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L'Algérie peut-elle dépasser l'actuelle situation léthargique qui menace la sécurité nationale '



L'Algérie peut-elle dépasser l'actuelle situation léthargique qui menace la sécurité nationale '
La distribution passive de la rente des hydrocarbures, sans vision stratégique, n'est qu'un palliatif de court terme avec les risques d'une hyperinflation. Aussi, la situation léthargique actuelle ne peut que conduire le pays à une très grave déflagration sociale à terme avec des incidences politiques où l'on assiste à une reconfiguration géostratégique au niveau de la région.
À ce propos, je voudrais souligner que la Direction générale de la prévision et des politiques (DGPP) du ministère algérien des Finances a déclaré, le 7 mai 2013 - information reprise par l'agence officielle APS -, que les deux plans quinquennaux successifs ont été respectivement dotés de 100 et de 286 milliards de dollars, soit une enveloppe budgétaire globale de 386 milliards, pour la décennie 2005-2014. L'écart entre le niveau de décaissement effectif, incluant les prévisions pour l'année en cours - qui restent cependant provisoires -, et celui inscrit dans les deux programmes - 500 milliards de dollars - s'explique par la faiblesse de la capacité du marché algérien à absorber les investissements projetés, notamment du secteur du BTP. Pourquoi a-t-on donc parlé initialement d'une dépense publique de 500 milliards de dollars pour la situer ensuite à 386 milliards, alors qu'aucun bilan n'a été réalisé à ce jour ' Puisque la DGPP parle uniquement d'investissement, la différence est-elle due aux matières premières importées - le taux d'intégration, tant des entreprises publiques que privées algériennes, ne dépassant pas 15 % - et incluses dans la dépense publique ' Nous sommes, ici encore, devant un manque patent de transparence, à l'instar de ce qui se passe dans la gestion des réserves de change dont 86% certes garantis en majorité par les Etats, sont placées à l'étranger : dans quel pays (en Grèce, Portugal, Italie, Espagne qui connaissent une très grave crise d'endettement) ' A quel taux' A court ou moyen terme» ' Ce qui interpelle d'ailleurs la gestion des banques où 90 % du financement de l'économie, dont 100% du secteur public et plus de 77% du secteur privé, se fait par les banques publiques. Les financements bancaires à long terme sont généralement inaccessibles pour les PME, faute de garanties. Et pourtant les banques publiques croulent sous les liquidités oisives, conséquences de la situation de monopole et de la gestion administrative. Comme il ne faudrait pas occulter la sphère informelle existant des logiques dialectiques avec la logique rentière contrôlant 40 à 50% de la masse monétaire est en circulation hors des banques, voire plus si l'on inclut les transactions en nature pour 65 % des marchés de première nécessité : fruits et légumes, poisson et viande, textile et cuir. Selon des données des douanes algériennes, 75% des transactions commerciales en 2012 se sont faites en cash. Il ne s'agit pas toujours de corruption, bien évidemment, mais l'informel est un terrain fertile pour son développement. 5.- Mais il faut trouver la raison essentielle de cette situation dans la mauvaise gouvernance qui induit un climat des affaires déplorable. La dégradation du climat des affaires en Algérie s'est donc encore accentuée ces dernières années, selon le rapport «Doing Business 2013» de la Banque mondiale, qui «classe l'Algérie à la 152e position sur 185 pays pour les facilités accordées à l'investissement, en recul de quatre places par rapport à 2012». L'Algérie arrive en 82e position pour la protection des investisseurs, à la 156e pour le lancement d'une entreprise, à la 129e place pour l'obtention d'un crédit, au 138e rang pour l'obtention d'un permis de construire, à la 129e place pour les procédures de facilitation d'exportation accordées aux PME, en 126e position en matière d'application des contrats, à la 170e place pour les procédures de paiement des impôts. Par ailleurs, l'Algérie est toujours à la traîne pour le développement des TIC. Elle est même en recul dans le classement mondial établi par le World Economic Forum. En 2013, l'Algérie est classée 131e, alors qu'elle s'était hissée à la 118e place en 2012. Par ailleurs l'Algérie accuse un retard énorme dans les TIC, fondement de l'économie du XXIème siècle. L'indice «Networked Readiness Index», qui a permis au World Economic Forum d'établir son classement, évalue l'impact des TIC