Alger - A la une

"L'artiste comme agent économique..."



Des propositions concrètes ont été avancées
Une journée d'étude des plus intéressantes a été organisée jeudi en marge de la tenue du marché de l'art qui a été inauguré samedi dernier et clôturé, hier, au Palais de la culture Moufdi Zakaria.
Une journée fort intéressante avec des idées pratiques pour les uns et des lectures soporifiques pour les autres. Petite ombre au tableau, cependant, devrions-nous commencer par celle-là, à savoir l'absence de certains intervenants qui étaient pourtant inscrits au planning, et ce faute d'être informés en bonne et due forme et surtout invités vraiment au lieu de découvrir leurs noms sans avoir été contactés ni avoir attendu leur réponse' Quoi qu'il en soit, cette journée a vu toutefois l'intervention de personnes plus ou moins qualifiées en la matière qui ont chacune donné leur avis sur la question et partagé leurs expériences personnelles.
Facture et carte d'artiste, le dilemme
S'agissant du plasticien Mustapha Nedjai, ce dernier a fait savoir d'emblée que la carte d'artiste ne sert pas à grand-chose, car dira-t-il «je ne peux pas faire de facture. La plupart des galeristes travaillent avec des registres du commerce d'artisans. La solution pour l'artiste est de tricher par conséquent» et de raconter une de ses dernières mésaventures dans ce sens où il n'a pu encaisser son argent, mais pis encore! a fait renvoyer cet argent à son destinataire suite à de moult tracasseries et de harcèlements bureaucratiques. «Je dois exister en tant qu'artiste. Il faut une politique claire avant de parler de marché. Nous rêvons! S'il n'y a pas de galerie, d'espaces pour exposer, créer, des friches, des commissaires, etc, il n'y aura pas de marché. Les seuls qui nous représentent ce sont les artistes qui sont à l'étranger.». Dans le volet protection de l'Onda, Mohamed Drif conseiller juridique évoquera le droit de suite qui revient à l'artiste et à sa famille une fois que l'artiste gagne en maturité et que l'oeuvre soit revendue à plusieurs reprises. Il dira que cette rémunération existe à condition que l'oeuvre soit déclarée et ce pour que les héritiers puissent bénéficier de ce droit. «Ce droit de suite permet à l'artiste d'avoir un statut.» Pour le directeur du Conseil national des arts et des lettres Abdelkader Bendaâmache, il existe des avantages liés à la carte d'artiste, ne serait-ce que la reconnaissance par l'Etat du statut à part entière de l'artiste, qui lui permet d'avoir une couverture ou protection sociale et ce, conformément au décret qui n'a été mis en vigueur qu'à partir de 2015. «Il faut se diriger vers la Cnas non la Casnos.» Et de rajouter: «L'artiste ne peut-être facteur c'est vrai mais ça permet au moins à d'autres artistes de bénéficier d'une carte Chifa. Il est traité comme un être humain...» Aussi nous apprend-on que sur les 12 500 dossiers avancés, 9030 dossiers ont été validés et 8 500 cartes d'artiste ont été distribuées jusqu'à présent. 2000 restent en instance. Abdelkader Bendaâmache citera le dossier à remplir et qui ne demeure pas très lourd pour l'obtention de cette carte contrairement à la batterie de paperasses, nous allons le voir plus tard dans la journée, quand il s'agira de parler de «l'exportation des oeuvres d'art», et des tracasseries que rencontre un artiste au niveau des douanes... à tel point qu'il se sent persécuté et traité comme un voleur ou fraudeur alors que l'oeuvre qu'il aura lui-même réalisée sera considérée comme «patrimoine de l'Etat». Aussi, pour anticiper sur ces questions qui seront débattues en début d'après-midi en présence d'un représentant des douanes et des impôts, notamment Mustapha Orif, acteur culturel et galeriste, prendra le taureau par les cornes en avançant des propositions concrètes à même d'améliorer ces conditions de rapport avec l'oeuvre d'art. S'agissant «des oeuvres de l'esprit» il dira qu'«il existe un code de conduite à tenir». Et de soutenir: «Le meilleur moyen que peut faire le ministre de la Culture pour contribuer à instaurer un marché de l'art en Algérie est de permettre aux artistes de vendre.» Et d'estimer qu'il faut favoriser et encourager les gens à devenir des collectionneurs, mais aussi d'instaurer des mécanismes jusqu'à ce que ce marché de l'art puisse être autonome et fonctionner par lui-même. Et de relever: «Il faut que l'artiste soit reconnu, qu'il devienne un agent économique. Qu'il puisse facturer ses oeuvres. C'est très facile, que tous les décideurs concernés doivent se réunir pour trancher et prendre des mesures. Les artistes doivent être aidés aussi sur le plan fiscal en bénéficiant d'un statut spécial. Il faut aussi instaurer le droit de monstration. Pourquoi un artiste n'est-il pas rémunéré lorsqu'il a participé à une expo comme le chanteur qui bénéficie d'un cachet lors d'une prestation' Ce n'est pas à l'Etat de gérer le marché mais aux acteurs du marché tels les galeristes. Pourquoi ne pas les traiter comme des sociétés commerciales comme les autres' Il faut instaurer aussi peut-être l'aide à la première expo pour les jeunes artistes...».
