
Deux documentaires en compétition officielle ont été présentés vendredi à la Cinémathèque, La nuit s'achève de Cyril Leuthy et At(h)ome de Isabelle Leuvrey.La Cinémathèque algérienne a abrité dans son sillage, vendredi dernier, la projection de nombreux films dans des conditions techniques peu favorables, ce qui, hélas, peut entacher le bon déroulement de la programmation des films de cette année qui s'est voulue bien éclectique et intéressante pourtant. Prenons le cas de ces deux films bien différents par la thématique et l'approche esthétique mais qui ont bien retenu l'attention du public. Tout d'abord La nuit s'achève de Cyril Leuthy. Un film dont le réalisateur a mis dix ans pour le terminer. Un travail de longue haleine et un sujet bien intimiste dont l'image a été fort dommage mal rendu à l'écran, et entachée par des plans flous par moment. L'histoire qui est racontée est en fait une mise en boîte de deux petites histoires qui vont rejoindre la grande histoire. 50 ans après la guerre d'Algérie, trois Français font le voyage.Le réalisateur en fait suit le parcours de son père de retour dans son village natal, Le Kouif, une région minière où il a grandi, vécu et travaillé au milieu de la société ouvrière algérienne, mais aussi française, tel un autre frère de la famille. Mais vite, les ségrégations entre les deux populations resurgissent et les langues se délient quant aux affres du colonialisme. Et le père de reconnaître les torts de la guerre d'Algérie et ses abominables actes de barbarie... A côté de cela, il y a l'ami de ce fils qui tente de survivre aux traces d'un grand-père kabyle inconnu, dont il finit par découvrir la tombe et le reste de la famille, entre tante, cousin, oncles etc. Des retrouvailles fort émouvantes dans un village perché en haut de la montagne, des rires, et puis des larmes, des étreintes, saisies sous l'oeil braqué et pudique d'une caméra attachante, parfois hésitante, mais qui parvient à capter l'essentiel de cet échange de chaleur humaine. Ce retour est accompagné d'un ami de la famille, un Algérien, Kabyle de son état, Amokrane Meriche qui les aide dans la traduction linguistique mais aussi à faire ce pas en avant vers l'Autre, lequel s'avère parfois si difficile. Entre l'Algérie, celle d'hier et d'aujourd'hui, il y a aussi ce lien qui rassemble cette famille aux prétentions scénaristiques du réalisateur, à savoir ce document d'archives filmiques, un film en noir et blanc qui s'appelle La nuit s'achève et puis cette vieille chanson aussi et qui, par extenso symbolique, finissent tous deux par s'imposer comme une évidence charnière au titre du film de Cyril Leuthy, lui-même, qui, après des années de labeur, d'enquête, de don de soi et d'enregistrement, finit par aller au bout du chemin de lui-même, voire du parcours que peut lui dicter son coeur et boucler son récit comme si l'on refermait un livre, le coeur serré parfois, mais la mémoire pleine et l'âme sereine.Le second film qui attirera l'attention du public est At(h)ome d'Elisabeth Leuvrey. Un film basé d'après le travail photographique et l'enquête de l'artiste et reporter photographe Bruno Hadjih. Le film porte sur le drame des essais nucléaires ayant lieu dans le Sahara, en 1962, après une clause secrète des accords d'Evian, signée entre la France et l'Algérie, qui permet à la France l'expérimentation au Sahara d'armes nucléaires et chimiques.Le film revient sur l'explosion de la bombe Béryl, qui fait quatre fois la puissance de celle d'Hiroshima et qui constitue le plus grave essai nucléaire dans cette région du monde. Ceci est le synopsis du film. Ce dernier par contre ne se veut pas un documentaire comme un autre.Plutôt expérimental, il est surtout étayé par les voix off du photographe, des témoins du drame, de photos, en noir et blanc et d'autres en couleurs. Des portraits essentiellement de ces hommes et femmes ayant survécu aux conséquences désastreuses de ces essais nucléaires et qui en parlent avec dignité, sans colère ni amertume, mais racontent dans les faits, ce qui s'est passé à cette période où le souffle de cette bombe avait fait trembler la terre et décimer notamment insectes et animaux et polluera la terre et l'eau tout en continuant jusqu'à aujourd'hui à provoquer des naissances d'enfants ayant des malformations. La seconde partie du film qui paraît au départ tomber comme un cheveu sur la soupe, complète assurément le «tableau» en posant encore avec acuité la problématique de cette radiation qui pourrait s'étendre en réalité au-delà des frontières du désert. Pourquoi' dans les années 1990, pour rappel, de nombreux détenus ou prétendus terroristes intégristes avaient été internes dans des camps exactement où ces fameux essais nucléaires avaient eu lieu. Le film s'il évoque le mauvais traitement infligé à ces gens et leurs «droits de l'homme bafoués» car envoyés là-bas, dans de très graves conditions de vie puis relâchés dans la nature, sans jugement. Il n'en demeure pas moins qu'il tire une sonnette d'alarme des plus stridentes, outre la bouteille à la mer qu'envoient ces hommes et femmes du désert qui baignent encore dans leur silence frustrant face à l'indifférence des autorités.De quoi s'agit-il exactement' Eh bien relâchés, ces condamnés avaient sur le chemin du retour emporté avec eux de nombreuses pierres de ce paysage faussement idyllique. Des pierres contaminées qui seraient arrivées dans le pays et constituent aujourd'hui une bombe à retardement dont nul ne sait l'effet et le sort qu'il en résultera. Si le film se veut un témoignage édifiant sur cette histoire très mal connue, peu ou prou par les Algériens, l'originalité du documentaire réside en outre dans le traitement esthétique élaboré, lequel fera des sommes de contraintes, autant de moyens de sublimation pour faire parler les images et ce, grâce à une excellente bande-son qui explore l'idée de la bombe, ses conséquences catastrophiques en épousant la force de frappe des images au plan léché, au cadre parfait et au ton minéral quasi charnel.Des images saisissantes de beauté, paradoxalement qui ne cherchent pas à montrer la laideur mais qui poussent le regard à l'introspection sans que le documentaire ait besoin de démontrer ou infirmer les propos de ces habitants de la ville touchée de Mertoutek.«Je travaille sur la notion du désert. De la géographie devenue une idée. J'ai fait des photos, je travaillais autour de cette terre contaminée sans le savoir au départ. Mon approche est subjective sur ce que peut être le désert. Les retombées et les conséquences sont là. J'ai travaillé sur un village, pas sur les bombes. Je me suis rendu là-bas 20 fois en trois ans. Mertoutek se trouve au creux d'une vallée. Le nuage de la bombe percute la montagne et descend dans le village. J'avais pris des photos, installé un studio pour ce faire. Au bout de cinq ans de recherche et de travail photographiques, ces gens-là étaient morts. Historiquement on peut vérifier que Mertoutek est l'un des villages martyrs qui a subi le plus les essais nucléaires», fera remarquer Bruno Hadji lors du débat.A propos de la seconde partie évoquant plus de 24.000 déportés dans les camps de concentration, ou «goulag» comme dira ce témoin, Bruno Hadjih soulignera: «Je comprends que le sujet soit plus sensible en Algérie.Le propos n'est pas le même. Mais je ne défends ni les uns ni les autres. Je donne une parole vérifiée. Il manque effectivement celle du pouvoir et des autorités mais c'est plus compliqué de l'avoir..».Notons que la sortie du livre At(h)ome est prévue pour septembre indique le photographe Bruno Hadjih.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com