Le professeur Mohamed Réda Mezoui, revient, dans cet entretien accordé à L'Expression, sur les déclarations du ministre des Finances, Abderrahmane Benkhelfa, sur le recours de l'Algérie à l'endettement extérieur et livre une analyse objective sur la situation économique du pays avec des propositions pour minimiser, au moins, l'impact de la crise.L'Expression: Le ministre des Finances a affirmé, récemment, que l'Algérie va recourir une nouvelle fois à l'endettement extérieur. Le pays est-il obligé de choisir cette option'Mohammed Réda Mezoui: Certes, l'Algérie fait face à une situation financière délicate. A mon avis, il est encore tôt d'évoquer le recours à l'endettement extérieur. Cette idée semble faire son bonhomme de chemin auprès des décideurs algériens comme alternative pour faire face à la baisse du prix du pétrole et maintenir son programme de développement et sa stabilité politique. L'endettement bien maîtrisé est un outil conciliable pour parachever des projets économiques et assurer sa continuité politique. On n'est pas contre l'idée de «l'endettement» en elle-même, mais il faut dire que la situation aujourd'hui en Algérie avec ses deux ans de réserves de changes permet d'initier une politique de développement vertueuse. Le Fonds monétaire international attendait depuis longtemps cette occasion pour s'ingérer dans les affaires du pays à travers ses programmes de réajustement. Le potentiel existe et le pays n'est pas encore en faillite. Il faut mettre les bouchées doubles et continuer à gérer d'une manière efficace cette situation avec les moyens du bord. L'Algérie a déjà vécu cette situation et grâce à la hausse des cours du pétrole sur le marché international, nous avons pu payer toutes les dettes. L'effondrement des cours du pétrole à la fin des années 1980, a provoqué un choc qui aurait pu emporter le pays, n'était-ce la grâce de Dieu. Aujourd'hui plus de 26 ans après nous nous sommes retrouvés face à la même situation. Le même scénario risque de se reproduire une autre fois.Donc peut-on dire, aujourd'hui, que les leçons n'ont pas été réellement tirées de ce que l'Algérie a vécu durant la fin des années 1980 et début des années 1990'J'ai été témoin du premier choc financier qui a secoué le pays au début des années 1990. Il y a eu des cessations de paiement, nous n'avions plus de quoi payer les fonctionnaires. 26 ans après, on se trouve face à une situation identique à celle des années 1990. C'est de mon devoir, aujourd'hui, de lancer «l'alerte», pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs du passé. Nous avons vécu une mauvaise expérience avec le Fonds monétaire international (FMI) et ses programmes de réajustement qui risquent une autre fois de provoquer un choc difficile à gérer, notamment sur le plan social.On se demande pourquoi les différentes opérations lancées par le gouvernement, l'emprunt obligataire et la bancarisation, n'ont pas drainé de foules. L'urgence est de rétablir cette confiance qui devrait exister entre le gouverneur et le gouverné. il fallait faire une étude pour nous démontrer les racines de ce problème et les solutions qui vont avec, trouver d'autres mécanismes à mettre en place pour inciter les gens à jouer leur rôle et jouir de leur citoyenneté en les impliquant davantage dans le développement de leur pays. Créer un public d'entreprise comme ça se fait dans le football, à travers le financement des projets tout en lui garantissant le droit de regard et l'accompagnement des entreprises. Remplacer la rente par la reconnaissance aux personnes qui ont participé à la réussite de ce projet.Comme observateur et chercheur quelles propositions faites-vous pour remédier à cette situation'La chute des cours du pétrole a provoqué un choc difficile à surpasser. Mais il y a toujours des solutions à chaque problématique. A titre d'exemple: saisir les opportunités existantes et la réalité économique en Europe ou ailleurs, s'appuyer sur la coproduction, la co-localisation, sur les clusters ou pôles d'excellence. Saisir l'opportunité d'un partenariat gagnant-gagnant avec la Chine: projet du port en eaux profondes de Cherchell et avec la Russie pour le développement d'industries militaires du know-how, à l'inverse de détracteurs, cela pourrait devenir l'épine dorsale d'une industrie civile renaissante. Saisir aussi la présence des pays émergents, ces nouveaux acteurs relançant la stabilité hégémonique dans la région sahélienne pour créer des synergies dans tous les domaines du développement vertueux et proposer des alternatives non violentes pour nous éviter le chaos. Nous avons la matière première, donc pourquoi ne pas parler plutôt d'investir et de profiter de notre richesse.Secundo, il faut miser sur les compétences algériennes à l'étranger, en s'inspirant des modèles qui ont réussi à attirer leur diaspora avec tous les moyens comme l'ont déjà fait les autres pays: la Chine, l'Inde...:Il faut que l'Algérie bénéficie de la compétence de tous ses enfants d'ici ou d'ailleurs. Sur le plan régional, c'est la nécessité de travailler pour la relance du projet du Grand Maghreb, qui s'impose comment solution. Certes, les divergences des points de vue politiques entre le Maroc et l'Algérie ne sont pas en faveur du développement de cette idée, mais la situation économique des pays du Maghreb leur impose d'esquisser une nouvelle politique, une nouvelle vision dans leurs relations économiques. Nous avons un marché de 100 millions d'habitants, et l'exploitation de ce potentiel permettra de jouer un rôle primordial dans la relance de l'économie de la région. Il faut donc saisir cette occasion pour bâtir une économie forte avec la création des pôles d'excellence, chaque pays dans sa spécialité.Comment appréhendez-vous l'avenir du pays'Loin des discours de l'opposition ou ceux du gouvernement, la situation risque de s'aggraver davantage. Ce qui se passe actuellement au Venezuela pourrait se produire en Algérie si le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdellah BOURIM
Source : www.lexpressiondz.com