Samuel Eto'o est un homme de caractère. Le footballeur camerounais, un
des meilleurs attaquants au monde, l'a montré l'an dernier, en décidant de
quitter l'Espagne, après avoir fait l'objet de comportements racistes de la
part des supporters. Alors qu'il venait de remporter la Champion's League avec
Barcelone, et que tout semblait lui sourire, il a décidé de partir en Italie
où, là encore, il a remporté le titre européen avec l'Inter de Milan, éliminant,
au passage, son ancien club. Malgré ces succès, Eto'o est aujourd'hui amer. Il
n'a pas réussi à tirer l'équipe nationale du Cameroun vers le haut. La
participation des Camerounais au Mondial sud-africain a même été lamentable,
avec trois défaites en trois matches, malgré deux bus de Eto'o.
Didier Drogba a, lui aussi,
marqué en Coupe du monde. Mais là encore, c'était insuffisant pour passer au
second tour. La Côte d'Ivoire n'a battu que l'énigmatique Corée du Nord. Malgré
un effectif très riche, avec une pléiade de joueurs évoluant dans les plus
grands clubs du monde, les Ivoiriens ont échoué. Avec toutefois des
circonstances atténuantes, car ils étaient dans le groupe le plus difficile de
la Coupe du monde. L'Algérie, elle, était dans le groupe le plus faible. Les
Etats-Unis et l'Angleterre, qui se sont qualifiés au second tour, ont été
éliminés dès les huitièmes de finale. L'Algérie n'a pourtant récolté qu'un seul
point. L'Afrique du Sud a fait un peu mieux, en réussissant à battre la France,
mais cela ne fait guère illusion : c'est la première fois dans l'histoire de la
Coupe du monde que le pays organisateur ne passe pas le premier tour. Quant au
Nigéria, il constitue, depuis longtemps, la déception classique à chaque Coupe
du monde. C'est le pays africain qui dispose des plus grandes potentialités,
mais à l'exception de 1994, il n'a jamais réussi à présenter une équipe
compétitive en phase finale de Coupe du monde.
Ce bilan sommaire de la
participation africaine au Mondial confirme une tendance qui ne peut être
occultée. La participation africaine est un échec. Elle l'est doublement quand
on rappelle que la compétition est organisée en terre africaine, et que le
monde entier était en droit d'attendre que 2010 soit l'année du football du
continent noir. L'arbre ghanéen ne peut cacher cette forêt de l'échec
continental. Un échec qui sera longuement analysé, mais on peut, d'ores et
déjà, l'imputer à deux facteurs principaux. Le premier concerne l'absence
d'institutions sportives viables dans la plupart des pays africains. Les
fédérations du Cameroun et du Nigeria en constituent l'exemple le plus
édifiant. Ministres, hauts responsables, généraux, anciens joueurs, tout le
monde se mêle des affaires de l'équipe nationale, avec cette absurde prétention
de la gérer, selon les humeurs des uns et des autres. Le Cameroun a changé
d'entraîneur à six mois de la Coupe du monde. Comment, dans ce cas, aspirer à
de bons résultats ?
Le second facteur, lié au
premier, concerne le comportement des footballeurs africains eux-mêmes. Ceux-ci
acquièrent un comportement rationnel, rigoureux, dans leurs clubs respectifs en
Europe, mais une fois de retour en équipe nationale, ils abandonnent cette
culture pour agir de manière destructive, souvent poussés par des rivalités
internes et un environnement immature. Samuel Eto'o en offre l'exemple le plus
édifiant. Lui qui a réussi à s'intégrer au collectif de Guardiola à Barcelone,
puis à se plier aux consignes totalement différentes de José Mourinho à l'Inter
de Milan, est redevenu un joueur capricieux en équipe nationale. A la veille de
la compétition, il a déclenché une guerre des clans au sein de l'équipe, avant
de menacer publiquement son entraîneur Paul Le Guen entre deux matches de Coupe
du monde. Le résultat est sans appel : le bilan d'Eto'o en Coupe du monde est
lamentable. De plus, c'était probablement sa dernière participation à cette
compétition.
Seul le Ghana a survécu à ce
naufrage. Peut-être parce que l'équipe a moins de stars. Que Michael Essien, un
des meilleurs footballeurs au monde, était absent de la compétition. Drogba et
Eto'o, eux, étaient présents. Faut-il trouver dans la présence et l'influence
de joueurs célèbres un autre handicap pour les équipes africaines ?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abed Charef
Source : www.lequotidien-oran.com