La dernière exposition d'Allmuth Bourenane, qui s'est approprié le métier à tisser pour façonner étoffes et estampilles aux couleurs de l'aouchem, de la Berbérie ou encore de la "khamsa" est visible jusqu'au 26 juin au 139, boulevard Colonel Krim-Belkacem.Le "point de croix" (technique de broderie) opère son come-back à la galerie d'art Ifru-design pour témoigner du talent de la tisseuse d'antan et de son "Lahwl Uztta" orné du sceau berbère qui fait ?uvre d'éloquence depuis l'aube de Tamazgha à nos jours.
Dans cette optique, l'artiste photographe Allmuth Bourenane a délaissé le trépied de sa caméra pour s'asseoir devant le métier à tisser où elle y façonne d'éclatantes étoffes à l'estampille de la Berbérie. Talentueuse, l'artiste venue du bord du Rhin adoucit le fil de la tonte de mouton au "qardach" (carde) jusqu'à obtenir la laine qu'elle y mêle et entortille. S'en est ainsi et ce jusqu'à ce qu'elle moissonne le signe et le symbole berbères au c?ur d'harmonieuses enjolivures murales qui égaient "axxam" (maison).
Et dans la perspective de revivifier l'art inné qu'il est en elle, l'artiste Allmuth Bourenane favorise et flatte le tapis mural où l'on retrouve les tons de l'artisanat berbère dans l'attrayant "arc-en-ciel" du Djurdjura. Partant de ce choix autour du "haïk", la tisseuse câline le losange au motif qu'il est coquet. Et ce qui a trait à l'art se représente dans le losange qui est avant tout féminin car il symbolise la matrice donneuse de vie. Mieux, le losange incarne la féminité, voire l'écusson qui évoque "l'union entre le ciel et la terre ou encore l'alliance entre les deux sexes", tel qu'il est défini dans le dictionnaire encyclopédique des symboles, ?uvre du philosophe-théologien Jean Chevalier (1906- 1993) et du poète Alain Gheerbrant (1920- 2013).
Intitulée "Quand le fil se termine", l'exposition d'ouvrages faits main de l'artiste Allmuth Bourenane narre la trajectoire du point de croix qui noue son ruban d'attache sur le kit du "chemin de table" de cuisine qui est là, à l'accueil du matin bonheur où la tasse de café n'est pas de refus. D'autant que l'exhalaison du noiraud fumant s'adoucit de la vision d'un dessin puis d'un autre, où il y a le legs de nos aïeux.
Une hérédité où l'"aouchem" éblouit l'iris de celui qui consent l'?il et le bon pour admirer l'esthétique du signe berbère qui est aussi séculaire que la Renaissance.
À cet égard, le beau s'esquisse d'abord dans le bleu azuré de la "khamsa" ou plutôt cette main si rassurante qui est enluminée par la tendre grand-mère au fronton d'"axxam" afin éloigne le mauvais ?il. Autre beauté, il y a également la "khamsa" tatouée à l'incandescente nuance du corail finement aligné avec le bleu du ciel. D'ailleurs, il y en a à foison des "khamsas" à des échelles variables qui s'agitent au bout de leur cordon de cou. Autant d'emblèmes si familiers à l'?il, puisqu'ils ornent également l'art mobilier ou l'art des objets, dont "assenduq" et "afniq" (coffre et coffret) où s'entassent aussi les signes des bijoux d'Ath Yenni. "C'est de l'artisanat au ton et des temps modernes", a déclaré la galeriste Amel Kasmi Bara.
À noter que le vernissage de l'exposition a eu lieu le 12 mars 2020 et gelé pour les raisons que l'on sait. Donc, autant y aller pour y admirer tout le talent de l'artiste à la main verte qui a déjà ensemencé, on s'en souvient, tout son savoir-faire dans les jardins d'Alger. Mais allez-y donc, c'est jusqu'au 26 juin prochain.
Louhal Nourreddine
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nourreddine LOUHAL
Source : www.liberte-algerie.com