
Réaliste, Sid Ali Boukrami considère que la réunion de l'Opep à Alger n'aura aucune incidence sur les prix puisque les «enjeux sont ailleurs».Invité du Forum d'Algérie-eco, Sid-Ali Boukrami a fait savoir hier que «la chute des prix des hydrocarbures et l'instabilité du marché pétrolier entrent dans le cadre d'une reconfiguration de l'économie mondiale» et d'une restructuration du marché de l'énergie. «Le vrai problème de l'économie mondiale, c'est la croissance qui tourne autour de 3% et qui sans cesse est revue à la baisse. Aujourd'hui, contrairement aux années précédentes, le commerce extérieur n'est plus nécessairement une source de croissance. La dépense publique non plus. La chute des prix des hydrocarbures et l'augmentation de la dépense publique ont pour objectif d'éviter l'effondrement de l'économie mondiale. Si les prix n'avaient pas baissé, l'économie mondiale se serait déjà effondrée», a-t-il relevé d'entrée. Néanmoins, bien que la question des prix occupe tous les esprits, à tel point que leur mouvement est suivi à la seconde près par tous les médias du monde, M.Boukrami considère que «s'occuper des prix du pétrole, c'est s'occuper de choses qui ne nous concernent pas». «La versatilité des prix du pétrole, qui laisse penser à une sorte d'instabilité, est une réalité avec laquelle il faut compter désormais. Auparavant, on disait que celui qui va lentement, va plus loin. Ce n'est plus le cas aujourd'hui», a-t-il tranché avant d'étayer ses propos par des exemples et des arguments. «Le marché du pétrole s'amenuise et il s'oriente de plus en plus vers la sécurité. A ce titre, l'Arabie saoudite, essaie d'avoir plus de parts et d'éviter de nouveaux venus. La restructuration du marché pétrolier va dessiner une nouvelle configuration de l'économie mondiale. Etre partie prenante dans cette opération et tirer son épingle du jeu, c'est le vrai enjeu du moment», a-t-il expliqué en précisant que «toutes les décisions sérieuses qui se prennent sont dans l'informel» et que «les enjeux sont ailleurs que dans les réunions officielles qui se tiennent ici et là».De ce fait, abordant la réunion de l'Opep prévue au cours de ce mois à Alger, Sid-Ali Boukrami a indiqué qu'«il est vain d'attendre une quelconque décision majeure de cette rencontre et qu'il est absolument inutile de s'attendre à une quelconque possibilité de stabilisation des prix puisque, selon lui, même si ceux-ci venaient à être stables, cela ne changerait rien à la situation, puisque c'est d'une restructuration profonde de l'économie mondiale qu'il s'agit».Aujourd'hui, les Américains veulent revenir aux concessions car, ce sont celles-ci qui peuvent garantir leur mainmise sur le marché. Mais les pays producteurs de pétrole, sont contre ce retour, y compris l'Arabie saoudite qui est un allié stratégique des USA. Les Saoudiens savent que si les Américains venaient à avoir une concession, ils n'auront plus besoin du pouvoir en place, donc plus besoin de les appuyer. Par conséquent, incapables de retourner aux concessions par la voie légale, les Etats- Unis veulent y arriver autrement, en faisant des pressions sur les pays concernés à travers les réservoirs «engineering», a-t-il ajouté, en soulignant que «les pays de l'Opep ne font pas le poids devant les USA». «Les pays de l'Opep ne maîtrisent pas les technologies nécessaires. Or, aujourd'hui, le capital humain remplace le capital naturel. Il ne sert à rien d'avoir des richesses sans avoir la ressources humaine capable de les exploiter. Dans le secteur des hydrocarbures, c'est l'amont qu'il faut maîtriser pas l'aval. C'est là que tout se passe», a-t-il illustré.Interrogé sur la capacité des pays de l'Opep et, particulièrement de l'Algérie à faire valoir son point de vue à travers des opérations de lobbying, il a indiqué qu'un travail, peut être fait dans ce sens mais il a exclu catégoriquement une possibilité de voir la réunion d'Alger déboucher sur une quelconque décision sérieuse. «La Russie et l'Iran sont des acteurs incontournables dans la reconfiguration du marché mondial. Ils sont une capacité de négociation appréciable. Mais ces deux pays savent qu'on ne peut rien faire si on est exclu de la communauté internationale. Il est donc impossible qu'ils prennent des décisions unilatérales. Mais les autres pays n'ont pas une vraie capacité de négociation, y compris l'Algérie qui était pourtant très bien nantie en la matière durant les années 1970 et 1980», a-t-il affirmé. En gros, Si Ali Boukrami, en bon connaisseur des rouages de l'économie mondiale considère que l'essentiel de ce qui se fait dans le monde relève de l'informel et que celui qui veut avoir une place de choix dans le concert des nations n'a qu'à intervenir à ce niveau tout en veillant sur son attachement aux principes de multilatéralité dans la prise des décisions stratégiques. Ce faisant,M. Boukrami a battu en brèche toutes les spéculations sur les prix du pétrole en indiquant que «toute prétention prévisionniste relève du charlatanisme».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amar INGRACHEN
Source : www.lexpressiondz.com