Le piège de la zone de libre échange
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Alger tente d’attirer les investissements arabes, évalués à travers le monde à un volume de 450 milliards de dollars par an. Pourtant, cela se passe dans un contexte de retard volontaire de l’adhésion de l’Algérie à la zone de libre échange, engagement où il y aurait plus de pertes que de gain. Explications.
La première conférence arabe sur la sous-traitance industrielle se tiendra les 12 et 13 septembre prochain à Alger, a indiqué mercredi un communiqué du ministère de la Petite et Moyenne entreprises (PME) et de l’Artisanat. Cette rencontre sera organisée en coordination avec l’Organisation arabe du développement industrielle et de métallurgie et, en marge de cette conférence, une exposition sera organisée les 14 et 15 septembre prochain au Palais des Expositions (Pins Maritimes) par la Société algérienne des foires et des exportations (SAFEX), à laquelle prendront part près de 350 exposants représentant d’importantes sociétés de sous-traitance. En apparence, cela indique une grande opportunité pour l’Algérie, à même de lui permettre de drainer un volume supplémentaire de capitaux…
En réalité, il y a une nouvelle donne qui va à contresens de cette politique, contenue dans la zone arabe de libre échange, à laquelle l’Algérie a officiellement adhéré en 2002, sans qu’il y ait une concrétisation effective. Les accords, nés de discussions dans le cadre de la Ligue arabe, imposent un taux de douane nul pour tous les membres de la ZALE, mais est-ce dans l’intérêt de l’Algérie. Si l’Algérie n’est nullement pressée d’intégrer la Zone arabe de libre échange (ZALE), c’est principalement en raison de la demande faite d’éliminer tous les tarifs douaniers dès l’entrée en application de l’accord. «Nous ne pouvons pas ramener les tarifs douaniers à 0% d’un seul coup», a déclaré Mourad Medelci, ministre des Finances. L’Algérie s’est prononcée plutôt en faveur du système dégressif dans le démantèlement tarifaire, à l’image du processus entamé avec l’accord d’association avec l’Union européenne. Pour être plus clair, il faut savoir que le véritable problème de l’Algérie s’exprime en termes d’avantages comparatifs, sachant pertinemment que les conditions pour l’investissement sont nettement meilleures chez nos voisins qu’en territoire national. Ainsi, si la ZALE entre en vigueur, et à 0% de taux de douane, il serait plus rentable et plus facile pour un investisseur étranger de s’installer au Maroc ou en Tunisie pour pouvoir commercialiser ses produits et services en Algérie, où il n’aurait à payer aucun droit. Par contre, c’est notre pays qui perd au change puisque l’investissement, qui ainsi fera défaut, creusera le manque à gagner en emplois, en transfert technologique et en recettes fiscales, sans compter que l’adhésion de l’Algérie à la ZALE ne fera qu’arranger les affaires de ses voisins à son détriment. A partir de quoi, le dossier des investissements arabes ne s’en trouve que plus compliqué et le gouvernement est vivement interpellé pour renégocier de fond en comble les termes de son adhésion.
Il faut savoir que la ZALE a prévu dès le 1er janvier 2005 la suppression totale des droits de douane entre les pays membres, soit 17 Etats qui concentrent 94% du commerce arabe. Ladite zone prévoit une suppression totale des droits de douane entre les pays signataires de l’accord (Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Liban, Syrie, Palestine, Jordanie, Irak, Koweït, Arabie saoudite, Emirats arabes Unis, Oman, Qatar, Bahreïn et Yémen).
La mise en place de cet espace vise à dynamiser les échanges commerciaux entre la mise en place de cet espace et contribue à l’augmentation des échanges commerciaux interarabes et au renforcement du pouvoir de négociation des pays membres avec des blocs économiques puissants comme l’Union européenne ou l’ALENA.
Mais les obstacles à l’intégration économique arabe restent nombreux et pas faciles à surmonter. Les pays arabes sont toujours dépendants de l’Occident économiquement. Selon le rapport arabe sur le développement humain 2002, le commerce interarabe ne représente pas plus de 7 à 10% du commerce extérieur arabe. Le pétrole y occupe une place primordiale, puisqu’il représente plus de la moitié du volume des échanges. Ce chiffre, qui est resté constant depuis les années cinquante, «illustre de la manière la plus frappante le manque d’intégration économique entre les pays arabes», ajoute le rapport. Les flux de capitaux entre pays arabes sont logés à la même enseigne. Conséquence: les pays industrialisés demeurent les principaux destinataires des capitaux arabes. La faible productivité des pays arabes et la similarité de leurs productions risquent également de les priver des bienfaits de la complémentarité économique. Les pays arabes n’ont pas réussi à diversifier leurs produits et leurs exportations. L’économie arabe reste fragile. L’Algérie, qui n’a pas encore adhéré à la zone arabe de libre échange, est en train de rattraper son retard. Dans une récente déclaration, Amr Moussa, SG de la Ligue arabe, aurait déclaré que l’Algérie serait en voie d’adhésion à la Zone arabe de libre-échange et que les documents nécessaires auraient été présentés, il y a deux mois. Ce n’est pas encore gagné!
Réda Amarni
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com