
Sanofi a enfin lancé cette semaine son site de production en Algérie. Il y a deux manières de voir l'événement. En gris. Le leader européen de l'industrie pharmaceutique avait promis de poser sa première pierre du chantier une année après qu'il aurait disposé du terrain à Sidi Abdellah près d'Alger. Il en a mis quatre. Le coût total prévisionnel de l'investissement, même si l'on parle de la plus grande usine du groupe en Afrique n'est que de 70 millions d'euros à rapporter au plus de 200 millions d'importations annuelles réalisés par Sanofi en Algérie. En rose. C'est un ancien contentieux d'affaires qui finit par se régler.Sanofi Algérie va donner un bon signal de marché aux autres géants mondiaux. Au bout du compte, la facture d'importation en médicaments ne peut que baisser et dans les prochaines années de fragilité de la balance de paiement, c'est le plus important. Chacun est libre de choisir entre la lecture grise et la rose. Le fait est là. La filière du médicament est l'une des mieux armées pour poser les jalons d'une industrie dynamique. Biopharm, la discrète et pourtant si efficace enseigne algérienne a réussi à attirer dans son capital des acteurs espagnols il y a un mois. Takeda, le géant japonais du médicament est arrivé cette même semaine à Alger avec un bureau de liaison de 15 ressources et l'intention de faire de l'Algérie sa plate-forme régionale dans un effort de globalisation engagé il y a à peine quatre ou cinq ans. Sanofi-Takeda, chapitre des bonnes nouvelles. Sans conteste.
Nabni, le think tank informel a été convié à la pré-tripartite élargie. Le gouvernement Sellal reconnaît donc le talent et l'indépendance d'esprit. Un progrès. La réalité, elle, est plus convenue. Le système algérien du «Bouteflikisme» dégénératif n'est pas près à écouter la prospective du rapport Nabni Algérie 2020. Le projet de loi de finances 2014 est une année de perdue de plus sur la trajectoire de l'iceberg. Le système d'aide publique aux consommations de carburants, d'électricité, d'eau, de sucre, d'huile et d'une série d'autres biens doit être allégé par temps de «prospérité relative» des comptes publics. C'est-à-dire maintenant. Une proposition radicale serait de transférer en trois ans vers les salaires publics 70% des subventions actuelles.
A fin 2016, le salaire mensuel moyen d'une assistante dentaire du secteur public passerait de 28 000 dinars à 43 000 dinars et ferait face à, par exemple, un prix du gasoil qui dans le même temps s'ajusterait au prix actuel de l'essence. La première urgence est d'économiser les ressources. Notamment pour mieux les exporter, pour celles qui sont exportables. Et le premier levier pour cela est celui des tarifs. L'obstacle pour le faire est plus que jamais politique. Le système Bouteflika a accéléré, depuis janvier 2011 et la chute en cascade des dictateurs arabes, le recours au Trésor public pour acheter la prolongation de sa légitimité limitée par des abstentions massives dans les élections. Il ne compte pas changer d'artifice à l'heure des soins palliatifs. Même si les alertes sont déjà là. Le déficit de la balance de paiement courante au second trimestre 2013 en est, bien sûr, une.
Le gouvernement veut taper sur les importations. Il devrait commencer par ses dépenses. Rétablir la règle d'or du budget comme le recommande Nabni est possible immédiatement. Pas un dinar de fiscalité pétrolière pour payer le fonctionnement de l'Etat. C'est simple de bon sens. L'Iran a été contraint d'attendre une mini-alternance politique à la tête de l'Etat pour engager une politique plus pragmatique sur son programme nucléaire afin de tendre vers la normalisation de ses flux avec l'occident et le reste du monde. L'économie iranienne, pourtant plus diversifiée que l'algérienne, allait droit dans le mur. Le président Rohani a écouté son think tank Nabni iranien. Y a-t-il un Rohani en costume cravate dans le sérail à Alger '
Le département de la ville et aussi des nouvelles villes a changé de main. Ce n'est plus le ministère de l'Environnement et de l'aménagement du territoire qui le gère, mais celui de l'habitat. Il s'agirait-là d'un des rares arbitrages rendus par le premier ministre, Abdelmalek Sellal, dans la formation du gouvernement du 11 septembre. Vieille bataille entre les deux départements ministériels. L'habitat a gagné à l'usure. Faute de bilan pour l'autre ministère. Plombé sur ce front par les années Rahmani, pendant lesquelles les effets d'annonce n'ont été suivis que de très peu d'avancées. A Sidi Abdellah comme à Boughezoul. A El Ménéa comme à Bouinan.
Les retards sont légion. Seule la nouvelle ville de Hassi Messaoud dispose d'un plan de masse définitif. Des investisseurs à Sidi Abdellah se sont vu suspendre leurs attributions de parcelles après avoir engagé pour plusieurs milliards de centimes de travaux de terrassement et de fondation. Erreur d'affectation dans l'îlotage. Le gouvernement ne s'est au fond jamais montré pressé de faire pousser de nouvelles villes avec leur concept urbanistique et écologique novateur. Le transfert «administratif» de cet enjeu essentiel de l'avenir n'est sans doute pas pour autant une bonne nouvelle. L'habitat c'est, comme son nom l'indique, le logement. L'urgence du logement en vérité.
Les nouvelles villes, c'est une autre manière de vivre ensemble sur le territoire. Le gouvernement Blair, qui en dehors de son suivisme humiliant des néo-conservateurs américains, était innovant en management des projets, aurait confié le dossier des nouvelles villes à une structure transversale qui mobilise tous les ministères sous l'autorité du premier ministre. Mais les nouvelles villes comme le rapport Nabni parlent d'une échéance trop lointaine. Dans un contexte «intellectuellement» branché sur l'immédiateté d'un bulletin de santé.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Kadi Ihsane
Source : www.elwatan.com