Ce n'est pas un hasard que l'on désigne ces sanglants événements de 2001 par Printemps noir. Jamais la répression n'a atteint cette limite. 127 morts.Le 18 avril 2001, la Kabylie s'apprêtait, comme chaque année, depuis 21 ans déjà, à commémorer, le surlendemain, le printemps berbère d'Avril 1980. Durant la matinée, personne dans la région ne se doutait qu'en fin de journée une étincelle allait encore allumer un autre brasier qui allait constituer un nouveau passif, sinon la fracture de plus, entre cette région déjà meurtrie et un pouvoir central qui allait continuer de démontrer sa nature dictatoriale. C'est à Béni Douala que fut mis le feu aux poudres.
À l'intérieur même de la brigade de gendarmerie de cette localité de haute montagne où on n'arrivait pas encore, trois ans après, à digérer l'assassinat du chantre et chanteur de l'amazighité, Matoub Lounès, que l'irréparable fut commis. Un jeune lycéen cueilli par les gendarmes tout près de chez lui, peu après 18h, fut grièvement blessé par des tirs de kalachnikov une fois à l'intérieur de la brigade.
La nouvelle s'est répandue telle une traînée de poudre. À Béni Douala d'abord puis à travers toute la Kabylie. L'ambiance devient électrique. La colère et la consternation sont partout perceptibles. Une seule phrase revenait sur toutes les langues : "Il s'agit de la provocation de trop. " Guermah Massinissa succombe à ses blessures, dans la matinée du 20 avril à 8h15 à l'hôpital Mustapha-Pacha d'Alger où il fut évacué.
À Béni Douala, les affrontements éclatent entre les habitants et les forces de l'ordre. Le lendemain, alors que la Kabylie espérait encore des excuses de la part de l'Etat pour apaiser les esprits, elle n'aura droit qu'à une autre provocation : trois autres lycéens sont interpellés par la gendarmerie à Amizour, dans la wilaya de Béjaïa.
La population locale répond par un rassemblement de protestation le lendemain. Le 23 avril, Guermah Massinissa fut inhumé. S'ensuivit une explosion de colère partout. Les émeutes se propagent, et au lieu d'éteindre le brasier, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Nourredine Zerhouni, jette de l'huile sur le feu en déclarant que "la victime était un délinquant de 26 ans".
Suprême provocation. La victime est un brillant lycéen. Comme l'attestent ses résultats scolaires. Mais ni Zerhouni ni le gouvernement ne présentent des excuses laissant, ainsi, les émeutes s'intensifier et tout emporter sur leur passage. Entre le 25 et le 27 avril, neuf morts sont enregistrés. Mais le plus grand bain de sang a été enregistré durant les deux journées des 28 et 29 avril où, tout comme la ville de Tizi Ouzou, aucun chef-lieu de daïra ou de commune n'a été épargné par les émeutes.
Il n'y a point de région qui n'a pas enregistré son lot de victimes. 127 morts au total à travers toute la Kabylie. Le crime reste, à nos jours, impuni. Seul le gendarme Mestari, qui a ouvert le feu sur Guermah Massinissa et qui a été jugé et condamné à une peine de 2 ans de prison. Aucun autre membre des forces de l'ordre impliquées dans cette répression sauvage qui s'est abattue sur la région n'a répondu de ses actes.
Encore moins les commanditaires. L'impunité aura été assurée pour tout le monde. "Un fleuve de sang nous sépare désormais avec le pouvoir", répètent-on alors inlassablement partout en Kabylie. Indignée par cette insupportable injustice, la Kabylie déferle sur Alger le 14 juin de la même année pour remettre la plateforme d'El-Kseur au chef de l'Etat, mais s'ensuit une répression des plus féroces.
Une autre journée noire que la Kabylie refuse toujours de pardonner jusqu'à aujourd'hui. Le brasier allumé en Kabylie a fini par s'éteindre entre 2004 et 2005 avec un dialogue qui s'est achevé en queue de poisson. Dix-neuf ans après les événements de 2001, la Kabylie n'a rien oublié et n'a rien pardonné. C'était l'autre Avril...tragique
Samir LESLOUS
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir LESLOUS
Source : www.liberte-algerie.com