Le problème de la sécurité et de l'insécurité est un sujet qui préoccupe l'humanité depuis l'origine des temps. En effet, le recours à la force et à la violence et l'existence des problèmes de sécurité continuent donc à caractériser les relations internationales. Durant le dernier siècle, plusieurs techniques ont été proposées par des experts, stratèges et hommes politiques pour établir la sécurité et la paix entre les peuples et les nations et bien évidemment dans leurs territoires. Concernant les techniques mises en oeuvre après 1945, l'on peut citer la sécurité par la peur ou par l'équilibre de la terreur (la paix par la dissuasion nucléaire), la sécurité négociée et contrôlée (la paix par le désarmement), la sécurité par la détente (la paix par l'évolution des rapports Est/Ouest et la fin de la guerre froide), la sécurité par le développement (la paix par l'évolution des rapports Nord/Sud et le dialogue pays riches/pays pauvres), la sécurité par le Non-Alignement (la paix par les manifestations politiques du Non-Alignement)... Mais depuis que l'on parle de l'orientation vers un grand village planétaire et solidaire, il y a la sécurité par le respect du Droit international, c'est-à-dire la paix par la sécurité collective; la sécurité par la gestion et la protection de l'environnement, c'est-à-dire la paix par la sauvegarde de la création et de l'écosystème; la sécurité par la protection des droits de l'Homme, c'est-à-dire la paix par le respect des droits des peuples et des minorités; la sécurité par la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, c'est-à-dire la paix par la tentative sécuritaire. En effet, la paix n'est pas seulement l'absence de guerre ou de conflits. L'on peut parfois être en présence d'une paix dite négative, fragile ou instable qui appelle une paix positive. Donc la sécurité qui est un concept global doit prendre en considération les données diplomatico-stratégiques certes, mais aussi les données démographiques, politiques, économiques, écologiques, sociales, culturelles, humaines et régionales. La sécurité qui forme un tout indivisible dépend aussi bien de facteurs intérieurs nationaux que de facteurs internationaux. L'idée d'assurer la paix par le partenariat et la sécurité collective est-elle en train de faire son chemin à travers les intégrations régionales dans le cadre de la nouvelle société internationale qui est mise à l'épreuve de la mondialisation et à la recherche de gouvernances globale et régionale ? Dans ce sens, la Méditerranée en étant l'une de ces étendues régionales constitue l'espace qui relie d'un côté le Nord et le Sud et de l'autre l'Est et l'Ouest au milieu des civilisations européennes, africaines et orientales. Fernand Braudel, cité par Charles-Philippe David dans son ouvrage «La guerre et la paix. Approches contemporaines de la sécurité et de la stratégie», résumait la grande diversité qui entoure cet espace géographique complexe par cette formule: «La Méditerranée, c'est mille choses à la fois». Ainsi, cette complexité renferme plusieurs facettes et conforte l'importance géopolitique-économique, nécessitant la reconsidération de la question de la sécurité et des rapports de forces dans la région. Parmi les points de tensions qui pèsent fortement sur la réalité sécuritaire en Méditerranée, on trouve l'immigration clandestine, la drogue, le blanchiment d'argent, le terrorisme... L'objectif est donc la sécurité nationale, dans cet espace, comme absence de tout genre de menace. Pour cela, il est nécessaire de créer un vrai engagement de sécurité au sein du Partenariat euro-méditerranéen. Depuis le traumatisme de septembre 2001, et sous la pression d'un constat d'insécurité collective, l'idée centrale tourne autour de combler le vide d'un concept commun de sécurité régionale (ou d'une politique de sécurité commune) mais cela n'a pas fait évoluer les choses à la vitesse qu'on aurait souhaitée, pour des raisons de multiplicité de visions sur le concept de sécurité et de lutte contre la criminalité. La conjoncture n'a pas fait évoluer les positions et n'a pas réellement débloqué la négociation sur le projet commun de sécurité régionale, sauf pour ce qui concerne la coordination existant dans les secteurs opérationnels contre les actes qui visent l'insécurité. En effet, la Méditerranée a toujours été une région attrayante, ce qui en fait une zone sensible où la question de la sécurité commune revêt une importance capitale pour le futur du bassin méditerranéen. Depuis le processus de Barcelone en 1995, l'idée centrale de sécurité est basée sur une convergence supposée d'intérêts entre Etats de la région: les pays du Nord recherchent les garanties de sécurité et de contrôle des flux migratoires, tandis que les pays du Sud répondent par une demande de soutien économique et politique. En guise de politique de sécurité, l'alternative se trouve sûrement dans une coopération libérale et démocratique. L'impasse à laquelle la coopération régionale a abouti ne peut être dépassée que par la prise en compte des réalités des collaborations politiques, économiques et sociales des pays de la rive sud avec ceux de la rive nord. Il est clair, par exemple, que les programmes d'ajustement structurel n'ont pas contribué significativement à l'amélioration socio-économique et institutionnelle des pays de la région. Tel pourrait être aussi le cas de la zone de libre-échange souhaitée dans la région. Comme tout Etat méditerranéen, l'Algérie est concernée directement par tout effet généré par son territoire ou par les pays de la région (le chômage, la pauvreté, l'émigration, l'immigration, les trafics d'armes, de drogue, et tous les autres trafics illégaux, la criminalité...). Ainsi, l'Algérie a un rôle important et vital dans l'édification et l'application de politiques sécuritaires possibles dans la région de la Méditerranée. L'Algérie peut être considérée comme une partie importante dans cette nouvelle approche sécuritaire et sa tentative sécuritaire est appréciée. Enfin, la réponse efficace à l'insécurité des pays de la région ne peut être qu'un ensemble de ripostes régionales concertées à la hauteur des menaces stratégiques possibles. Les initiatives pour la construction de la paix et de la sécurité en Méditerranée doivent aussi passer par l'existence d'une vraie volonté politique régionale en la matière et par le règlement de quelques points de tensions qui tournent autour du Sahara Occidental, Israël, Palestine, pays arabes, Turquie...
* Docteur en sciences politiques (politologue)
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Riadh Bouriche *
Source : www.lequotidien-oran.com