Au plus fort de l'embellie financière, le pays vivait dans l'opulence, dépensait sans compter, injectant huit cents milliards de dollars dans l'économie nationale, un colosse financier. Mais en a-t-il fait bon usage 'Les gouvernements successifs qui ont eu à gérer le pactole se sont inscrits dans une stratégie à courte vue. Il n'y a pas eu de tendance de fond dans le sens d'une diversification économique. La valorisation des capacités productives ne s'est pas produite. Et un ensemble de secteurs charrie toujours des incohérences. Qu'on en juge : dans le commerce extérieur ouvert à la hussarde, les immatriculations de voitures ont bondi dans des proportions effarantes, engloutissant des milliards de dollars (près de six milliards de dollars en 2014). C'est une aubaine pour les usines étrangères. Pas pour l'industrie locale. L'Etat avait laissé faire, rongeant son frein pour un temps. Et quand il fallait mettre de l'ordre dans un marché à emballement, il a pris des décisions dans l'urgence, non sans conséquences sur la disponibilité de véhicules et sur l'emploi. Indépendamment de ce qu'il se passe dans le secteur automobile, les chiffres relatifs au chômage repartent à la hausse, des milliers de diplômés viennent chaque année grossir les rangs des sans-emploi. Pourtant, une multitude de formules d'insertion professionnelle, dont l'Ansej, ont été mises en place. Elles n'ont pas produit les effets escomptés. Dans la déchéance, une jeunesse que l'on feint d'amadouer avec des subsides voit son espoir s'évanouir. Dans le système bancaire, un concentré de problèmes empêche les institutions financières de se mettre en phase avec les réformes structurelles engagées au début des années 1990. C'est un fait. Une des composantes essentielles du processus des réformes, le système de dématérialisation opérationnel déjà, n'y a pas apporté grand-chose. Parce qu'elles mettent moins de produits sur le marché, les banques continuent de tirer le gros de leurs bénéfices aujourd'hui des taux d'intérêts jugés par ailleurs élevés par les opérateurs économiques. Détenant encore des portefeuilles d'entreprises en mal de trésorerie, elles continuent de supporter des injonctions pour maintenir sous perfusion des entités boiteuses. Or, dans l'orthodoxie financière, les banques doivent remplir une mission fondamentale : celle de se mettre en osmose avec l'évolution des entreprises, qu'elles soient publiques ou privées, leur accorder les crédits dont elles ont besoin. Et il n'est pas faux de dire que les problèmes de croissance sont réductibles en partie à des blocages dans les relations entreprise-banque, et à la sous-efficacité de la mise en ?uvre de capitaux de la sphère réelle. Les difficultés s'imbriquent en fait, et le développement de la sphère réelle demeure, lui-même, tributaire de la réduction des entraves bureaucratiques à l'action économique et de l'amélioration du climat d'investissements. Depuis vingt ans que l'on parle de réformes dans les banques, mais "rien n'a avancé", analyse un spécialiste des questions économiques et financières, parce que, dit-il, le processus est dépourvu de "transparence" et de "bonne gouvernance". Et selon lui, le pays ne dispose que de banques de dépôt, allusion faite aux banques publiques. Quid des banques étrangères ' Elles sont là, déclare-t-il, pour accompagner le business de leur pays. L'expert souligne par ailleurs que la dépendance aux hydrocarbures a produit un modèle de croissance "stérile" et quelles que soient les dépenses que l'on lui affecte, l'économie ne se développera pas. L'argent, ajoute-t-il, va dans l'informel et dans les transferts à l'étranger. Et maintenant que les caisses de l'Etat ont commencé à se vider, l'addiction pétrolière risque de coûter cher au pays. Ainsi, explique-t-il, si la détérioration des marchés pétroliers se poursuit, l'Algérie n'aura pas le choix, elle va frapper à la porte du FMI. Selon lui, l'endettement extérieur sera l'étincelle qui risque de faire exploser le pays.Y. S.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salami Youcef
Source : www.liberte-algerie.com