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L'Algérie perd 20 milliards de dollars



L'Algérie perd 20 milliards de dollars
Les truands en col blanc essaiment le milieu des affairesNous ne sommes pas dans une logique de lutte contre la surfacturation, mais dans une réaction de survie.On pensait la situation complexe sur le front du commerce extérieur. On devinait qu'avec autant d'importateurs et à voir l'explosion de la facture des importations d'une année à l'autre que le gaspillage avait pris des proportions importantes. Mais les Algériens étaient loin d'imaginer l'ampleur des dégâts. Le ministre du Commerce a levé un pan du voile de la grande délinquance commerciale en Algérie et l'on apprend que les importateurs-prédateurs se partagent la bagatelle de 20 milliards de dollars par an. Ils ont mis en place un système très simple pour truander l'Etat algérien. Ils ont trouvé le moyen d'être acheteur et vendeur en même temps. Ils créent des sociétés écrans en Europe qu'ils destinent à exporter vers l'Algérie de la marchandise dont ils décident eux-mêmes du prix. La première opération du genre a coïncidé avec les premiers mois de l'embellie pétrolière.Les services de contrôle n'étaient pas spécialement mobilisés. Le succès appelle le succès et de proche en proche, les intervenants dans ce trafic juteux qui siphonne les caisses de l'Etat ont progressé de manière exponentielle, jusqu'à «contrôler» le commerce extérieur du pays. C'est même devenu le sport national des criminels en col blanc qui ont poussé l'audace jusqu'à importer à coup de millions de centaines de millions d'euros des déchets d'Europe et d'Asie. Le phénomène a pris une telle ampleur que l'on est arrivé à douter de l'efficacité des services de contrôle. Des arrestations, il y en a eu, des poursuites en justice également, mais le trafic ne s'est pas estompé pour autant. La maffia du conteneur a continué à prospérer, tant que les prix de l'or noir caracolaient au-dessus des 100 dollars le baril. A croire que la répression ne touchait que les petits poissons. Les grands délinquants, eux, semblaient assez «futés» et parvenaient apparemment à tisser des rapports «fructueux» avec certains centres de décision, à même de passer inaperçus. C'est la seule explication que l'on peut donner à un phénomène qui progressait à vue d'oeil, au moment où le président de la République lui-même appelait à la rationalisation des dépenses, au plus fort des recettes pétrolières.La délinquance commerciale, comme la qualifie le ministre du Commerce, a réussi à se constituer une sorte de lobby au sein des institutions de la République et agit presque à visage découvert. Elle n'aurait peut-être pas été démasquée, si les prix de l'or noir n'avaient pas chuté de manière aussi importante.En effet, c'est bien la nécessité de réduire la facture des importations qui a amené le gouvernement à voir de plus près ce qui se passe dans la jungle des conteneurs. Les sociétés écrans, le double statut de vendeur et d'acheteur, les gonflements des factures relevaient du secret de Polichinelle. Mais on n'en parlait pas tant que l'argent coulait à flots. La ristourne de 30% était une plus-value et sa disparition ne remettait pas en cause les équilibres, alors on en profitait, dans un contexte de laxisme généralisé et d'un niveau de contrôle tellement désuet que seuls les petits poissons étaient démasqués.Aujourd'hui que l'avenir économique du pays repose sur cette fameuse facture, les pouvoirs publics serrent quelques boulons et le résultat s'impose de lui-même des baisses en valeur sont constatées au moment où les quantités importées demeurent en l'état. Est-ce à dire, pour autant, que l'ère de la grande délinquance commerciale est révolue' Les observateurs en doutent et vont jusqu'à penser que les mêmes pratiques seront reproduites, sitôt les recettes pétrolières revues à la hausse.En d'autres termes, nous ne sommes pas dans une logique de lutte contre la surfacturation, mais dans une réaction de survie. Avant de rafler les fonds de tiroirs, on dépoussière un peu notre commerce extérieur. Les barons de ce trafic ne sont pas sérieusement inquiétés. Ils se font discrets en attendant de repartir à la charge. Leur puissance financière exceptionnelle leur ouvre bien des portes.


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