2010 sera l'année des Algériens : Abdelaziz Bouteflika vient de demander expressément à ce que les projets nationaux soient privilégiés et à limiter l'appel aux étrangers. Certains projets restés en suspens pourraient ainsi être appuyés. Tout comme les entrepreneurs qui se sont montrés fidèles au président en 2009...
Top Business Le gouvernement devrait donner son feu vert à plusieurs mégaprojets initiés par Issad Rebrab, le patron de Cevital : le hub portuaire Cap Djinet 2015, un des plus grands de la Méditerranée et Desertec, un projet sur l'énergie solaire avec les Allemands. Il doit aussi recevoir une usine Samsung en partenariat avec les Sud-Coréens. Une entrée en bourse n'est pas à écarter. Lhachemi Siagh, directeur général de Strategica Finances, société de conseil en management et ingénierie financière, après le succès de l'emprunt obligataire Haddad UTRHB, il doit lancer des emprunts obligataires de plusieurs entreprises, notamment du secteur financier (Maghreb Leasing) et des hydrocarbures (Taures Group). Réda Kouninef, PDG de Kougp, confronté à des soucis financiers avec Safia et Mobilink, pourrait être « sauvé » cette année : son soutien à Abdelaziz Bouteflika devrait lui valoir des contrats dans un autre domaine, dans le BTP, les secteurs minier et pétrolier.Place à l'investissement nationalLa tendance au protectionnisme économique enclenchée au deuxième semestre 2009 devrait logiquement se poursuivre en 2010. De nombreuses PME-PMI étrangères (dont le taux de réussite en Algérie était, avant la LFC 2009, inférieur à 10%) vont ainsi devoir s'adapter. L'année sera également difficile pour les banques étrangère privées ' Société Générale, BNP, Natexis, Al Baraka, Gulf Bank Algeria', principaux financiers de ces PME-PMI. En effet, après avoir subi la suppression du crédit à la consommation en 2009, elles devront désormais se plier à la régularisation imposée par la Banque d'Algérie (approbation des produits bancaires, fixation des plafonds des taux d'intérêt jugés jusque-là excessifs). Plus gênant : les entreprises étrangères en sont encore à réclamer le transfert de leurs bénéfices. Pour les Algériens, plus question non plus d'aller investir à l'étranger.Du côté algérien, ces mesures aurontsans doute pour conséquence de ramener sur le devant de la scène des entreprises (Flash Algérie (emballage et agroalimentaire) et des figures (Djilali Mehri, industriel qui aimerait investir dans le secteur énergétique et agricole).Dossiers bloquésEntre le projet de réforme bancaire dont la privatisation des banques publiques, la délocalisation des marchandises non containerisées du port d'Alger qui engendrera l'augmentation des prix des véhicules, l'accès au foncier industriel' Nombreux sont les dossiers qui devraient rester bloqués encore cette année, d'autant que le climat refroidit les investisseurs. Premiers concernés : les pétrodollars désertent l'Algérie (après Emaar, EIIC pourrait aussi plier bagage ' Que va devenir Moubadalat ') alors que plus de 45 milliards de dollars d'investissements étaient annoncés pour 2010. Autre dossier dont l'issue semble reportée : celui de l'accès à l'OMC. Car aux dernières nouvelles, l'Algérie aurait refusé la venue de Pascal Lamy, son directeur général.Agenda chargé Parmi les événements importants de l'agenda 2010, figure la 16e édition de la Conférence internationale sur le gaz naturel liquéfié (LNG 16), prévue à Oran du 19 au 21 avril. D'après les organisateurs, plus d'une cinquantaine de ministres (Indonésie, Malaisie, France, Allemagne, Russie') auraient déjà confirmé leur participation. Oran accueillera également du 14 au 18 novembre la 5e édition de la Semaine de l'Energie sur le thème générique de « l'énergie dans un monde en récession : défis et opportunités ».En février, Donald Kaberuka, président du groupe Banque africaine de développement, est attendu à Alger pour l'ouverture de la première agence de la banque, qui dispose déjà de filiales à Tunis où se trouve son siège provisoire. Et c'est Assitan Diarra-Thioune, experte des économies pétrolières, qui en sera la directrice. Actionnaire de la banque, l'Etat algérien n'est plus emprunteur depuis plusieurs années. La présence de la BAD lui permettrait surtout de bénéficier d'une expertise en matière de gestion financière. Une partie du méga projet quartier d'affaires de Bab Ezzouar, réplique du quartier de la Défense à l'algérienne, verra la réception cette année aussi de plusieurs buildings, qui abriteront notamment les sièges des plus grandes entreprises algériennes : Air Algérie, Mobilis, Algérie Poste, CMA CGM et Aigle Azur. C'est également en 2010 que le gouvernement devrait accélérer l'utilisation de la monétique. Dès janvier, il sera en tout cas possible de payer ses billets Air Algrie en ligne. Orascom devrait suivre pour le paiement des factures et le rechargement électronique. Ali Rezaïguia, ancien directeur financier du groupe Sonatrach, PDG de la filiale aérienne Tassili Airlines, est annoncé comme le futur holding minier Manadjim el Djazair, qui regroupera toutes les sociétés du secteur minier : Ferphos, Enof, Enor, Enarmarbre' qui dépendront non plus du ministère de l'Industrie mais de celui de l'Energie. Ali Haddad, parti à la conquête des transports, du tourisme et même de l'immobilier avec 80 milliards de dinars d'investissements prévus sur cinq ans (usine de charpentes métalliques à Constantine, une autre pour la fabrication des tuyaux destinés aux secteurs de l'énergie et de l'hydraulique). Le groupe s'est également engagé notamment dans le transfert hydraulique Mostaganem-Arzew-Oran (MAO), la réalisation de lignes ferroviaires, dont