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L'Algérie entre le baril et la jarre



L'Algérie entre le baril et la jarre
L'auteur de cet article* prône pour l'Algérie une politique de développement durable qui réconcilie les Algériens avec les ressources ignorées de leur pays et les fasse échapper à cette dépendance destructrice du pétrole.S'il y a un domaine qui se porte mal et même très mal ce sont bien et bel les économies nationales et l'économie mondiale. Les bilans qui diluent les corruptions que ce soit à Rhourde Nouss ou Montréal sont balancés par les émeutes et les guerres. En Algérie, pour perdre son Sud, l'économie du baril est le nocebo indiqué. Pour retrouver son nord, le placebo est une jarre.
Les guerres mondiales ont lieu au changement du signe de la dérivée de la courbe de la croissance du produit intérieur brut (PIB) généralement représentée par une droite affine. Plus simplement, elles se produisent quand la croissance pique du nez. Actuellement, la guerre mondiale est visible sur les marchés financiers. La jauge de la température passée au rouge a été le scandale du London Interbank Offered Rate (Libor). Les Chinois ont leur agence de notation, les USA les leurs. Pour choisir les indicateurs d'analyse, l'embarras est garanti. Leurs effets sont visibles dans les cheveux blancs du jeune président américain B. Obama et les noirs du premier ministre chinois Li Keqiang.
En plus des fonds spéculatifs, les fonds « noirs », l'autre cause de ces conflits est le baril de pétrole qu'il soit WTI (Texas) ou Brent (Mer du Nord) même si la tendance est à son remplacement par des tuyaux: ouvrez les robinets, laissez couler et Dieu contrôlera les débits dans le cas de notre pays! Aimer un baril c'est dangereux. Avec du souffre, il vous explosera à la figure.
Le baril est le feu de toutes les économies théorisées et nobélisées. Croisons les doigts pour celle qui le sera dans deux semaines. Ils sont déjà 71 à ne pas s'entendre. Paul Krugman contre tous les autres, Joseph Stiglitz est devenu un chaman si désillusionné, Friedrich Hayek a traité Milton Friedman du nom d'un animal pas beau. Et si ce dernier a défendu la suprématie du marché auquel peuvent s'opposer ou réguler les humains Amartya Sen, lui, a défendu les « capabilités » des hommes, dans une approche fondant l'égalité non plus sur la seule égalité d'accès aux biens sociaux mais aussi sur les possibilités effectives dont dispose un individu pour effectuer certains actes.
Au fond, le pourquoi est dans le fondement de ce que les Anglo-saxons appellent « economics », jamais ou rarement « sciences économiques ». L'économie part d'un énoncé normatif. Qu'il soit juste ou faux, les chercheurs s'en moquent. C'est la première règle qu'un étudiant apprend et il sera gavé au « ceteris paribus » où toutes choses étant égales par ailleurs!
La jarre. Comme les artisanales de Kabylie. Même abîmée, le petit lait parfumé au romarin sera toujours délicieux s'il est consommé avec de la galette chaude. Cette phrase résume ce qui est appelé par certains the sustainable development (développement durable) ou économie de la décroissance par d'autres.
Pour vivre heureux comme au Bhutan, il faut qu'un pays suive la voie du progrès et non de la croissance. C'est le développement durable que doit choisir l'Algérie mais les politiques ont peur d'aller sur cette voie. Il est vrai que c'est un peu compliqué! Pour vivre des énergies renouvelables, de l'agro-pastoralisme de montagnes en jurant respect à la nature, aux humains, il faut que vous aimiez et acceptiez de vivre uniquement avec une jarre, sans voiture ni télé ni gadget numérique ni wifi. Et peu de personnes en sont capables en 2013!
C'est incroyable et vrai à la fois, la théorie d'Alvin Roth modélise même les mariages! Le remariage d'un pays avec la nature. Cela ferait sourire certains et pourtant il vaut mieux que l'Algérie s'éloigne du pétrole et annule son divorce d'avec sa terre que de vivre des risques d'explosion au Sud avec propagation au Nord. En prenant cette décision l'Algérien détestera le baril et adorera la jarre. Et ce sera son salut!
(*) Chérif Aïssat est étudiant en économie à l'Université de Montréal.
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