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L'entretien de la semaine Pr MUSTAPHA GUENANE AU SOIRMAGAZINE«Le nombre d'agressions a pratiquement doublé cette année»



Entretien réalisé par Fatma Haouari
Pr Mustapha Guenane, chef du service réanimation à l'hôpital des urgences médico-chirurgicales Salim- Zemirli d'El-Harrach, nous a fait part, dans cet entretien qu'il nous a accordé, des derniers bilans ayant trait aux cas d'agression traités dans l'établissement au sein duquel il active. Il nous a révélé que 4 033 cas d'agressions à l'arme blanche et autres objets contondants ont été enregistrés rien que durant les six premiers mois de l'année en cours uniquement pour la région de l'est de la capitale. Agressions qui ont entraîné, dans certains cas, des décès et des handicaps. En comparaison avec l'année 2011 qui en a enregistré 5 147, le nombre d'agressions a pratiquement doublé.
Soir magazine : La violence est en passe de devenir un phénomène généralisé qui touche toutes les institutions y compris les hôpitaux où des médecins ont été agressés à maintes reprises au sein même de leurs bureaux. Quelle analyse faites-vous de cette situation '
Pr Mustapha Guenane : Effectivement, la violence est un phénomène grandissant au sein de la société, et ces derniers temps, des médecins ont été agressés en plein exercice de leur profession. C'est effarant mais il faut le reconnaître, l'insécurité est en train de gagner du terrain et il est inadmissible que des médecins travaillent dans ces conditions. C'est arrivé que des personnes accompagnant un patient menacent le médecin et l'agressent. Je pense que la sécurité dans les structures hospitalières doit être renforcée. Le médecin a besoin de travailler dans la sérénité pour faire son diagnostic et prodiguer les soins nécessaires à ses patients. Ce que je peux dire, c'est que nous sommes dans une situation telle que les pouvoirs publics doivent impérativement y remédier, car c'est un phénomène extrêmement dangereux. Le problème de la sécurité dans les hôpitaux est devenu un problème national. Ce ne sont plus des cas isolés. Je pense qu'il est impératif d'intégrer la sécurité des médecins parmi les priorités du gouvernement.
Avez-vous des statistiques concernant les cas d'agressions que vous avez eu à traiter '
Pour ce qui est des statistiques des cas d'agression que l'hôpital a eu à prendre en charge durant l'année 2011, ou ce que nous appelons les cas de coups et blessures volontaires, on a recensé 5 147 cas. Soit une moyenne journalière de 14 cas quotidiennement dont la gravité varie d'un patient à un autre dont certaines très critiques qui ont entraîné soit le décès soit un handicap. Cette fréquence est énorme si on la compare aux années précédentes. En outre, elle a pratiquement doublé cette année. Rien que pour les six mois écoulés, nous avons enregistré 4 033 cas de coups et blessures volontaires soit une moyenne de 22 agressions par jour. Il y a une augmentation considérable du phénomène.
Est-ce que ces chiffres concernent toute la capitale '
Malheureusement non, ces chiffres ne concernent que la région est d'Alger. On devine que sur l'échelle nationale, les chiffres doivent être très importants.
Pour quel type de blessures '
Très diverses. Cependant, il est utile de signaler que la plupart des blessures sont en ce moment commis au moyen des épées, ensuite vient le couteau et les autres armes blanches. On ne comprend pas d'ailleurs comment les agresseurs peuvent se balader avec des épées qu'ils ne peuvent pas cacher dans leurs poches comme le couteau par exemple. Cela nous interpelle sur une situation d'anarchie qu'on a du mal à expliquer. Quant aux blessures, elles sont localisées généralement dans la partie molle du corps comme le cœur, le thorax, l'abdomen, l'artère fémorale ou alors la tête. Ce sont des blessures le plus souvent mortelles ou entraînant des séquelles à vie. Nous avons également des cas de décès, qui sont constatés sur les lieux du crime, et les corps sont directement transportés à la morgue. J'ai relevé dans mon service des cas très graves dont des plaies du cœur, des traumatismes crâniens avec un séjour en réanimation et assistance respiratoire qui dépassent parfois les 15 jours. Je cite le cas d'un jeune de 17 ans qui a eu une blessure au niveau de la partie interne de la cuisse. On a pu le traiter chirurgicalement mais son cas était tellement grave qu'il a succombé au bout d'un mois d'hospitalisation en réanimation.
Selon les cas que vous recevez au sein de votre hôpital, quels sont les motifs d'agression '
Ce sont généralement pour des vols qui sont souvent très bénins tels que le vol de téléphones portables. Je cite le cas dernièrement d'un collégien agressé pour un portable à Baraki. Il est arrivé ici dans un état très grave, plaie du cœur. Il s'en est sorti par miracle. Il y a eu aussi le cas d'un père de famille à qui on a porté un coup mortel pour lui voler sa voiture. Il est resté à peine deux jours en réanimation, malheureusement, il est mort. Il y a eu le cas d'un imam qu'on a trouvé baignant dans son sang pour lui voler de l'argent donné par les fidèles. Il y a également des bagarres entre jeunes qui sont sous l'effet de la drogue et qui finissent toujours très mal par l'usage de l'arme blanche.
Quel est la tranche d'âge des patients admis dans les cas de coups et blessures volontaires '
Très jeune. Cela va de 17, 25, jusqu'à 30 ans. Ce sont des jeunes qui sont agressés et parfois des toxicomanes sont blessés au cours de beuveries qui se terminent en bagarres. Souvent, il n'y a que le motif de l'état second qui peut expliquer des actes pareils. Bien sûr, on ne connaît pas les suites des agressions. Cela relève des services de sécurité. A notre niveau nous traitons les blessés, mais les dossiers d'agression ne relèvent pas de nos prérogatives, donc les motifs peuvent être très différents d'un cas à un autre. Cependant, ce que je peux dire, c'est que cette insécurité est alarmante et fait froid dans le dos. L'alerte est au rouge. On parle de port d'armes prohibées mais sur le terrain, c'est le contraire. Je pense qu'aujourd'hui, on se permet tout. N'importe qui peut se balader librement avec une épée sans qu'il soit obligé de rendre des comptes, alors que le port d'un simple couteau peut coûter un séjour en prison selon le code pénal. Il y a des contradictions flagrantes, la loi n'est pas appliquée et les mesures répressives ne sont pas suffisamment dissuasives et à la hauteur de ce que la société exige. On ne se sent en sécurité nulle part.
Y a-t-il un suivi psychologique des victimes d'agressions qui survivent à leurs blessures '
Quand on est en face d'un toxicomane, on essaie de le diriger vers des psychologues ou des psychiatres, mais je vous dirais franchement que ce n'est pas systématique.
Concernant les bagarres de quartier qui sont devenues légion, est-ce que vous recevez beaucoup de cas dans ce sens '
Oui, beaucoup. Le plus terrible dans l'histoire, c'est que dans ces cas de bagarres de clans, de bandes rivales ou de quartier, il arrive que les agresseurs qui sont généralement des jeunes envahissent l'hôpital pour tenter d'achever leurs adversaires.
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