A Moscou, justifiant la non-signature en 1994 par l?Algérie des engagements de Marrakech relatifs à l?accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, Bouteflika a eu cette étonnante phrase : « Il n?y avait pas de gouvernement et nous ne les avions pas signés ». Une contrevérité manifeste sur l?absence de l?Etat à cette période. C?est précisément à partir du début 1994 que s?amorça la reprise en mains des affaires du pays et fut freinée la descente aux enfers dans laquelle l?avait plongé l?intégrisme, dans le sillage de la démission de Chadli Bendjedid. Désigné par le HCE, Liamine Zeroual s?attela tout au long de cette année à réaménager les institutions politiques tout en tentant de trouver une issue à la grave crise qui affecta le pays, notamment en préconisant un dialogue avec l?opposition et les islamistes. Parallèlement, son gouvernement, dirigé par Rédha Malek puis par Mokdad Sifi, négocia au mieux, dans une conjoncture extrêmement défavorable, au double plan interne et international, un accord avec le FMI de rééchelonnement de la dette publique algérienne. Prise de court par l?émergence du terrorisme contre lequel elle n?était pas préparée, l?armée amorça sa mue tandis qu?au niveau local les DEC (délégations exécutives communales) assurèrent tant bien que mal la pérennité du fonctionnement des APC. Les administrations publiques travaillèrent quasi normalement en dépit de l?exode massif des cadres et des menaces pesant quotidiennement sur les employés. Le corps enseignant ne déserta pas les institutions scolaires, les journaux sortirent tous les jours et la population ne fut pas privée de l?essentiel des approvisionnements de base. Tout cela fut possible grâce à une conjonction entre une forte volonté de résistance de la population et un refus de baisser les bras des travailleurs et des commis de l?Etat, à tous les niveaux. Des milliers de salariés (DEC, agents du fisc, douaniers, policiers, enseignants, hauts cadres etc.) le payèrent de leur vie. Et c?est précisément à cette Algérie de la Résistance multiforme que Bouteflika tourna le dos en refusant à ce moment-là de répondre aux sollicitations pour qu?il dirige l?Etat. Un défi que Boudiaf, lui, accepta sans hésiter. Il est vrai que ce n?est pas la première fois que Bouteflika écrit l?histoire avec une gomme. Il a ôté à Octobre 88 sa nature révolutionnaire, considéré que le multipartisme algérien est un anachronisme et affirmé que l?interruption du processus électoral a été la « première violence » dans le pays. C?est un trait de caractère particulier du président de la République : il critique et remet en cause tout ce qui s?est réalisé depuis son éviction du pouvoir, quelque temps après la mort de Boumediène. Il baigne entièrement dans la culture de « l?homme indispensable », ce qui explique en large partie sa volonté de triturer la Constitution pour faire sauter le verrou des deux mandats et pouvoir ainsi briguer un troisième mandat présidentiel. L?Algérie, à ses yeux, c?est lui ou le chaos.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ali Bahmane
Source : www.elwatan.com