
Il était une fois un projet de nouveau quartier à Alger. Le plat terrain qui va de la place du 1er-Mai au jardin d'Essai du Hamma devait devenir le quartier des affaires et le nouveau centre commercial de la capitale.Pour construire du neuf, on a commencé à démolir du vieux bâti, parfois sans considération pour son éventuelle valeur historique ou archéologique. Puis brusquement, tout s'est arrêté. Des bâtiments sont restés à moitié détruits et d'autres à moitié construits. Certains coins du no man's land sont devenus le repaire de voleurs et de marginaux. Le quartier a été plus tard réhabilité à partir de son extrémité est avec l'ouverture de la nouvelle Bibliothèque nationale d'Algérie et de l'hôtel Sofitel notamment.Mais le centre «populaire» du quartier est demeuré plongé dans une profonde léthargie culturelle, faute d'infrastructures adéquates, surtout après la fermeture des salles de cinéma du coin, dont le Musset et le Roxy.Dernièrement, des gens de bonne volonté ont décidé de faire quelque chose.Ainsi, dans cette ex-banlieue industrielle d'Alger, des hangars abandonnés s'animent : artistes et habitants y explorent la mémoire collective à travers une manifestation culturelle inédite.Organisée par le collectif «Trans-Cultural Dialogues», cette manifestation intitulée «El Medreb» («le lieu» ou «l'endroit» en parler algérien), propose depuis samedi dernier dans deux espaces des performances du «street art» (art de la rue) et des projections de films avec l'implication directe des habitants dans les activités.Le premier espace est un ancien hangar d'une société publique de transport. Il a été nettoyé et aménagé afin de permettre à sept artistes de réaliser des fresques murales, inspirées de «récits urbains» collectés par les organisateurs, souvent auprès des riverains.C'est le cas, par exemple, des deux mains géantes construisant un édifice, peintes par l'artiste Ser Das et inspirées par l'histoire «d'un couple d'Espagnols fabricants de cheminées».Les enfants et adolescents du quartier, ont, eux aussi, fini par participer aux travaux artistiques, en peignant une partie du hangar avec du matériel fourni par les organisateurs.Des adultes, «anciens» du voisinage ou membres d'association, sont également impliqués dans le bon déroulement de la manifestation, de la «logistique» des évènements à la surveillance des enfants, en passant par la participation aux projections et aux débats.Le travail de sensibilisation et d'animation culturelle était aussi à l'œuvre dans le second espace d'«El Medreb», un autre hangar, propriété de l'Ogebc (Office national de gestion et d'exploitation des biens culturels protégés), où des films ont été projetés, notamment L'Opium et le Bâton (1971), chef-d'œuvre d'Ahmed Rachedi projeté en premier «àla demande des vieux du quartier», jusqu'aux films récents de Hassan Ferhani, inspirés par l'histoire et les lieux mythiques d'El Hamma et ses environs.cette manifestation a également permis aux artistes et professionnels de débattre de la place de la mémoire collective dans les futurs plans d'urbanisme à Alger.Architectes et urbanistes ont plaidé à cette occasion pour la réhabilitation des espaces en friche et la conservation du vieux bâti dans ce quartier «riche en lieux de mémoire» et qui a subi de nombreuses transformations depuis l'indépendance.Ces spécialistes estiment que les autorités locales devraient s'intéresser davantage aux «enjeux de développement durable» et à «l'impact social et humain» dans les projets d'aménagement du quartier.Ces deux dimensions, portées par «l'implication des habitants et le travail sur la mémoire collective» ont été, selon eux, négligées en rapport à «l'impact financier», dans les précédents plans de réaménagements d'El Hamma.Les porteurs du projet «El Medreb» et d'autres artistes (plasticiens, cinéastes, photographes, etc.) œuvrent, de leur côté, à créer une «prise de conscience» d'une richesse mémorielle et architecturale dont la mise en valeur et la conservation restent «centrales», relèvent les observateurs, pour consolider le «vivre-ensemble» des Algérois.L'influence de l'espace et du décor sur ses habitants a toujours été soulignée par les spécialistes : un cadre de vie beau et sain pour des enfants, futurs adultes, à l'esprit sain !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kader B
Source : www.lesoirdalgerie.com