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L'avenir gazier de l'Algérie s'assombrit



L'avenir gazier de l'Algérie s'assombrit
L'Algérie devra se battre pour garantir des débouchés à son gaz et préserver ses parts de marché, tout en restant sur la même ligne de conduite défendue jusqu'à aujourd'hui, à savoir les contrats à long terme et l'indexation des prix du gaz sur ceux du pétrole.De sombres perspectives se profilent pour le secteur énergétique algérien. Au moment où tous les regards sont tournés vers les marchés du pétrole, la baisse des cours du baril et son impact sur les équilibres budgétaire et financier de notre pays, on oublie trop souvent d'évoquer les perspectives du marché gazier.Une question d'une importance capitale, d'autant plus qu'avec un déclin des volumes exportés, l'Algérie devra se battre pour garantir des débouchés à son gaz et préserver ses parts de marché, tout en restant sur la même ligne de conduite défendue jusqu'à aujourd'hui, à savoir les contrats à long terme et l'indexation des prix du gaz sur ceux du pétrole. Et c'est justement sur cette question que s'est penchée la dernière édition de la revue Petrostratégies.La publication, dirigée par l'expert en énergie Pierre Terzian, part d'un constat : les perspectives s'assombrissent pour le gaz algérien. En cause : une concurrence qui risque d'être plus féroce sur les marchés gaziers, notamment avec l'arrivée de nouveaux producteurs, dont l'Egypte, et l'adoption par la Russie du troisième paquet énergétique européen qui risque de complètement changer la donne sur le marché de l'UE, principal débouché du gaz algérien. Des facteurs qui viennent se greffer à l'effondrement des cours du pétrole sur lesquels sont indexés les prix du gaz.La situation sur le marché pétrolier est connue et ne laisse présager aucun redressement des cours, à moins d'un changement de cap de l'Arabie Saoudite ? qui persiste, pour l'heure, à jouer le rôle de swing producer ? ou d'une réduction significative de la production en raison des «coupes» opérées par les compagnies pétrolières sur leurs investissements. Elément qui donne d'ailleurs à penser aux rédacteurs de la revue que l'indexation des prix du gaz sur ceux du pétrole «n'est plus le socle ferme sur lequel les exportateurs pouvaient se fonder naguère pour sécuriser le prix de leur gaz et le valoriser au mieux».Mais au-delà de ce facteur, la position de l'Algérie, en tant que pays foncièrement gazier ? elle détient 2,4% des réserves mondiales de gaz ?, est menacée par divers facteurs. Dans ce sens, Petrostratégies évoque une série d'événements qui peuvent fondamentalement changer la donne sur le marché gazier. Il s'agit, en premier lieu, du «tournant stratégique pris en septembre par Gazprom qui veut se mettre en phase avec le 3e paquet énergétique de l'Union européenne, après avoir tenté, en vain, d'y échapper».Anticiper une nouvelle guerre des prix?Selon la publication de Pierre Terzian, ce tournant permettra au plus grand fournisseur en gaz de l'Europe «d'indexer le prix d'une part plus importante de son gaz sur les hubs européens et, en même temps, de développer sa capacité à agir sur ce ceux-ci. D'un côté, le groupe russe affirme sa volonté de maintenir ses contrats de vente à long terme, mais de l'autre, il veut développer des ventes aux enchères de gaz.Il précise que ces ventes viendront en supplément à ses contrats à long terme et non pas comme une alternative à ceux-ci». La Russie renforce ainsi sa position sur le marché européen pour faire face aux concurrents, notamment ceux arrivant de l'autre côté de l'Atlantique. Car il faut en prendre conscience, le marché gazier sera à l'avenir de plus en plus concurrentiel, notamment avec la révolution des schistes américains qui va impérativement booster les exportations de GNL.Petrostratégies estime que si les Russes demeurent attachés à l'indexation des prix du gaz sur ceux du pétrole, et même si Gazprom et Sonatrach sont proches du point de vue de leurs philosophies de commercialisation, l'équilibre et l'harmonie maintenus