celles reliant Sidi Bel Abbès à Mecheria (140 km) et la réalisation du futur stade de 50 000 places de Tizi Ouzou en partenariat avec un groupe espagnol ainsi que le développement de la zone d'extension touristique d'Azeffoun (Tizi Ouzou) mais aussi, dans le domaine minier, puisque il exploitera une dizaine de carrières d'agrégats. Autant de projets qui s'expliquent comme un appui politique pour Ali Haddad, qui après avoir soutenu Abdelaziz Bouteflika, passe aussi pour être proche de Saïd Bouteflika. L'année sera sans doute moins faste pour Abdelouahab Rahim, patron du groupe Dahli, qui devrait tout de même inaugurer Ardis, son hypermarché aux Pins maritimes. Présent à tous les colloques, rencontres économiques, principales négociations avec le gouvernement, Réda Hamiani, président du Forum des chefs d'entreprises, restera cette année le garant des intérêts des patrons. On attend de sa part le lancement -avec l'appui du gouvernement- de la fameuse opération Made in Bladi.Les Américains attaquentCette année, l'Algérie prévoit d'injecter 6,5 milliards de dollars dans le cadre de son plan Marshall pour la Sonelgaz qui doit faire face à une demande extérieure supérieure à sa production actuelle. Ainsi, le géant américain General Electric, devrait rafler cette année de gros contrats. Mais les sociétés américaines ne s'intéressent pas seulement au secteur des hydrocarbures et de l'énergie algériens : AmeraMex et Marchetti, deux sociétés de construction viennent aussi de signer un accord de partenariat avec une société algérienne. AJGB International, une société d'ingéniérie environnementale basée à Seattle et dirigée par Alejandro J. Gonzalez, a aussi obtenu un contrat de l'US Trade Development pour effectuer une étude sur le secteur de l'eau en Algérie. Le gouvernement algérien a prévu d'investir 19 milliards de dollars dans le développement des ressources aquarifères.Un crédit vert pour la Société Générale AlgérieEco-crédit (crédit environnement) : voilà un nouveau produit financier que compte lancer cette année la banque Société Générale Algérie. Ces « dépôts verts » (dépôts à terme et livret d'épargne) serviront au financement des entreprises ou des projets qui respectent l'environnement. Le projet implique des avantages sur les crédits afin de mobiliser le plus grand nombre de personnes morales et physiques intéressées. Le projet sera monté au cours de l'année 2010, si l'on tient compte des déclarations du président du directoire de la Société Générale Algérie. A priori, deux terrains d'intervention ont été identifiés. Il s'agit de financer l'achat d'équipements destinés à doter les voitures en gaz GPL. Actuellement, les voitures roulant au GPL représentent 3% seulement du parc automobile algérien.Big brother2010 sera l'année du filtrage de l'information. A commencer par la télé. Car si le gouvernement compte lancer bientôt le réseau TNT en Algérie, une opération déléguée à Algérie Telecom en partenariat avec la TDA (Télédiffusion algérienne), on sait d'ores et déjà que certaines chaînes seront exclues, à l'instar d'Al Jazeera. Parallèlement, le gouvernement continuera la déparabolisation initiée l'an dernier à Bab el Oued. Avec l'installation de la TNT, et donc l'offre unique d'Algérie Télécom, on se dirige vers une sélection de programmes' politiquement corrects. Pour l'instant, Algérie Télécom a signé un contrat avec Canal+ Overseas où l'offre ART (bouquet satellite arabe) est incluse. S'ajoutent à cela, les chaînes de télévision publiques algériennes. En d'autres termes, les Algériens déparabolisés profiteront d'une offre de télévision limitée sans certaines de leurs chaînes favorites. Après la télé, suivra le filtrage de l'information sur Internet avec la mise en place d'un pare-feu dans le cadre de la loi contre la cybercriminalité, capable de craquer les mots de passe de comptes e-mails ou encore d'interdire l'accès à certains sites ou blogs. Seule ouverture : sur l'ENTV, qui projette le lancement de sept chaînes de télévision (Jeunesse, Femme, Parlementaire, Sport, Musique, Connaissances et une pour Alger).L'outsider 2010A 55 ans, le très discret homme d'affaires franco-algérien, Arezki Idjerouidene, pourrait être un des grands gagnants de l'année. Lui qui est pour beaucoup dans la facilitation du transport de la communauté algérienne établie à l'étranger, spécialement en France, et dans la promotion de la destination Algérie, obtiendra vraisemblablement en 2010 pour Aigle Azur l'autorisation de desservir le réseau domestique algérien. Plus encore : son groupe français GoFast (dont Aigle Azur est une filiale), spécialisé dans le tourisme et le transport des matériels lourds, obtiendrait également de nombreux contrats de transport nécessaires aux grands chantiers pétroliers du sud du pays.Du gaz contre'Plus que jamais, l'Algérie sera cette année en position de force dans ses négociations avec l'Union européenne. Primo, elle ne compte pas céder sur l'accord stratégique sur l'énergie. L'UE aimerait s'assurer d'un approvisionnement régulier en gaz et en pétrole pour cinquante ans mais l'Algérie voudrait revoir les conditions de l'accord pas assez contraignantes pour les pays membres de l'Union européenne. En juin, il sera aussi question du gaz lors du Conseil d'association Algérie-UE. L'Algérie voudrait réviser certaines clauses pour assouplir la circulation de ses biens. Résultat : il faut s'attendre pour 2010 à un ballet de visites officielles : Mourad Medelci à Bruxelles et le Commissaire européen à l'énergie à Alger.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mélanie Matarese, Zouheir Aït Mouhoub
Source : www.elwatan.com