
En général, on pourrait dire qu'il n'existe pas d'art, à proprement dire, féminin. Le sens commun et la sagesse populaire veulent que les artistes ont tous la même propension à créer, produire et, exprimer sans que la notion de genre n'entre en jeu. L'humain est un, et cela semble suffire.Par contre, eut égard à la finesse, le raffinement et la subtilité de certains arts comme la miniature, le tissage, la céramique ou la peinture sur soie, rien ne dit que l'on ne serait pas tenté de trouver les indices féminins dans certaines expressions, à l'exemple de cette artiste peintre qui à choisi la voie de la soie depuis belle lurette. Dans une rencontre rétrospective réalisée au Palais de la Culture « Moufdi Zakaria », entre le 15 e le 22 juin 2017, la route de la soie nous a été montrée d'une bien belle manière par Salima Ayadi qui brille par sa discrétion au point où très peu de gens connaissent son travail sur la scène artistique algérienne et cela, malgré un parcours étoffé, c'est le moins que l'on puisse dire....La Galerie Baya avait ouvert ses cimaises à la native de Miliana qui a grandi et enrichi son art dans un quartier populaire de la vieille Bahdja. Salima Ayadi, portée par son amour de l'art fera de la peinture sur soie son viatique, et tendra à se familiariser avec les arts dès 1978 par l'entremise d'une formation à l'Enba jusqu'en 1982 qui sera sanctionnée par un diplôme en Communication visuelle. Elle sera enseignante quelque temps et se consacrera ensuite à cet art si difficile à domestiquer, la peinture sur soie, avec cette exigence de la maîtrise technique, de finesse d'exécution et de savoir-faire pour produire une ?uvre équilibrée, qui se tient dans son esthétique globale. Ce sera en 1994 que Salima Ayadi tiendra sa première exposition au Palais de la Culture, elle suivra ce parcours en intégrant à son actif plusieurs expositions individuelles et collectives en Algérie et à l'étranger. Plusieurs de ses réalisations se verront acquises par de nombreuses institutions étatiques comme la Présidence, le Sénat, l'APN, Sonatrach, Air-Algérie, CNEP... Pour cette rétrospective, l'artiste a présenté pas moins de 25 travaux de formats divers sur la technique de la Gutta, avec ses sertis si spécifiques. Courageuse et sans nul doute opiniâtre, elle se laisse aller à la conquête de grands espaces peints et c'est vraiment là un exploit tant la maîtrise de la technique de la soie reste prégnante. De plus, l'art difficile de la représentation rend l'exercice encore plus périlleux si l'on considère ainsi que la peinture sur soie rend le dessin réaliste très difficile par les « caprices » du support textile qui ne se prête pas facilement aux circonvolutions entreprises par le pinceau et les masses de couleurs qui doivent évoluer sur le support. C'est ainsi que Salima Ayadi prend le parti de créer des scènes représentatives, des tableaux de scènes diverses entre vues d'Alger, scène de chasse du Tassili, des sourate coraniques ou même des compositions de miniature ou d'enluminures qui tranchent avec les reflexes décoratifs usités dans ce style d'art ou dans ses techniques avérées. Pourtant l'artiste s'y colle avec abnégation, nous livrant la vérité esthétique de ses travaux dans une sincérité émouvante, colorée, éthique. Entre scène du Tassili, abat-jours composés dans l'originalité, ses « portes-mauresques », ou son interprétation de Sidi-Abderahmane, qui s'enchaîne avec la plus vieille mosquée de la Casbah, Sidi-Ramdane incarnant sa grandeur dans les masses de peinture de Salima Ayadi, ou encore Alger la blanche, étalant ses arcatures sous le talent incontestable de la plasticienne, le parcours sur ses ?uvres laisse rêveur. Ces pistes artisanales comme « Rouge laine », ou « Parcelle de mémoire», et puis « Mirhab », « Racim », « La Illaha, illa Allah, haqa, haqa », « Turquoise » étalent toutes une propension à se laisser prendre par la main vers la nostalgie d'une culture immémoriale apprivoisée dans la soie et la cire chaude, la gutta et les pinceaux complices pour un résultat tangible qui reste très agréable au regard. Salima Ayadi a répondu à l'hommage du Palais de la culture et de son sémillant responsable Azzedine Antri qui signe une préface bienveillante sur un catalogue proposé par l'AARC qui rend aussi hommage à cette dame qui de par sa modestie égale un talent immense qui mérite l'arrêt dans les stations ou elle expose. L'une de ces « stations » esthétiques a été «l'Orientale » nous avons adoré entrer en discussion avec cette belle d'un autre âge, la visite, courtoise et bienveillante a été enrichissante, bonne route donc pour la suite du chemin de la soie à l'artiste.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Jaoudet Gassouma
Source : www.lnr-dz.com