jusque-là risquent vite de basculer, avec une «présence plus active des Russes sur les hubs européens». Gazprom, contrairement à Sonatrach, «s'est préparé depuis plusieurs années à exercer une présence plus active sur les marchés spot internationaux, y compris ceux du GNL» et s'apprête à faire face à la concurrence qui sera désormais plus féroce.Ce n'est plus un secret, la révolution des schistes a engendré la fermeture du marché américain aux exportateurs de gaz. Elle permettra surtout aux producteurs américains d'exporter, dans une seconde phase, leur gaz. Ces derniers ne cachent d'ailleurs pas leur intérêt pour le marché européen. A cela, il faudra ajouter l'offre qui risque de parvenir à partir de plusieurs producteurs du sud de la Méditerranée, et dont le débouché naturel n'est autre que l'Europe. Dans ce sens, Petrostratégies explique que dans le sillage de la découverte du champ gazier géant de Zohr/Shorouk par Eni, la production augmente, 2000 G m3 ont été mis au jour en quelques années en Israël, à Chypre et en Egypte. Ce qui accentue la menace commerciale venant de l'est de la Méditerranée.La publication, qui insiste sur le retour du GNL égyptien sur le marché, évoque aussi les offres qui parviendront d'Azerbaïdjan et d'Iran, et qui alimenteront forcément le sud de l'Europe. Si l'on prend également en compte un marché asiatique moins dynamique, avec «une partie croissante des GNL produits à l'est du canal de Suez et qui cherche à se vendre en Europe». Selon la revue dirigée par Pierre Terzian, «si l'offre continue de se développer, (?) une guerre des prix du gaz n'est plus un scénario farfelu».L'après-gaz est proche !C'est dans ce sens justement que Petrostratégies estime que Sonatrach devra «mettre les bouchées doubles pour relever ces défis», d'autant que «l'Algérie est particulièrement exposée, car ses exportations n'augmentent pas, ni pour le gaz ni pour le pétrole».Il est vrai que selon les chiffres publiés il y a quelques mois par l'Opep, les exportations algériennes de pétrole ont baissé de 16% en volume en 2014, tandis que celles de gaz algérien se sont contractées de 5,4%, malgré une hausse de 4,6% de la production commercialisée.British Petroleum évoque, quant à lui, une baisse plus marquée des exportations de gaz algérien vers le marché européen, et plus particulièrement vers l'Espagne et l'Italie, principaux débouchés pour le gaz exportés par gazoducs. Les dernières se sont contractées de plus de 18% en 2014. Le poids de la demande interne qui augmente de 12% est bien là et grève les exportations aussi bien que la faiblesse de la demande européenne.Pour Petrostratégies, «à court terme, le seul levier sur lequel elle peut agir est celui de sa demande intérieure. Celle-ci est dopée par des prix qui sont parmi les plus bas du monde, aussi bien pour le gaz que pour les produits pétroliers. L'Algérie se doit de freiner la hausse de sa demande de gaz et de stopper celle de pétrole».Aussi, au-delà de ce plaidoyer pour la révision des subventions des prix des produits énergétiques, la publication préconise aux autorités algériennes de se tourner vers des solutions à plus long terme afin de se préparer bien plus qu'à l'après-pétrole et à l'après-gaz. Si Petrostratégies pense que l'Algérie peut à long terme «valoriser ses ressources en schiste, le plus urgent pour elle est de mobiliser des capacités humaines adéquates pour se battre sur un marché international du gaz de plus en plus sophistiqué et concurrentiel».Les rédacteurs de la publication estiment, cependant, que «le seul remède durable et absolu contre les convulsions des marchés énergétiques internationaux est la réduction de sa dépendance à l'égard des revenus des hydrocarbures». Et d'insister sur le fait que pour l'Algérie, «comme pour d'autres pays exportateurs d'hydrocarbures, ??l'après-pétrole'' et ??l'après-gaz'' se rapprochent, non pas à cause du remplacement de ces sources d'énergie par d'autres, mais du fait de l'abondance de l'offre par rapport à la demande».


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