
L'Algérie a la triste particularité de non seulement importer l'essentiel de ses produits de subsistance, mais de les acheminer vers le pays au moyen de navires étrangers.Etrangement, l'Algérie qui dispose d'une façade maritime de plus de 1200 km, ne possède en tout et pour tout que 12 navires marchands aux mains d'une entreprise monopoliste d'Etat (CNAN), empêtrée depuis plusieurs années dans d'insolubles problèmes financiers et managériaux.Le gouvernement pense pouvoir la sortir d'affaire en l'aidant à acquérir au minimum 25 nouveaux bateaux à l'horizon 2017, mais faute d'aller au fond des problèmes qui minent cette entreprise (qualité de l'encadrement, surendettement, difficultés de maintenance, etc.), le renforcement projeté risque de ne rien changer à la situation pour le moins dramatique de ce monopole d'Etat qui n'assure en fait que 1% du fret national.C'est à ce squelettique monopole que les autorités politiques algériennes tiennent à conférer le pompeux qualificatif de «pavillon national» pour le maintenir en vie sans mettre les moyens requis pour une sérieuse remise à flot. Le monopole d'Etat sur le fret maritime ayant été autoritairement maintenu, aucun promoteur algérien n'a été autorisé à créer une compagnie de transport maritime de droit privé susceptible concurrencer la CNAN, laissant ainsi libre cours aux armateurs étrangers qui ont fini par accaparer la presque totalité du fret maritime algérien. Ces derniers amassent ainsi entre 8 et 10 milliards de dollars de frais de transport chaque année.Autant de faits et de chiffres qui donnent la mesure de l'extrême vulnérabilité de l'Algérie qui, non seulement ne parvient pas à produire ses propres moyens de subsistance, mais, pire encore, à prendre en charge par ses propres moyens l'acheminement des marchandises qu'elle importe de plus en plus massivement. Un embargo exercé, pour une raison ou autre, par des armateurs étrangers peut en effet faire basculer du jour au lendemain le pays dans une situation de pénurie qui pourrait dégénérer en de graves troubles politiques et sociaux.On se pose alors la question de savoir comment un pays qui disposait d'une cinquantaine de navires dans les années 70' et 80' en est arrivé à ne disposer aujourd'hui que d'une dizaine de bateaux habilités à naviguer dans toutes les eaux territoriales internationales.La réponse est évidemment dans le maintien têtu du monopole du transport maritime de marchandises que l'Etat avait confié en 1971 à la Compagnie nationale de navigation (CNAN) en dépit de la mise à la réforme, en 1997, d'une trentaine de vieux navires que l'Etat n'a, pour diverses raisons, jamais pris le soin de remplacer. La privatisation de la CNAN avait été certes à l'ordre du jour au milieu des années 2000, mais toutes les initiatives qui devaient être prises dans ce sens furent torpillées par des cercles du pouvoir qui y étaient opposés.Contrainte à l'immobilisme, cette compagnie qui avait connu son temps de gloire dans les années 70' est entrée progressivement dans un état de délabrement qu'il ne sera, à l'évidence, pas facile de surmonter. Incapable de régler les frais de maintenance de ses bateaux vieillissants, ces derniers seront souvent saisis par la justice ou interdits de naviguer en dehors de nos limites territoriales, donnant à notre pavillon national une piètre image de marque à l'étranger.Plusieurs fois renflouées par l'argent du Trésor, pratiquement toutes les filiales du groupe CNAN sont aujourd'hui encore en difficulté en raison, notamment, des lourdes dettes qu'elles continuent à traîner et des déficiences managériales qui hypothèquent chaque année un peu plus leurs résultats de gestion. La CNAN reste malgré tous ces aléas la seule entreprise que l'Etat algérien autorise à posséder des navires marchands.Un décret exécutif publié en 2010 a certes autorisé des promoteurs autres que la CNAN à acquérir des bateaux destinés au transport de marchandises, mais faute de textes d'application et de conditions favorables à ce genre d'investissement, les entrepreneurs privés hésitent, aujourd'hui encore, à s'y engager.Le président du Forum des chefs d'entreprises (FCE) a, tout récemment, évoqué devant le ministre des Transports, Amar Ghoul, la nécessité d'ouvrir cette activité aux armateurs algériens, mais au vu des hostilités ouvertement déclarées par certains partis politiques et une frange de l'UGTA, il y a fort à craindre que l'ouverture réclamée par le FCE n'ait pas lieu de sitôt.En attendant que le privé algérien soit autorisé à investir dans le créneau de l'armement, il est, à notre avis, nécessaire que l'Etat consente au moins à renforcer la capacité de transport de la CNAN par l'acquisition aussi rapide que possible d'au minimum une trentaine de navires et cargos pour remettre la compagnie au niveau qui était le sien dans les années 70', période durant laquelle elle assurait une part non négligeable du fret national et sécurisait les approvisionnements en produits de premières nécessité.L'octroi d'autorisations de création de compagnies de transport maritime de marchandises à des opérateurs privés risquant de tarder, il est aujourd'hui possible, puisque la loi l'autorise, de leur permettre de prendre part au capital de Groupe CNAN ou de ses filiales et, pourquoi pas, à la privatisation de leur management.L'Etat devra évidemment veiller au bon choix des postulants, le but étant de garantir la croissance et la pérennité de cette compagnie qui a la chance de disposer d'une longue expérience dans le domaine du fret maritime et qui pourrait élargir ses activités à la construction et à la location de conteneurs connus pour être des sources d'importants gains.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nordine Grim
Source : www.elwatan.com