Un acte d’honneur et d’héroïsme d’Abdelkader
Le 21 décembre 1847, l’Emir traverse El-Mlewyya et se prépare à atteindre le col du Guerbous. L’aube du 22 décembre 1847: Le col est tenu par une quarantaine d’hommes sous la conduite du lieutenant Mohammed Boukhouia et du sous-lieutenant Brahim en contact avec la colonne de Lamoricière, forte de 3.500 fantassins et de 1.200 cavaliers. A trois heures du matin, l’Emir envoie deux hommes avec le lieutenant Boukhouia, porteurs d’une feuille de papier (l’Emir avait pris le soin tout de même d’y apposer son cachet, n’ayant rien pu écrire à cause de la pluie, du vent et de la boue...). Les émissaires rencontreront le général Lamoricière qui lui non plus ne pourra écrire quoi que ce soit (mauvais temps). De plus n’ayant pas son cachet sur lui, il empruntera celui du commandant Bazaine et il remettra également son sabre. Et voilà les premiers émissaires repartis accompagnés de quatre spahis. Le soir du 22 décembre, Boukhouia rapporte à Lamoricière son sabre et le cachet de Bazaine avec une lettre d’Abdelkader. L’Emir déclare qu’il ne souhaite rien, ni traitement ni honneurs militaires, seulement la promesse de gagner un pays proche des Lieux Saints de l’Islam et une intervention auprès du sultan du Maroc pour retrouver son fidèle Bouhmidi dont il ignore encore qu’il fut assassiné. Lamoricière répond: «J’ai l’ordre du fils de notre roi de t’accorder l’Aman et le passage vers Alexandrie; ne doute point de cette parole». Il enverra aussitôt également un message au Duc d’Aumale pour lui rendre compte des initiatives qu’il a prises et des gages dont il a cru bon de se satisfaire. Rendez-vous est donc pris aux pieds de ce qu’on appellera désormais «Le Palmier d’Abdelkader». De cet endroit mythique, non loin de Sidi Brahim, entre ce point et «La Colonne Montagnac» se trouve le «Mqam de Sidi Taher». C’est à cet endroit même, marqué par un palmier que fut scellé, le 23 décembre 1847 à midi, l’accord d’Armistice entre l’Emir et le Général Lamoricière (après avoir obtenu par écrit l’assurance que l’ensemble de ses conditions étaient acceptées et seraient respectées, principalement son départ avec tous ceux de ses proches qui voulaient le suivre à Akka ou à Alexandrie). Enfin, de cet endroit, l’Emir accompagné de 88 de ses proches ira au «Mqam de Sidi Brahim» distant de 4 kilomètres et où l’attendent le général Lamoricière et le colonel Cousin de Montauban; Les troupes rendent les honneurs. L’Emir pénétrera à l’intérieur de la petite mosquée du Sanctuaire où il restera en prière pendant une heure, il y accomplira la prière du D’Hor et celle de l’Â’sr. Escorté par 500 cavaliers, l’Emir arrivera le 23 décembre 1847 à 18 heures à Ghazaouet où il y passera la nuit. Le 24 décembre Abdelkader se présente devant le Duc d’Aumale auquel il offrira «Ed’Dehmam» (son cheval pur-sang); L’Emir dira au Duc: «Ton général m’a donné sa parole et je m’y fie; Elle ne sera pas violée par le fils d’un grand roi». Il embarquera sur le «Solon» à destination de Mers El-Kébir et où il arrivera au milieu de la nuit. Le lendemain 25 décembre, d’Aumale a donné à l’Emir une lettre de recommandation destinée au consul d’Alexandrie et deux pistolets en souvenir. Peu avant midi, il sera transbordé sur 1’»Asmodée» à la destination prévue par Dieu... On connaît la suite: L’»Asmodée» n’ira pas plus loin que Toulon où ils débarquent le 22 Moharrem avant midi. Ainsi après de longues années de lutte acharnée et malgré les moyens gigantesques mis à leur disposition, les chefs militaires français ne purent ni capturer ni tuer l’homme qui fit subir à la France ses plus sanglantes difficultés. Alors, la France reprochera aux derniers en date de ses chefs, d’avoir accepté l’honorable arrêt des hostilités d’un Homme avec qui la France avait pourtant signé deux traités tout en le reconnaissant comme Emir. Il eut fallu que leur victoire, pour qu’elle soit complète, soit le fait d’une capitulation inconditionnelle de la part d’un Grand Homme à la tête de sa Nation et n’ayant pu l’obtenir, ils préfèrent le garder comme otage et lui faire accepter par épuisement de résider en France. Après une captivité aussi dure qu’injuste, le 16 octobre 1852, l’Emir et ses compagnons furent libérés par Louis-Napoléon Bonaparte.
Dr Chamyl Boutaleb El-Hassani
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Biblioraphie:
Azan Paul: «La Bataille de Sidi Brahim»
Bellemare Alexandre: «Abdelkader: Sa vie politique et militaire»
Boutaleb Abdelkader: «L’Emir Abdelkader et la formation de la nation algérienne»
Churchill Charles-Henry: «La vie d’Abdelkader»
Lataillade Louis: «Abdelkader: Adversaire et ami de la France»
Benmansour Hacène: «Traduction de l’Arabe de l’autobiographie de l’Emir Abdelkader, écrite en prison (France) et publiée pour la première fois dans dialogues éditions-Paris»
Rapports Militaires: Clauzel - Changarnier - Du Barali - Oudinot - Thomas - Berthezène - Tatareau
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com