
De la servitude volontaire d'Etienne de La Boétie a été récompensé par ce prix prestigieux. Alain Mahé, connu en Algérie pour ses travaux d'anthropologie de la Kabylie, est le maître d'?uvre de cette édition, véritable OVNI dans le monde éditorial. Il propose ici en effet non seulement une édition critique de l'ouvrage de La Boétie enrichie d'un appareil de notes érudites, d'une traduction en français contemporain et d'un long commentaire (une centaine de pages) mais aussi une traduction en arabe classique, également abondamment annotée (par Mustapha Safouan) ; en arabe dialectal (par Hakima Berrada, Mustapha Naoui et Hamdi Chérif) et en... kabyle (par Ameziane Kezzar). Outre que c'est la première fois qu'on dispose d'une ?uvre littéraire en ces trois langues, c'est aussi la première fois qu'est publiée une ?uvre philosophique en kabyle. Lors de la cérémonie de remise du prix, le 5 décembre à Paris, Alain Mahé a insisté pour partager ce prix avec l'ensemble de l'équipe qui a participé à ce travail ainsi qu'avec l'éditeur ? Abderrahmane Bouchène ? qui a accueilli ce projet sans équivalent. Le prix, biennal, créé par l'association portant le nom du philosophe, récompense un auteur contribuant à la réflexion et au débat public sous une forme qui entre en dialogue avec l'?uvre de Paul Ric?ur. Le prix a été décerné par un jury composé de cinq membres (François Dosse, président ; Laure Adler, Olivier Mongin, Michael Foessel et Myriam Revault-d'Allones). Avec ce prix, c'est donc aussi un éditeur algérien, Abderrahmane Bouchène, qui est distingué ; c'est d'ailleurs le deuxième prix de la maison d'édition algérienne, a confirmé M. Bouchène, que nous avons joint. "On avait déjà obtenu le prix François Billetdoux en 1999, pour le livre de Daniel Timsit, Algérie, récit anachronique." Mais c'est aussi la première ?uvre philosophique disponible en kabyle et en arabe algérien, qui vient d'être ainsi récompensée. Ce n'est tout de même pas rien ! Paradoxalement ?compte tenu que les enseignants de berbère manquent pourtant cruellement d'outils pédagogiques ? l'ouvrage n'a suscité que quelques rares comptes rendus. Sans compter qu'à la faveur des "printemps arabes" l'intérêt d'une réflexion sur les ressorts de la servitude volontaire confère au texte de La Boétie une actualité impérieuse. Avant d'être décerné à Alain Mahé ? également auteur de l'Histoire de la Grande Kabylie XIXe XXe siècles chez le même éditeur (2001) ?-, le prix Paul Ric?ur avait été décerné à l'économiste André Orléan pour son ouvrage L'empire de la valeur (le 7 janvier 2012) et au philosophe Charles Taylor "pour l'ensemble de son ?uvre" (le 21 novembre 2013).Espérons que nos enseignants de berbère s'aviseront de l'intérêt pédagogique de cet ouvrage dont tout est fait pour faciliter un usage scolaire ? notamment une double pagination permettant au lecteur de comparer les diverses traductions ? et gageons que nos universitaires s'approprieront cette ?uvre qui, dans le sillage de Claude Lefort, est une contribution majeure au renouvellement de la philosophie politique moderne.M. O
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : OUYOUGOUTE Moussa
Source : www.liberte-algerie.com