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L'EQUATION ALGERIENNE



Abdellah CHEBBAH. Mars, 2019
En mathématique, une équation est généralement composée de variables dépendantes indépendantes, de coefficients, de paramètres et de constantes.
Si je devais mettre en équation la situation politique, économique et sociale de l'Algérie, cela ressemblerait fort à une équation du nième degré qu'il faudrait résoudre par la méthode des ensembles flous car rien n'est clair, ni rationnel, rien ne va, mais tout semble fonctionner.
Les éléments qui composent cette équation sont bien distincts et bien visibles. Il y a une armée, un service de renseignement, une gendarmerie, une police, des partis, une assemblée, un sénat, un pouvoir occulte, un président inopérant et des quidams qui servent tout ce monde. Tout cela constitue donc le régime.
Toute cette horde n'est que l'apparence d'un système qu'on apparente à une république démocratique et populaire.
Le mouvement de masse extraordinaire et de grande envergure qui se déroule aujourd'hui dans tout le pays, qui est la constante même de l'équation et qui a touché tous les corps de la société, revendique le départ de Bouteflika et de son système pour reprendre son destin en main.
Pour le moment il n'y a aucune solution envisageable à cette crise pour la simple raison que beaucoup trop d'éléments sont en relation. Pour pouvoir entrevoir une issue, il faudrait d'abord comprendre les mécanismes qui ont mené le peuple à occuper la rue :
La corruption, la mal-vie, le non-sens, l'arbitraire, la médiocrité insupportable et surtout le cinquième mandat du président Bouteflika qui a fait la goutte débordante.
Il faudrait donc comprendre comment fonctionne ce système.
A commencer par l'oligarchie qui a main mise sur l'argent et les ressources du pays. Celle-ci est d'une extrême puissance. Ces tentacules dépassent nos frontières. Elle s'est accaparé tout l'espace commercial public, de la place des Chouhadas à la présidence, du marché informel à la Sonatrach. Elle est partout. Une centaine de milliers de personnes à travers l'armée, les services secrets, les gouvernements qui se sont précédés, le FLN, les institutions étatiques et les entreprises publiques, certains médias ont intérêt à ce que ce système perdure. Tous les gouvernements ont tenu grâce à ces différentes personnes. L'argent et les biens immobiliers mal acquis à coup de dollars et d'euros se retrouvent dans les capitales occidentales. Ces dernières leur assurent toute protection avec sauf conduit, tant et aussi longtemps que ces larbins leur assurent à leur tour, leurs intérêts tels que l'assurance de gaz et de pétrole bradés, l'immigration clandestine Africaine et les mouvements islamistes contenus. La présidence à travers Said Bouteflika, les oligarques et certains généraux de l'armée sont de connivence et mêlés à toutes ses affaires ainsi que les pays occidentaux. La preuve est que deux émissaires ont été mandatés dernièrement auprès de ses pays pour négocier et demander quoi faire. Ces pays ont été catégoriques. Ils ne veulent pas s'ingérer. Il y va de leurs intérêts.
Qui ne dit rien, consent.
La piste de la main étrangère est ainsi écartée.
Ce régime tient donc sur ces capitalistes oligarques des deux côtés de la méditerranée qui représente un pouvoir occulte.
Ces oligarques ne datent pas d'aujourd'hui. Depuis la venue de Chadli au pouvoir, que la corruption à grande échelle fit son apparition. Les évènements de la décennie noire ont permis aux sans scrupule et sans âme de s'enrichir par tous les moyens au détriment d'un peuple effrayé par les tueries sauvages au quotidien qui n'épargnaient personne. C'est pendant cette crise que se sont amassées les grosses fortunes.
La venue de Bouteflika aidée par la main de Dieu a permis à ces oligarques de s'adonner à un commerce illicite de biens et services en disposant du trésor public comme une tirelire personnelle. Avec le temps ils sont devenus un partenaire politique sur lequel des décisions se prenaient. Leur puissance est devenue tellement forte qu'ils ont assassiné un président de la république ramenés par eux-mêmes.
Aujourd'hui ils se retrouvent acculés au mur comme des trafiquants par un peuple décidé à en découdre avec eux. Toutes les ruses, les mensonges et leur médiocrité sont devenus insupportables. L'affolement les a plongés dans l'incohérence. Le chef des armées vient, inconstitutionnellement de démettre le président de la république bien que mourant, par la loi 102. Le gouvernement démissionnaire a rejoint sans honte le camp du peuple. Les policiers, les pompiers, les avocats, le FLN, le RND et leurs députés ont en fait de mêmes. Il ne reste au gouvernement qu'un premier ministre nouvellement désigné et deux diplomates. Le gros du travail à faire repose sur les épaules du chef des armées.
Le peuple ne veut plus négocier quoique ce soit avec cette mafia au pouvoir.
Son dernier mot est : « pouvoir en entier, dégage« .
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