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L'Algérie doit revoir sa position Smaïn Abdelaziz Hariti. Président de la Coordination algérienne de soutien à la révolution syrienne



Le 10 août 2011, soit trois mois après le soulèvement populaire dans ce pays, la Coordination algérienne de soutien à la révolution syrienne voit le jour. Depuis, rassemblements devant l'ambassade de Syrie à Alger, sit-in et demandes pour rappeler notre ambassadeur à Damas se sont multipliés.
- Le flux de réfugiés syriens n'arrête pas ces dernières semaines. Et le gouvernement algérien a mis du temps pour prendre des décisions. Que répondez-vous '
Cela fait des mois que l'Algérie refuse la délivrance de visas de longue durée à nos frères syriens qui voulaient fuir la guerre. Seuls des visas de trois mois sont délivrés. Les Syriens, que nous voyons actuellement dans nos villes, sont venus plus particulièrement d'Alep. Vous avez certainement constaté qu'ils restent réservés, car El Chabiha suit les réfugiés partout où ils vont. Il y a El Chabiha de l'ambassade syrienne d'Alger et d'autres entreprises, notamment pétrolières qui financent le régime d'Al Assad. Notre gouvernement s'est mis dans une mauvaise position. Il a voulu donner une lecture à ce flux de réfugiés éparpillés dans nos villes. Il veut faire croire aux Algériens que ces réfugiés ont déclenché la guerre chez eux et aujourd'hui ils viennent faire la même chose chez nous. Pour les cas des Syriens mendiants, il faut savoir qu'ils font réellement exception. Jusqu'à lundi ou mardi derniers, aucune décision n'est tombée de la part de notre gouvernement. Heureusement que les Algériens ont l'esprit de solidarité. Ils n'ont pas hésité à payer des chambres d'hôtel et offrir des repas aux Syriens. C'est honteux pour notre gouvernement alors qu'il avait la chance de se rattraper et de redorer son blason. Il faut qu'il arrête de salir l'image des réfugiés syriens.

- Que pensez-vous des mesures qui ont été prises à leur égard '
J'ai entendu parler des écoles qui leur seront ouvertes. Cela n'est pas une solution. Je me demande ce que fait le Croissant-Rouge. Il est extraordinairement intervenu pour les réfugiés maliens et pourquoi pas cette fois-ci ' Le CRA a tous les moyens pour agir. Il faut penser à rouvrir les chalets d'Alger-Est. Qu'il dise que c'est un auxiliaire de l'Etat, cela n'est qu'un prétexte pour fuir les responsabilités. Les mesures prises restent au stade du bricolage. Personnellement, j'estime que cela est fait volontairement pour pousser les réfugiés à repartir ou les mettre dans des situations critiques. L'Etat doit sérieusement réfléchir à faire intervenir l'ensemble de ses institutions, y compris l'Armée nationale populaire. L'Algérie a les moyens. Des moyens qui ont été déployés pour les Sahraouis, pour les Maliens, à présent il faut penser aux Syriens. Dans la mesure où nous avons accueilli la famille d'El Gueddafi sous le prétexte d'une cause humanitaire, autant le faire pour ces Syriens qui fuient réellement la mort.

- La position de l'Algérie serait justifiée par ses inquiétudes vis-à-vis du Printemps arabe'
Un complot international s'est fait pour que l'Algérie reste le guide de la contre-révolution. Les Occidentaux n'ont pas intérêt à ce que la révolution arabe arrive en Afrique noire. Elle représente un réel danger pour leurs intérêts. L'Algérie est appelée alors à devenir le barrage. Et c'est d'ailleurs pourquoi elle eut le feu vert des Occidentaux pour les législatives en dépit de la légitimité de ce Parlement. Je demande au gouvernement de rectifier sa position honteuse : un régime qui n'a pas pu constituer un gouvernement depuis des mois ! Car il sait bien qu'il ne pourra pas faire face au front social avec le même système. J'estime que nous sommes dans notre Printemps arabe. Des protestations et des révoltes quotidiennes. Depuis mai, l'Algérie vit sans gouvernement. Ce dernier est face à un mur et aucun mécanisme n'est déclenché pour trouver une solution et aller vite à une période transitoire pour une autre république sans trop de dégâts. Il est impossible que ce système, en dépit de toutes ses man'uvres, résiste. Le système est fini et il faut une autre alternative avec d'autres mécanismes qui s'adapteront aux changements du jour. J'appelle d'ailleurs la classe politique à mieux cohabiter et à suivre les exemples tunisien et égyptien.

- La société civile a brillé par son absence. Elle attendait le feu vert du gouvernement'
Je ne comprends pas cette attitude. Malheureusement, aucune association n'est intervenue pour l'aide. Depuis le début, nous avons fait appel au Croissant-Rouge algérien, aux Scouts musulmans et à d'autres associations. Il n'y a pas eu de réponse, particulièrement pour participer à la caravane de solidarité du peuple algérien au peuple syrien, que la coordination avait organisée en avril dernier. Ce qui se passe au niveau de la société civile est inadmissible. Il ne faut, à mon avis, pas attendre le feu vert du gouvernement. La société civile est faite pour intervenir dans des cas similaires. Idem pour le Croissant-Rouge qui n'a pas bougé jusqu'au feu vert du gouvernement. Il est censé accomplir une mission humanitaire et il est soumis à une réglementation internationale qui le contraint à agir devant une telle catastrophe. Il ne faut absolument pas mélanger les positions humanitaires avec la politique. Aujourd'hui le jeu est clair, le gouvernement a fait main basse sur la société civile. Les partis politiques n'ont pas fait mieux.
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