Imaginons un seul instant ce qui se serait passé si, cédant aux pressions de certaines capitales légitimement soucieuses de la vie de leurs ressortissants pris en otages, l'Algérie avait cédé aux exigences des terroristes et accepté qu'ils repartent vers le Mali chargés de leur «butin» humain. Avec le recul, il apparaît que toute la stratégie planifiée par Belmokhtar reposait sur un acheminement des captifs occidentaux hors des frontières algériennes. Il faut rappeler, également, la toile de fond guerrière, avec l'engagement militaire français au Mali, de l'opération préparée avec le plus grand soin et beaucoup de moyens par le dissident d'Aqmi qui se voyait en grand chef politico-militaire régnant sur l'immensité sahélienne. L'assaut donné par les forces spéciales algériennes le 17 janvier, le lendemain même de la pénétration du commando terroriste dans le complexe gazier de Tiguentourine, a peut être donné un autre cours aux événements dans la région.
Si la première phase du plan de Belmokhtar avait réussi, plusieurs dizaines d'employés occidentaux auraient rapidement été transférés vers le Mali tout proche où ils auraient constitué la pièce maîtresse des négociations réclamées par l'islamiste-bandit-contrebandier. Ses exigences, entre autres, portaient sur l'arrêt de l'intervention militaire française, débutée le 11 janvier au Mali, au moment où les groupes terroristes islamistes fonçaient en direction de la partie sud du pays, avec l'objectif de rallier Bamako et de l'occuper.
Imaginons encore un instant que, pour appuyer ses revendications, Belmokhtar ait décidé de faire exécuter un otage européen par semaine dans un décor sinistre et une mise en scène macabre répercutée sur Internet, avec en prime un effet de buzz garanti. L'intransigeance et la fermeté des Etats auraient-elles tenu longtemps face à des opinions poussées au paroxysme de l'émotion par des médias qui ne se seraient pas privés d'en faire le maximum '
Scénario dévié
L'avenir le dira, peut-être, mais l'assaut des forces spéciales algériennes a dévié ce scénario catastrophe et a permis à la France de poursuivre son intervention au Mali sans même marquer une pause. La compréhension affichée par François Hollande, puis par ses deux ministres les plus engagés dans l'affaire malienne, Fabius et Le Drian, n'était pas un simple procédé de bon aloi ni une marque de sympathie soudaine envers l'Algérie. Le refus de l'Algérie de céder aux demandes des ravisseurs et sa promptitude à réduire les preneurs d'otages et à libérer les personnes qu'ils détenaient ont donc pris de court les commanditaires de l'opération, réduit à néant leurs buts et ont privé certaines capitales occidentales du temps nécessaire pour brider la riposte algérienne.
Libérées du carcan politique et psychologique dans lequel comptait les enfermer Belmokhtar, à la troisième semaine de leur intervention, les forces militaires françaises ont poursuivi leur progression fulgurante et repris aux groupes islamistes les principaux bastions et villes qu'ils occupaient depuis neuf mois. Si le succès est apprécié, des analystes s'inquiètent déjà de la deuxième phase de l'opération Serval, nom donné à l'intervention militaire française au Mali. En effet, alors que les groupes d'Aqmi, Ansar Eddine et du Mujao étaient décrits comme de redoutables guerriers du désert fortement équipés et surarmés, sur le terrain ils refusent l'engagement direct et évacuent les localités qu'ils occupaient sans combattre. Mais sans oublier d'emporter avec eux un maximum de matériel, munitions et denrées alimentaires. Leur dernière zone de repli, depuis la prise de Gao, serait Kidal, une région proche de l'Algérie, caractérisée par un relief montagneux et un chapelet de grottes qui peuvent servir de refuges tout indiqués.
Suite incertaine
Cela a été suffisamment souligné, le conflit est, selon la dénomination convenue, asymétrique. Face à une armée classique, et aussi puissamment qu'ils soient armés, les groupes terroristes se préparent à mener un type de guerre qu'ils peuvent maîtriser. A l'engagement frontal, ils vont opter pour le harcèlement, le coup de main, l'attentat à la bombe ou à la voiture piégée dans les agglomérations urbaines. Selon des témoignages d'habitants des localités libérées, beaucoup parmi leurs occupants et geôliers d'il y a quelques jours sont en train de troquer leur accoutrement militaire contre des habits civils et de se fondre dans la population. Probablement en vue d'actions terroristes difficilement repérables de l'aviation militaire.
A ce stade, la grande question qui se pose concerne le type d'action militaire que compte poursuivre la France, lors de la prochaine étape. Mais apparemment, elle est trop pressée de passer le relai à la force africaine mise sur pied pour éviter l'enlisement. Va-t-elle se contenter de repousser seulement, le plus loin possible vers le Nord, les groupes chassés du triangle Gao-Tombouctou-Kidal ' Si telle est l'éventualité, alors il faudra s'attendre à ce qu'un certain nombre d'éléments en fuite tentent de pénétrer en territoire algérien où ils se reconstitueraient à plus ou moins brève échéance en groupes terroristes. Etant admis qu'une frontière longue de 1 400 Km, qui plus est dans le désert, ne peut être hermétiquement fermée, l'échange de «bons procédés» plaiderait pour une action soutenue des armées, française et de la Cédéao pour leur barrer cette voie de repli. Au pire, les éléments qui réussiraient à franchir la frontière pourraient réaliser une jonction avec d'autres groupes qui, eux, proviendraient de l'incontrôlable Libye. Personne ne peut croire, à l'heure qu'il est, que les autorités libyennes, dont le pouvoir est toujours battu en brèche par des milices qui refusent la dissolution, peuvent assurer un contrôle de leurs frontières. Belmokhtar n'a-t-il pas transité par la Libye où il a constitué son «commando multinational» et fait provision d'armement sophistiqué '
Dans le même sillage géographique et idéologique, et malgré les bonnes dispositions du gouvernement tunisien, nul ne peut prédire que les salafistes de ce pays voisin ne seraient pas tentés par une aventure algérienne. Plusieurs centaines d'entre eux font actuellement le coup de feu en Syrie, alors que onze membres du groupe qui a investi la base d'In Amenas appartiennent à la même mouvance tunisienne, soutenue en sous-main par Ghannouchi et une fraction de son parti Ennahda.
A. S.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Samil
Source : www.latribune-online.com