
Michel Rocard«La France perd un homme de coeur et de raison, l'Algérie un ami fidèle, l'humanité un être d'exception», note le président Bouteflika.Un hommage national a été rendu, ce jeudi, aux Invalides à Michel Rocard, l'homme de la «deuxième gauche» et ami fidèle de l'Algérie qui s'était engagé contre la guerre livrée par la France coloniale au peuple algérien. De nombreux responsables politiques étaient présents dans la cour des Invalides à Paris pour rendre un hommage national, cinq jours après sa mort à l'âge de 85 ans, à l'ancien Premier ministre sous François Mitterrand (1988-1991), précédé par une cérémonie au temple de l'Etoile à Paris. A la demande du défunt dans un testament, son ami Edmond Maire, secrétaire national de la Confédération française démocratique du travail (Cfdt) de 1971 à 1988, puis François Hollande ont prononcé un éloge funèbre devant son cercueil posé à même le sol de la Cour des Invalides.L'homme, faut-il le préciser, a été un acteur central de la scène française, non pas seulement en raison des responsabilités qu'il a occupées dans la pyramide du pouvoir, mais aussi et surtout parce qu'il a été un agitateur d'idées au plan de la pratique politique et un homme d'honneur, lorsqu'il s'est agi de défendre les principes universels des droits de l'homme. Son courage, en affrontant la France coloniale, au point de «révolutionner» dans son propre pays la perception qu'avaient les intellectuels de l'horreur d'un système basé sur la haine de l'Autre, plaide en faveur d'un homme, dont l'idée qu'il se fait de la France est idéalisée. Mais, seuls les grands de ce monde parviennent à transformer l'idéal en combat, ensuite, en victoire historique. Rocard était de ceux-là, contre les petits calculateurs à la petite semaine. Il a fait de la politique avec un grand «P» et s'est opposé à ceux qui, craignant pour leur confort, étaient prêts à sacrifier l'honneur de la France sur l'autel d'une carrière politique.Dans sa vie, comme dans sa mort, il force le respect de tous ceux qui ont de l'estime pour l'Histoire. Il doit être incinéré et ses cendres devant ensuite être inhumées en Corse, sur cette île où, selon ses termes, sa dernière épouse, Sylvie, connut ses «joies d'enfant».Le président François Hollande a salué, dans un discours, une «grande et belle figure de la République». Théoricien de la «deuxième gauche», Michel Rocard, selon le président français, «pouvait être sévère à l'égard de la première», mais il savait «que les deux gauches devaient s'unir pour gouverner».Dans sa dernière interview, un testament politique, accordée à l'hebdomadaire Le Point du 23 juin dernier, il avait affirmé que la gauche française actuelle est «la plus rétrograde».Dans son analyse de la classe politique française, Michel Rocard a estimé que «la démocratie chrétienne avait un projet de société pour toute l'Europe qu'elle a fini par abandonner. Le gaullisme a disparu. Le communisme s'est englouti dans son propre archaïsme et le socialisme porte un projet, mais il n'est plus clair depuis longtemps».Dans la vie de Michel Rocard, l'Algérie a constitué un moment important, voire fondateur de sa vision politique. A travers son action de dénonciation de l'horreur coloniale, il a véritablement servi la France. C'est en substance, le propos du président Bouteflika à son égard. Dans un message de condoléances adressé à son homologue français, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a qualifié le défunt d' «ami fidèle» de l'Algérie ayant contribué à bâtir des relations bilatérales «frappées du sceau du respect mutuel». «Esprit généreux et universel, s'il en est, Michel Rocard a, dans bien des moments, su être en avance sur son époque. Il a gagné une place de choix dans l'histoire de la France et dans celle d'autres nations comme la mienne dont il a su très tôt capter l'aspiration indomptable à la liberté», a affirmé le chef de l'Etat. «Homme de lucidité, de courage et d'engagement, il aura été de ceux qui ont précisément compris que la grandeur de la France allait se mesurer à la capacité de ses dirigeants d'inscrire leur attitude dans la cohérence de l'histoire en allant à la rencontre d'une indépendance que l'Algérie avait gagnée de haute lutte, avant de contribuer à bâtir des relations bilatérales frappées du sceau du respect mutuel», a-t-il relevé, soulignant qu'avec sa disparition, «la France perd un homme de coeur et de raison, l'Algérie un ami fidèle, l'humanité un être d'exception».
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : L'Expression
Source : www.lexpressiondz.com