Chassé une toute première fois de l'université d'Alger dans les années soixante-dix lorsqu'il fut privé de la chaire de Tamazight qu'il s'était jalousement employé à enseigner bénévolement, puis chassé une autre fois de l'université de Tizi Ouzou lors de la tristement célèbre année 1980 qui l'a vu se signifier l'interdiction de tenir une conférence sur la poésie Kabyle ancienne, Mouloud Mammeri est rechassé de l'université qui porte pourtant son nom depuis bon nombre d'années. Ayant bénéficié de la notoriété de l'inénarrable ‘amusnaw', ladite université a perdu de sa superbe et multiplie les frasques au point où les enseignants préfèrent garer leur véhicule dehors quitte à se faire détrousser par des parkingeurs plutôt que de s‘aventurer dans cette enceinte jadis fleuron du savoir que les intrus et même les chiens errants fréquentent désormais. Fermeture de portes et portails, grèves cycliques, et des services administratifs obligés de déménager et aménager ailleurs pour pouvoir expédier les affaires urgentes sont quelques unes des facettes de ‘Thasdawith'. La descente aux enfers est surtout visible et palpable dans l'insécurité qui y règne et qui va crescendo quand bien même sans cesse décriée depuis des années. De guerre lasse, les étudiants d'un département réputés pourtant ne pas faire de vagues montent au créneau et par un acte symbolique et hautement intellectuel rendent leur carte d'étudiant à qui de droit pour signifier la vanité de leur présence sur les lieux. La franchise universitaire les desservant plus qu'elle ne les sert, ils rentrent à la maison alors qu'ils avaient affronté la pandémie pour s'abreuver de savoir et mener à bout l'année académique, mais n'en peuvent plus d'étudier avec la peur au ventre. Ils se retrouvent étrangers sur leur propre territoire insidieusement colonisé par de jeunes loups et des énergumènes qui y ont trouvé un milieu sécurisé pour montrer leurs griffes et se livrer à des affaires douteuses.Au lieu des récitals de poésie, des colloques, des symposiums et l'ambiance festive d'échange d'idées et lieu propice à l'éclosion du savoir, l'université et devenue un quartier malfamé où il ne fait pas bon se retrouver surtout l'après midi. Alors, les salles de cours et les couloirs sont squattés, les recoins deviennent des fumeries et lieu de beuverie. Au dehors, les routes, les parkings et les placettes se muent en parcs de loisirs, circuits automobiles, podium de grosses cylindrées et motos, circuit d'autoécole, arène pour bagarres, mais aussi scène de fortune pour musiciens en herbe dont seule la derbouka est audible. La rime a cédé le terrain au brouhaha, les labos de langue sont tombés en désuétude, et le legs mammerien s'évapore doucement mais surement. Malgré le dévouement de quelques enseignants-chercheurs à maintenir sa flamme allumée avec des publications qui passent inaperçues au sein même de leur corporation, l‘amusnaw' est bel bien rechassé de l'université et il ne semble rester de lui que le nom sur le fronton du portail principal.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : H Y
Source : www.lequotidien-oran.com