
Il existe une publication internationale, The Journal of Happiness Studies, qui, comme son nom l'indique, se préoccupe scientifiquement du bonheur humain. En janvier 2016, elle a publié l'étude de deux chercheurs, M. Minkov et M.H. Bond, qui attribuent le bonheur à des facteurs génétiques. En gros, nous serions tous dotés d'anandamide, une substance naturelle qui booste le plaisir des sens et diminue les douleurs. Un variant génétique, dit «allèle A», protège cette substance et limite sa dégradation. Nos deux détectives de la joie ont donc mené une enquête mondiale pour déterminer la prévalence de cet élément dans les populations en la croisant avec le sentiment déclaré d'être heureux ou non.Ils en tirent des conclusions pour le moins discutables d'autant que les nationalités ne se superposent pas à la génétique et qu'il est possible après tout que ce soit le fait d'être malheureux qui provoque ladite carence. Le Pr Minkov va jusqu'à affirmer que «se sentir heureux, détendu et de bonne humeur ne dépend pas de la prospérité et de la sécurité d'un pays». La relation serait même inverse puisque, selon lui, plus la situation est tendue, plus on aurait besoin d'être détendu ! Tout cela ne serait donc qu'une simple histoire de gènes. L'étude fait ressortir ainsi qu'en Suède, où la prévalence d'allèle A serait forte, on serait plutôt heureux, tandis que dans des pays comme l'Algérie, cette prévalence serait bien faible !Je n'ai pas eu hier le bonheur d'assister à la deuxième édition des Pupitres d'Artissimo, rencontres organisées chaque dernier vendredi du mois par cette école d'art qui est aussi un espace culturel. Elle portait justement sur le bonheur en Algérie. Trois sous-thèmes étaient suggérés : l'aptitude au bonheur est-elle culturelle ' Peut-on mesurer le bonheur ' Et sommes-nous capables d'être heureux ' Voilà des questions pour le moins sérieuses sur une notion qui est sans doute ce qu'il y a de plus relatif au monde. Comme dit le romancier Daniel Pennac, «le bonheur, c'est à la fois immense et minuscule».Je doute très fort que la génétique ou même la sociologie soient en mesure de traiter valablement du sujet. C'est en revanche une matière idéale pour la philosophie et la littérature. Et, avec l'ouverture du Salon international du livre d'Alger, il y a de quoi faire là-dedans à la rencontre d'auteurs en chair ou en livre qui, pour la plupart, ont été ou sont des explorateurs de bonheur. «Lire nous était aussi naturel que respirer», raconte Haruki Murakami dans un roman, tandis que Gustave Flaubert écrivait : «Quelle meilleure chose, en effet, que d'être le soir au coin du feu avec un livre, pendant que le vent bat les carreaux.» Le bonheur de lire existe bel et bien mais peut-il compenser une carence en allèle A et ses conséquences ' A moins que l'écrivain américain, Paul Auster, n'ait raison : «Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des livres.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Ferhani
Source : www.elwatan.com