Plutôt que d'attendre d'hypothétiques touristes étrangers, l'Algérie se tourne de nouveau vers le tourisme domestique. Le ministre du Tourisme, Mohamed Benmeradi, évoque un investissement privé dans le secteur touristique de 230 milliards de dinars (3 milliards de dollars). Selon lui, l'offre serait portée de 90.000 lits actuellement à quelque 150.000 lits dans moins de deux ans.
Le ministère algérien du Tourisme est revenu à des objectifs plus modestes après les projets irréalistes élaborés par son ancien titulaire, M. Cherif Rahmani. Celui-ci avait fixé à ce secteur, il y a deux ans, un objectif inaccessible: l'Algérie devait accueillir vingt millions de touristes à l'horizon 2020, avait-il dit, alors que le pays, avec ses infrastructures inexistantes et son manque de traditions dans le domaine, n'accueillait qu'un million de visiteurs, essentiellement des hommes d'affaires et des Algériens résidant à l'étranger.
Mohamed Benmeradi, en poste depuis septembre 2012, a totalement changé de cap, en affichant des ambitions plus conformes à ses moyens: satisfaire les besoins d'un tourisme domestique en pleine expansion, pour épargner aux Algériens les coûteux voyages à l'étranger et éviter une hémorragie de devises, ces voyages étant financés essentiellement par le marché parallèle. Au-delà, l'actuel ministre du Tourisme souhaite augmenter la part du tourisme dans le PIB et favoriser la création d'emplois, moins coûteuse dans ce secteur que dans l'industrie.
Le Salon du tourisme et des voyages (SITEV), qui a pris fin dimanche à Alger, mettait en évidence ce changement de cap, avec son modeste crédo: une priorité pour le tourisme domestique. Un virage également justifié, selon M. Benmeradi, par ce retour aux fondamentaux du tourisme : pour un touriste étranger, il y a cinq touristes nationaux qu'il faut satisfaire. Le ministre a, d'ailleurs, déploré, au cours d'une émission de radio, que les opérateurs gagnent beaucoup plus d'argent dans leurs circuits à l'étranger et promis d'agir pour que les destinations domestiques deviennent plus rentables pour eux.
L'action du gouvernement va porter sur des mesures fiscales et parafiscales, des facilités bancaires et des dérogations fiscales. Le ministre du Tourisme veut également lancer le chèque voyage auprès des hôtels, agences de voyages et tour operateurs, afin que « tout le monde puisse en tirer profit » et contribuer ainsi à « réorienter l'activité vers le tourisme intérieur ».
Formation et investissement
L'Algérie compte également sur le concours de l'Organisation arabe du tourisme (OAT), dont le président, Taleb Rifaï, s'est rendu à Alger pour le SITEV, organisé du 16 au 19 mai à Alger. L'OAT a lancé un programme de formation et de mise à niveau du personnel, qui manque de professionnalisme. Le programme s'étale sur trois ans.
M. Benmeradi a noté que l'offre demeure insuffisante mais que des investissements énormes ont été lancés. Il a fait état de 230 milliards de dinars (trois milliards de dollars) investis par des opérateurs privés dans le secteur touristique. Cet effort massif devrait avoir des effets rapidement. 50.000 lits supplémentaires devraient ainsi être réalisés à fin 2015. Avec les 90.000 lits actuellement disponibles, l'offre serait portée, selon lui, à quelque 150.000 lits dans moins de deux ans. Durant l'année en cours, 12.000 lits seraient livrés, après les 6.000 réalisés en 2012. Au total, 713 projets sont en cours de réalisation.
Une autre mesure est à l'étude en vue de mieux répartir sur l'année les périodes de vacances. Celles-ci, concentrées essentiellement sur une courte période de l'été, provoquent un étranglement des infrastructures disponibles, alors que durant le reste de l'année, la fréquentation demeure relativement faible.
Plages gratuites
A l'approche de l'été, les opérateurs du tourisme se préparent au rush traditionnel des mois de juillet et août. Et le discours populiste revient. M. Benmeradi a affirmé que l'accès aux plages sera gratuit. Des lots seront concédés à des opérateurs mais le reste sera gratuit, a-t-il promis. Ce qui pose l'éternel problème de l'entretien des plages, de la sécurité et de l'organisation. Et qui pousse les Algériens qui en ont les moyens à préférer les plages de Tunisie, mieux gérées.
Les opérateurs seront confrontés à un autre handicap cette année encore: le mois de ramadan, du 10 juillet au 10 août, casse la saison en deux. Ils tentent de s'adapter, en proposant des formules très avantageuses durant la période de jeûne, pour compenser la chute des fréquentations. L'un d'eux affirme, cependant, qu'il se détourne totalement de ce « tourisme populaire » qu'il qualifie d'« ingérable ».Pour lui, « cette année, c'est la omra du ramadan qui a la cote ».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Aïssa Bouziane
Source : www.maghrebemergent.info