sur l'économie et la compétitivité de 144 pays. Selon cet indice, l'Algérie se classe respectivement à la 100e place pour l'usage individuel des TIC, au 144e rang pour leur utilisation dans les affaires, et pointe seulement en 139e position pour la mise en 'uvre des TIC dans la sphère institutionnelle et gouvernementale. L'absence de contrepoids démocratiques, le gel des institutions de contrôle, est un signe de la mauvaise gouvernance favorisant la corruption, y compris aux plus hauts niveaux de l'Etat, qui est désormais connue et reconnue de tous renvoyant à l'indépendance de la justice sans laquelle aucun Etat de droit n'est possible. Comme le scandale de l'auto- route Est-Ouest, de la récente affaire impliquant la Sonatrach, où il est question de pots-de-vin versés par une compagnie italienne pour décrocher de gigantesques contrats pétroliers, et qui a défrayé la chronique ces dernières semaines. Mais cela est généralisable à l'ensemble des secteurs. C'est le mode de gouvernance qui, par la distribution massive de la rente et la corruption socialisée, a anesthésié la majorité de la population active. Il en résulte une forte crise de confiance entre l'Etat et les citoyens, et cela ne peut que conduire le pays au suicide collectif». Face à «ce manque de visibilité et de cohérence dans la politique socioéconomique actuelle, qui a montré ses limites en dépensant sans compter, l'actuel Premier ministre, Abdelmalek Sellal, homme intègre, joue au pompier face aux tensions sociales croissantes, n'ayant aucun pouvoir de décision réel, l'actuelle Constitution concentrant tous les pouvoirs au niveau du président de la République. La dernière illustration de cette gouvernance mitigée, voire de la «hogra» (mépris) des gouvernants dont les citoyens se plaignent en permanence : début mai, les parlementaires algériens auraient décidé d'augmenter leurs indemnités ' déjà équivalentes à 20 fois le smic algérien ' de 5 fois la valeur de celui-ci, qui se situe entre 150 et 200 euros, selon que l'on se réfère au cours officiel des devises ou à celui du marché parallèle. Un Etat riche mais une population de plus en plus pauvre du fait de la concentration excessive du revenu national au profit d'une minorité rentière destructrice de la richesse. La nouvelle aussitôt connue, j'ai fait connaître mon indignation. Dans une lettre ouverte au président Abdelaziz Bouteflika et au Premier ministre Abdelmalek Sellal, parue dans la presse algérienne, j'avais dénoncé ce «véritable scandale moral» et sollicité l'annulation de cette décision irresponsable. Le président de l'Assemblée populaire nationale a démenti dimanche 12 mai 2013 avoir été favorable à cette augmentation. Mais des députés l'ont contredit, affirmant qu'il devait signer la révision des indemnités le 6 mai, avant de se rétracter devant la polémique et la colère ressenties chez les citoyens à la suite de la diffusion de l'information par la presse. En résumé la question stratégique qui se pose est la suivante : la situation, contrairement aux discours euphoriques, est préoccupante comme le montre le dépérissement du tissu productif, le commerce représentant 83% du tissu économique et le tissu productif en déclin (moins de 5% du secteur industriel dans le PIB) étant représenté par plus de 90% d'entreprises PMI/PME peu innovantes, la majorité des grandes entreprises publiques constituant un gouffre financier. Il n'y a pas de corrélation entre la dépense publique et les impacts, favorisant des tensions sociales croissantes, que l'on atténue transitoirement par le versement de rémunérations sans contreparties productives (pouvoir d'achat fictif) grâce à la rente en voie d'épuisement horizon 2025, posant la problématique à la fois d'une transition énergétique et d'une transition globale d'une économie de rente à une économie hors hydrocarbures, axée sur l'entreprise concurrentielle et le savoir. Donc l'Algérie peut-elle dépasser la situation léthargique actuelle après l'élection présidentielle par une nouvelle gouvernance et une réorientation de toute la politique socioéconomique actuelle qui a montré ses limites, politique devant impérativement s'adapter aux nouvelles mutations mondiales ' L'Algérie peut, sous réserve d'une nette volonté politique de changement, brisant le statu quo actuel, car la crise mondiale sera de longue durée, par une profonde moralisation de ceux qui auront à diriger la Cité, surmonter la crise multidimensionnelle à laquelle elle est confrontée. (suite et fin)
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