelle algérienne citoyenne et responsable, une volonté précise de faire bouger dans le bon sens les choses, une commission ad-hoc spécialisée, des promesses enfin écrites et assumées, une volonté d'enrichir le cursus et d'apporter un sang nouveau par des actions concrètes, des rencontres pour les jours suivants qui seront sans nul doute salvatrices pour la destinée de cette école.L'aspect positif et la volonté d'aller de l'avant sont plus précises, ces acquis ne sont pas à négliger, tant-mieux dirons nous. La grève de faim s'est arrêtée sur ces derniers dénominateurs communs, même si la protestation de principe continue. Il est, en effet, temps que la culture ne soit plus ce chancre de culpabilisation, de stigmatisation cynique qui fait le lit de tous les intégrismes et de toutes les haines antihumaines.La culture, l'art, la science et le savoir sont des éléments, essentiels, vitaux et incontournables de cette Algérie qui est tournée vers son avenir, et l'avenir n'est pas encore réalisé, il reste résolument à construire. L'Ecole Supérieure des Beaux-arts d'Alger en est un élément primordial peut-être, n'est-il pas encore trop tard !' Dont acte !
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