C'est en pleine crise avec le Maroc que l'Egypte s'invite dans une actualité maghrébine marquée par les retombées de la normalisation des relations du Makhzen avec l'Etat sioniste d'Israël. La première conséquence, et non des moindres, est le regain d'agressivité de la monarchie alaouite et la révélation de ses velléités expansionnistes. S'en prendre à l'Algérie serait pour elle la meilleure manière de noyer le poisson dans l'eau, autrement dit, enterrer la question de l'autodétermination du Sahara Occidental. À ce propos, M6 déclare que désormais le Sahara « marocain » n'est « pas négociable » tout comme son père Hassan II qui estimait que le « dossier est clos ». Il y a quarante ans, en vain. Ils sont contredits au vu de l'évolution de ce problème de décolonisation. Aussi les stratèges du Makhzen se targuent de l'alliance avec l'Etat hébreu, bombent le torse, veulent faire diversion et cherchent à faire croire à un conflit algéro-marocain. Dans leur obsession sur la question sahraouie et leur fixation sur leur voisin algérien, ils font preuve d'une vision politique à courte vue, introduisant dans une affaire maghrébine un acteur qui ne cache pas son hostilité à tous ceux qui s'opposent à sa funeste entreprise en Palestine. De quoi mettre en péril les équilibres stratégiques dans la région. Pour mener à bien ses visées, le Makhzen met en branle un lourd système de propagande et d'intox dans les forums internationaux à coups de corruption.L'entrée en scène de l'Etat d'Israël s'apparente à un véritable séisme, un pas que Hassan II n'a pas osé franchir tant il est vrai qu'il s'agit d'une menace sur toute la région de l'Afrique du Nord, Egypte comprise. C'est dans ce climat de tension qu'a eu lieu récemment la visite du chef d'état-major de l'ANP, Saïd Chanegriha, au Caire, sur invitation des autorités égyptiennes. Elle s'inscrit dans le cadre plus large de concertations algéro-égyptiennes. En dépit des divergences sur le problème de la Libye, Alger et le Caire partagent la même position quant à la politique d'Erdogan dans ce pays déchiré par la guerre civile.
L'histoire des relations algéro-égyptiennes est ancienne, a su transcender les sautes d'humeur du moment (Omdourman). Le soutien matériel, politique et diplomatique de l'Egypte à l'Algérie en guerre pour son indépendance est dans toutes les mémoires. Il en est de même suite à l'agression marocaine de 1963 (guerre des Sables). En retour, les gouvernements algériens (de Ben Bella à Boumediène) ont grandement contribué à l'effort de guerre contre l'Etat sioniste, mettant à la disposition de l'armée égyptienne l'ensemble des moyens militaires (avions de combat, chars, hommes de troupes) en 1967 et 1973. Pour briser le boycott de facto imposé à l'Algérie du fait de la décennie noire, le Président égyptien Hosni Moubarak n'a pas hésité à faire le voyage d'Alger. Son successeur, le général Al Sissi, se réunira (juin 2014) avec son homologue algérien, vu la montée des périls représentés par le terrorisme islamiste, une menace ouverte sur la sécurité régionale aggravée aujourd'hui par le jeu malsain de la monarchie marocaine. Les égyptiens n'oublieront pas le don de l'Algérie d'une cargaison de 145 000 m3 de gaz et un important prêt au moment où le pays sortait exsangue de trois années de « Printemps arabe », particulièrement éprouvant qui a emporté dans la tourmente Hosni Moubarak.
Le communiqué du ministère de la Défense nationale a mis en exergue les contacts de Saïd Chanegriha. On retiendra qu'il s'est longuement entretenu avec ses pairs. En clair, le message adressé au Makhzen signifie le rejet de l'alliance Makhzen-Israël dangereuse. Et d'abord pour le peuple marocain frère insurgé contre la «normalisation».
Brahim Taouchichet
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Brahim Taouchichet
Source : www.lesoirdalgerie.com