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L'Algérie hors jeu



L'Algérie hors jeu
La délégation algérienneL'organisation du tournoi est passée sous le nez des responsables algériens du sport. Mais l'aspect sportif n'explique pas tout.C'est finalement le Gabon qui a été désigné par la Confédération africaine de football pour organiser la coupe d'Afrique des nations de 2017. Pourtant, quelques secondes avant l'annonce de la décision, les Algériens étaient convaincus de la solidité du dossier présenté par leur pays.Infrastructures sportives, avec des stades flambant neufs et autres retapés de fond en comble, des hôtels aux normes mondiales, une infrastructure routière performante, les villes où devaient se tenir la compétition dotées d'aéroports internationaux, une stabilité politique et économique reconnue de tous et pour couronner le tout, une Equipe nationale de football classée dans le top 20 international et une passion populaire pour le sport roi, sans égale en Afrique. Bref, la candidature algérienne était en béton. Mais force est de constater que tous ces atouts ne suffisent pas pour abriter une phase finale de coupe d'Afrique.Le comité exécutif de la CAF a opté pour un pays qui a déjà eu l'honneur d'organiser la prestigieuse compétition en 2012. Le même honneur lui est renouvelé cinq ans après, au moment où l'Algérie attendait pareil événement depuis 25 ans. Dire que le Gabon, avec une population de 1,5 million d'habitants est une nation de football serait insulter l'Algérie dont les 40 millions de citoyens respirent ce sport. Penser que le petit pays d'Afrique dispose de meilleurs atouts pour créer la fête de ce port roi et rayonner sur le monde, serait franchement méconnaître le gigantesque potentiel des supporters algériens. Une CAN en Algérie, en 2017, aurait été un exploit planétaire qui profiterait à tout le continent noir.Mais tout cela relève désormais du passé. L'organisation du tournoi est passée sous le nez des responsables algériens du sport. La première réaction est venue du ministre des Sports, Mohamed Tahmi, qui a déclaré à chaud que «le travail de coulisses n'a pas été bien fait.» De là à dire que les responsables chargés de défendre le dossier Algérie ont failli, il n'y a qu'un pas que le ministre n'hésitera sans doute pas à faire, lorsqu'il s'agira de faire son rapport aux instances supérieures du pays.Grave défaillanceDe son côté, le président de la Ligue de football professionnel, Mahfoud Kerbadj, a qualifié cet échec de «grosse déception». «Le dossier de l'Algérie était solide. J'étais donc optimiste quant à l'aboutissement de notre candidature» a affirmé à l'APS le président de la Ligue de football professionnel. «Sincèrement, j'aurai beaucoup de mal à digérer ce revers, surtout que notre dossier semblait être le plus complet. C'est vraiment dommage», a encore regretté Kerbadj. Un échec qui semble surprenant, mais que le président du Comité olympique algérien Mustapha Berraf a tout de même prévu, en déclarant, il y a plus d'une semaine que l'Algérie n'allait pas décrocher la CAN et que celle-ci allait revenir au Gabon. Pourquoi Berraf n'a-t-il pas été entendu' Avec le recul beaucoup se posent la question, mais il est clair que l'Algérie n'avait déjà pas le quitus pour organiser cette CAN 2017. Elle échoue donc à un examen de rachat. Ce sont là les causes intrinsèques du hors-jeu algérien. Mais ces raisons expliquent-elles vraiment le fiasco' L'interrogation est de mise, lorsqu'on sait tout l'enchevêtrement qui existe entre le football et la politique. Tous les observateurs savent que le sport roi a des fonctions sociale, économique et politique avérées. L'injustice dont a été victime l'Algérie est certes, le résultat d'un «bâclage» local, mais elle est également la conséquence d'un jeu de coulisses où le sport n'intervient qu'en termes de monnaie d'échange. Les véritables raisons pourraient être ailleurs, plus politiques, voire stratégiques pour certains pays. Certains estiment que l'Algérie paye sa politique de «dos tourné à l'Afrique». Lorsqu'on réserve l'essentiel de son énergie à l'Est et au Nord, en oubliant la profondeur naturelle du pays, comme on soupçonne la diplomatie algérienne de l'avoir fait, pareille «claque» est de l'ordre du logique.En un mot, l'Afrique «punit» l'Algérie qui ne s'est réveillée que tardivement à sa réalité africaine. Une sanction en somme qui explique également le peu d'influence de nos «lobbyistes» au niveau des instances africaines. Dire cela «crûment» serait ne pas rendre justice à la diplomatie algérienne et plus généralement à l'Etat qui a manifesté plus d'une fois sa solidarité avec de nombreux pays africains, jusqu'à effacer les dettes des nations les plus pauvres.Y a-t-il eu complot'Le «complot» s'il existe et il y a quelques indices qui le confirment, tient dans la lutte d'influence que se livrent certains pays africains et autres et que l'émergence de l'Algérie serait catastrophique pour leurs agendas politiques. L'on ne dira jamais assez, à ce propos, que le football a été pour nombre de pays une rampe de lancement, à l'image de l'Afrique du Sud qui a organisé une CAN et un Mondial en guise de victoire sur le régime raciste de l'Apartheid. L'Algérie réussissant un retour triomphal sur la scène internationale gênerait beaucoup de monde, lequel a joué son influence sur nombre de pays africains pour voter contre l'Algérie et la maintenir, de fait, à un stade de «petit pays» incapable d'organiser une CAN. La décision de la CAF impacte énormément l'opinion publique africaine, mais aussi algérienne. La diaspora du continent noir installée un peu partout dans le monde donnera un écho à cette décision et c'est toute l'opinion mondiale qui aura l'impression que l'Algérie n'est pas encore apte à organiser une phase finale de coupe d'Afrique. C'est un rendez-vous politique majeur que l'Algérie vient de manquer.Ce coup reçu au moment où on ne l'attendait pas du tout révèle toute la complexité des relations internationales et constitue une très bonne leçon à retenir pour l'avenir, aux plans sportif, politique et diplomatique. Il ne s'agit pas de se lancer dans une opération de vengeance, mais il faut désormais séparer le bon grain de l'ivraie et travailler pour ne plus rater ce genre d'opérations aussi facilement.


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