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L'aplomb de l'ambassadeur turc à Alger



L'aplomb de l'ambassadeur turc à Alger
Puisqu'il nous en donne l'occasion et que toute vérité doit être dite, rappelons que l'occupation de notre pays par les janissaires turcs, de 1515 à 1830 en Algérie, n'avait rien à envier à celle des militaires français de 1830 à 1962.
On avait déjà vu des journalistes changer de profession et devenir diplomates. A l'inverse, on n'avait jamais vu un diplomate faire le journaliste. Cette semaine, l'ambassadeur de Turquie à Alger est venu démentir cette règle. Dans notre édition d'hier, nous avons publié une précision de ce représentant d'Ankara dans notre pays dans laquelle il revendique la «liberté de parole». Deux jours auparavant, il avait fait la même «revendication» au quotidien Le Soir d'Algérie. Ces deux «précisions» font suite à l'information que les journalistes présents à la conférence de presse du chef de la mission des observateurs de l'Union européenne, invités à suivre nos élections législatives, ont rapportée. Au cours de cette conférence, en effet, l'ambassadeur de Turquie à Alger qui se trouvait parmi les journalistes, a posé au conférencier «sa» question. Il voulait savoir, ou plutôt il voulait attirer son attention sur le fait que l'Algérie n'avait pas rendu publics «les pourcentages obtenus par chaque parti». Sur la présence de l'ambassadeur à une conférence de presse, qui, comme son nom l'indique, s'adresse aux journalistes, on peut passer et dire qu'il ne faille pas arriver jusqu'à expulser de la salle tous ceux qui n'étaient pas journalistes. C'est que l'ambassadeur en question n'est pas resté sagement dans son fauteuil à écouter les intervenants. Ce qui, somme toute, aurait été acceptable dans la mesure où cela devait lui permettre de rédiger un rapport mieux «sourcé» aux autorités de son pays. Dans ses explications aux quotidiens qui l'ont «épinglé», l'ambassadeur avance comme argument (tenez-vous bien!) que «c'est un usage assez connu à travers le monde que le nombre de sièges obtenus soit accompagné des pourcentages obtenus par les partis». Encore heureux qu'il parle «d'usage» et non «d'obligation». Mais «de quoi je me mêle'». Le principal usage chez nous, est de savoir se tenir quand on est chez les autres. On ne se mêle pas de savoir pourquoi l'hôte a peint ses murs en bleu et pas en vert! A moins de se considérer autrement qu'un invité. Si vraiment l'ambassadeur de Turquie voulait en savoir plus sur nos usages, ce n'est certainement pas un observateur européen, étranger comme lui, qui pouvait le renseigner. Un esprit bien «tourné» aurait posé la question aux responsables du pays. A ceux du ministère de l'Intérieur, à ceux de la commission de surveillance ou encore à ceux de la commission juridique. D'autant que l'ambassadeur nous dit dans sa «précision», «être conscient des règles diplomatiques d'usage». Quand on dit cela tout en ayant enfreint ces règles, c'est doublement grave. C'est digne du comportement d'un janissaire dans la Régence d'Alger au XVIe siècle. L'ambassadeur de Turquie peut-il penser que le peuple algérien est frappé d'amnésie collective pour se permettre un tel écart de conduite' On le croit, puisque le gouvernement de son pays a récemment fait preuve de la même audace dans son conflit avec la France au sujet du génocide arménien. Il croyait notre soutien acquis en rappelant le génocide français en Algérie «à partir de 1945». Ce qui est, d'une part, faux car l'occupation française en Algérie n'a pas commencé ses massacres en 1945, mais en 1830. D'autre part, quand deux colonisateurs s'affrontent, les anciens colonisés ne peuvent que pavoiser et non prêter main forte à l'un ou à l'autre. Ce qui explique notre silence au moment du «crêpage de chignon». Et puisque l'ambassadeur de Turquie nous en donne l'occasion et que toute vérité doit être dite, l'occupation de notre pays par les janissaires turcs avec l'onction de la «Porte sublime» (Sultanat ottoman) de 1515 à 1830 en Algérie, n'avait rien à envier à celle de la France de 1830 à 1962. En aucun cas, l'Islam dont les Turcs se servaient pour leur basse besogne ne pourra les dédouaner. Au contraire, le plus grave péché inexpiable chez un musulman est de tuer, violer, voler, d'autres musulmans. C'est donc une circonstance aggravante dont les Turcs devraient prendre conscience quand ils évoquent leur agression contre les Algériens. Une agression qui a commencé avec l'assassinat, dans son bain, du roi Sélim 1er et qui se poursuivit à plus grande échelle durant plus de trois siècles. Les crochets de la porte Bab Azoun à Alger laissent toujours échapper les râles des Algériens qui étaient, chaque matin, suspendus jusqu'à ce que mort s'ensuive. Les bateaux qui partaient, à cadence soutenue, du port d'Alger à Ankara, chargés d'or et de blé volés aux Algériens lors des razzias durant des siècles ne sont pas oubliés. L'histoire est implacable. Il faudrait des volumes pour en faire état. Contentons-nous dans ces lignes de rappeler à l'ambassadeur de Turquie que l'Union européenne ne veut pas de la Turquie. Que suivre à «l'odeur» tous les Européens qui passent, comme ceux de la commission d'observation invités par notre pays, ne fera pas fléchir Bruxelles. Quant «aux règles diplomatiques d'usage» que vous évoquez, nous laisserons l'appréciation à nos autorités. Une chose est sûre: vous feriez un très mauvais journaliste!
zoume6@hotmail.com


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