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L'Algérie, excédée, somme les dirigeants du groupe Ansar Eddine de prendre leurs responsabilités



L'Algérie, excédée, somme les dirigeants du groupe Ansar Eddine de prendre leurs responsabilités
L'Algérie redoute une volte-face du mouvement Ansar Eddine et adresse un ultimatum à ses dirigeants. Après l'avoir amené à prendre ses distances envers les autres groupes qui contrôlent le nord du Mali, Alger semble craindre une mauvaise surprise de la part de cette organisation. Elle appelle son leader, Iyad Ag Ghali, à assumer ses responsabilités avant qu'il ne soit trop tard. Sinon, « pas de quartier », avertit Alger sur un ton inhabituel.
Alors que les préparatifs d'une opération militaire s'accélèrent au Mali, l'Algérie a adressé un véritable ultimatum au groupe Ansar Eddine, le sommant de se démarquer franchement et définitivement d'AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) et du MUJAO (Mouvement pour l'Unité du Jihad en Afrique de l'Ouest) pour éviter d'être pris pour cible dans la confrontation qui parait imminente. Usant d'un langage peu diplomatique, un responsable algérien, parlant sous le sceau de l'anonymat, a exprimé l'agacement d'Alger envers les tergiversations et les voix discordantes au sein d'Ansar Eddine, ce qui risque de ruiner les efforts de l'Algérie de dissocier cette organisation des autres groupes armés qui occupent le nord du Mali.
La colère de l'Algérie est d'autant plus violente que ses efforts paraissaient sur le point d'aboutir, malgré le scepticisme affiché par les autres acteurs de la crise, notamment la France, parrain de l'opération militaire qui se prépare. Jeudi dernier, Alger laissait entendre que le groupe Ansar Eddine allait publier une déclaration « imminente » pour prendre ses distances avec le terrorisme, et donc avec AQMI et le MUJAO. Et effectivement, un émissaire d'Ansar Eddine à Ouagadougou, affirmait que son organisation « rejette toute forme d'extrémisme et de terrorisme, et s'engage à lutter contre la criminalité transfrontalière organisée ».
La déclaration semblait couronner les efforts de l'Algérie, qui voulait à tout prix extirper Ansar Eddine de l'engrenage militaire pour l'amener sur un terrain politique. C'est d'ailleurs un des principaux points de divergence avec la France, qui veut mettre cette organisation dans la même catégorie que le MUJAO et AQMI. Alger soutient qu'Ansar Eddine est une organisation politique, portant des revendications légitimes, qu'il faut satisfaire dans le cadre d'un dialogue national malien.
Voix discordantes
Mais dans l'intervalle, un dirigeant d'Ansar Eddine venait brouiller les cartes, et bouleverser la démarche algérienne, en tenant des propos radicalement opposés à ceux des émissaires dépêchés à Alger et Ouagadougou. Sanda Ould Boumama, jusque-là porte-parole d'Ansar Eddine, affirmait que son organisation n'avait pas l'intention de se démarquer d'Al-Qaïda au Maghreb islamique. Celle-ci « ne constitue pas un problème » pour Ansar Eddine, selon des propos rapportés par un site internet.
Sa déclaration suscitait la colère des dirigeants algériens, selon le journal algérien El-Watan. Avec ces atermoiements, Ansar Eddine « hypothèque durablement ses chances de faire partie de la solution », menace Alger, affirmant qu' « on ne l'attendra pas éternellement ».
La menace la plus claire adressée à Ansar Eddine émane d'un officiel algérien cité par la presse. « Après les négociations qui ont actuellement lieu à Alger et à Ouagadougou, les discussions seront closes. Et très probablement de manière définitive. Cela devrait être le cas, du moins, avec la direction d'Ansar Eddine qui devra assumer ses responsabilités ».
A défaut de rejoindre le camp de la paix et de la négociation, les éléments d'Ansar Eddine sont menacés de « devenir des cibles privilégiées pour la future force militaire internationale » chargée de reconquérir le Nord du Mali. « Il ne leur sera plus fait de quartier », affirme ce responsable, ajoutant, sans nuance : «Nous leur disons de la manière la plus déterminée que la fenêtre d'opportunité pour de se démarquer des terroristes et des narcotrafiquants est en train de se refermer. C'est aux chefs de ce mouvement de décider rapidement s'ils veulent être une partie du problème, ou devenir une partie de la solution».
« La direction d'Ansar Eddine devra alors assumer ses responsabilités ».
L'Algérie appelle aussi Iyad Ag Ghali, le principal dirigeant d'Ansar Eddine, à prendre ses responsabilités. Il doit « prouver que c'est lui le chef, et que seule sa parole compte ». A défaut, les autorités algériennes, qui semblent agacées par les hésitations et les volte-face, avertissent qu'elles connaissent aussi bien « les subtilités du dossier de la rébellion touareg » que « la nature extrêmement mouvante du Sahel ». En conséquence, elles affirment « avoir pris en ligne de compte dans leurs prévisions l'éventualité que ce groupe puisse faire volte-face à la dernière minute ».
C'est la première fois que les autorités algériennes utilisent un langage aussi violent envers Ansar Eddine. Jusque-là, Alger avait ménagé ce mouvement, soutenant, contre vents et marées, que rares étaient ses membres ayant versé dans le terrorisme. A contraire, l'Algérie a toujours soutenu que cette organisation s'est radicalisée à cause du refus des autorités maliennes de mettre en 'uvre les accords conclus après de précédentes rébellions. Ces accords avaient été conclus sous le parrainage de l'Algérie. Iyad Ag Ghali, le leader d'Ansar Eddine, est un vétéran de ces rébellions. Il avait participé aux tractations des années 1990 et 2006. La non application de ces accords aurait fragilisé sa position au sein du mouvement touareg pour déboucher sur l'émergence d'éléments radicaux qui risquent de le supplanter.
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