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l'amertume des jours d'après La pièce Al Kelma de Allaoua Zermani présentée à Alger



l'amertume des jours d'après La pièce Al Kelma de Allaoua Zermani présentée à Alger
Pour Allaoua Zermani, metteur en scène et comédien, il est temps de dresser le bilan, cinquante ans après l'indépendance de l'Algérie.
La parole a une valeur. En Algérie, au Maghreb, c'est une culture. Ne pas respecter la parole équivaut à une trahison, une lâcheté, un reniement. Dans Al Kelma, pièce présentée lundi soir au Théâtre national Mahieddine Bachatarzi à Alger, à l'occasion du 8e Festival national du théâtre professionnel, cette idée revient comme une revendication profonde. A partir d'un texte de Djamel Dekkar, Mohamed Tayeb Dehimi et Abdelhamid Boutouha, Allaoua Zermani a mis en scène une pièce en s'appuyant sur les techniques du théâtre classique pour raconter l'histoire d'un village de l'Est algérien.
Dans ce village, situé dans les Aurès, à l'époque coloniale française, les habitants tentaient de résister à la faim, à l'oppression et au désepoir. El Mokhtar (Mohamed Tayeb Dehimi), son épouse, Oldja (Chahinez Negouache), sa fille, Dhaouia (Najla Tarli), El Caïd, (Antah Hellal), Boudjemaâ, (Ahcène Ben Aziz), Mohamed Salah Hamlaoui, (un gendarme français), El Cabrane, (Zoubir Izzam), et d'autres encore vivaient au rythme de la peur, de la trahison, de l'arbitraire, de la misère, du dénouement' Quand la vache d'El Mokhtar est tuée par un colon, ce fut le désastre. Et quand le distributeur algérien des bons de rationnement alimentaire, qui se prend pour un colon, martyrisait les villageois, ce fut la consternation. Les militaires, qui, parfois, sortaient du bar voisin où l'on entendait chanter Edith Piaf, humiliaient, insultaient, frappaient la population. Ils étaient appuyés par El Caïd et les colons. Des colons qui montaient au créneau à la vue des premiers tracts appelant au soulèvement contre l'ordre colonial'
La révolte allait finir par arriver. Chacun retrouvera son camp. Des morts, des orphelins, des terres brûlées, des villages détruits'et puis l'indépendance. Et après ' El Mokhtar constate, avec douleur et amertume, que le village a été abandonné, oublié, par les nouveaux pouvoirs d'après 1962. «Les voilà, ils arrivent avec leurs voitures noires. Ils vont prendre le chemin du village' Non, ils ne viennent pas», se lamente le vieux. Son épouse reprend la parole : «Ils sont armés. Ils vont faire la chasse.» «La chasse à Chaabet el halouf», précise El Mokhtar. «Ils ont étalé des draps sur l'herbe et déposé de la nourriture», insiste Oldja. El Mokhtar décide alors d'écrire une lettre à ces «libérateurs» oublieux, ingrats.
Il le fait au nom de «ahd el dem» (le pacte du sang) : «Au nom du sang qui a coulé, au nom de la première balle, au nom de chacun personne qui a affronté l'ennemi avec une pierre, un bâton ou un mot, au nom de ceux qui ont marché pieds nus,'» Il s'adresse aux moudjahidine qui n'ont pas pris la lutte contre le colonialisme pour «une attestation» pour accéder aux privilèges (sont-ils nombreux ').
Al Kelma est une pièce bavarde avec une scénographie statique. Le jeu des comédiens reste correct autant que l'exploitation de la lumière. Le metteur en scène a utilisé la chanson de Aïssa Djermouni, Bqaw Beslama ya arab Merouana, comme intermède, sans doute pour rappeler l'époque durant laquelle la pièce se déroulait. Cette chanson portait déjà une certaine contestation de la part de Aïssa Djermouni, qui avait annoncé avec fracas son départ de la ville de Merouana. A partir des années 1940, Aïssa Djermouni était la voix la plus écoutée dans les cafés et les foyers de l'Est algérien.
«Le texte de la pièce est inspiré d'une histoire vraie, racontée par un moudjahid (représenté par El Mokhtar, ndlr). C'est un texte riche qui peut être inscrit dans le registre du théâtre populaire. Je ne me suis pas trop fatigué pour l'adapter. La sincérité et l'honnêteté du texte m'ont beaucoup plu», nous a déclaré Alloua Zermani après la représentation. «Nous sommes en retard déjà, mais le moment est venu de dresser le bilan de la guerre de libération. On nous a toujours dit que ce n'était pas le moment, mais je pense qu'il faut le faire, avant que les témoins de l'époque ne disparaissent et n'emportent leurs souvenirs», a ajouté Allaoua Zermani.
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