De la libre circulation des oeuvres
Enfin à propos de la libre circulation des oeuvres, le directeur de la galerie Esma de Riadh El Feth dira que si les responsables des douanes font leur travail, il faudra aussi penser à revoir la classification des oeuvres d'art et «arrêter de considérer l'oeuvre comme un trésor national» et d'estimer «même parmi les oeuvres de Baya, il y a des chefs-d'oeuvre mais d'autres qui ne le sont pas. La classification concerne y compris les oeuvres des collectionneurs. C'est un travail à faire par les pouvoir publics. Il faut valoriser l'acte de collectionner en valorisant le mécénat. Le code de conduite et de déontologie concernera les relations des artistes avec les galeries, y compris au niveau des tarifs appliqués». Si l'artiste existe enfin aujourd'hui dans la nomenclature des métiers, il reste que beaucoup de difficultés et de vicissitudes lui interdisent de jouir véritablement de son statut. Il est reconnu certes, mais officiellement son champ de manoeuvre reste minime, voire quasi inexistant sur le terrain, quand il s'agit de le prendre dans son acception marchande. Evoquant ce volet, Zoubir Hellal, au courant de l'après-midi a reproché aux responsables des douanes notamment, de vouloir imposer aux artistes plasticiens seulement, une charge de dossiers à fournir quand il s'agit de partir exposer à l'étranger, alors que le reste des autres métiers artistiques ne connaissent pas toutes ces lourdes «sanctions». Un mot que nous avons choisi d'employer sciemment eu égard à la réaction des artistes présents jeudi dans la salle et qui sont restés bouche-bée devant l'armada des conditions à remplir et documents à fournir dans ce sens. Des artistes qui ont affiché clairement leur incompréhension, mécontentement et surtout ont assumé clairement pour certains de continuer à frauder, quitte à sortir avec leurs oeuvres la peur au ventre, comme un vulgaire malfaiteur, quand le plus offrant se trouve de l'autre côté de la mer...Car comme l'a si bien souligné Zoubir Hellal qui a défendu bec et ongles cette question qui discrédite l'artiste algérien devant celui qui a affirmé être le pit-bull du patrimoine «Je produis seul en payant mon matériel moi-même et à la rigueur mon oeuvre appartient à moi et à ma famille, je ne vois pas pourquoi ça devient un trésor ou patrimoine national'» Qu'il s'agisse de faire fuir hors de nos frontières des oeuvres d'une grande valeur, répertoriées comme telles, d'accord, mais, sommes-nous dans la mesure de nous poser la question pourquoi une oeuvre d'un artiste inconnu au bataillon devrait convoquer tout ce remue-ménage bureaucratique' Après tout, n'est-ce pas ce que veut le ministre de la Culture, établir un marché de l'art en Algérie' Encore faut- il se donner la politique de ses moyens quand les moyens viennent à manquer pour les artistes de jouir véritablement de leur statut...Néanmoins, un des points positifs de cette journée qui nous a appris tant de choses et permis en outre à des langues de se délier est qu'il existe des espaces qui peuvent être exploités par des acteurs culturels, s'ils les demandaient. Comme l'a mentionné le représentant de la wilaya d'Alger, les voûtes sont mises à disposition de tous ceux qui veulent les cultiver culturellement sachant que d'autres friches ne peuvent être récupérées aussi facilement ayant d'ores et déjà des propriétaires... Bref, il y a toujours un début à tout, à condition qu'il soit suivi d'actions...et comme disait un intervenant durant cette journée, les lois sont faites pour être renforcées, résiliées ou tout bonnement.. remplacées. Apres toutes ces doléances qui ne sont pas tombées dans l'oreille d'un sourd, espérons-le, c'est à la volonté de l'Etat et sa politique de trancher maintenant...
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