L'assaut a été donné jeudi après-midi à In Amenas, pour mettre fin à une prise d'otages lancée par un groupe terroriste fortement armé contre un site gazier au c'ur du Sahara. Alors que le bilan définitif de l'opération n'était pas encore connu, une certitude s'impose : l'Algérie a fait preuve d'une détermination sans faille. Elle n'a, à aucun moment envisagé de négocier, et a imposé un black-out, faisant fi des critiques externes.
L'Algérie a fait preuve d'une rare fermeté face à la prise d'otages d'In-Amenas, maintenant une ligne de conduite intransigeante jusqu'au dénouement de la crise. Malgré les critiques, les risques encourus en cas de dérapage, et les pressions, voire la méfiance de certains pays occidentaux, qui mettaient en doute les capacités de l'armée algérienne de mener une opération aussi complexe, les dirigeants algériens n'ont pas varié leur attitude d'un pouce. Comme enfermés dans leur bulle, déterminés à en découdre, ils ont mené l'opération selon leur propre démarche, alors que les dirigeants occidentaux multipliaient les déclarations critiques, dans un souci de se préserver auprès de leurs opinions publiques respectives.
L'Algérie a annoncé la couleur dès le début de la prise d'otages, qui a eu lieu mercredi dans un site gazier situé à Teguentourine, près d'In-Amenas, en plein Sahara, à 1.300 kms d'Alger. Le ministre de l'intérieur Daho Ould Kablia, qui a fait ses classes dans les services spéciaux pendant la guerre de libération, il y a plus d'un demi-siècle, a fixé la ligne de conduite officielle : pas de dialogue, pas question d'accepter les revendications des preneurs d'otages, pas question même de les écouter ou de négocier avec eux. Cette démarche ne serait pas abandonnée, quel qu'en soit le prix. Les terroristes n'avaient pas d'alternative : ils devaient se rendre, sans condition.
Jeudi soir, alors que le bilan de l'assaut lancé pour libérer les otages n'était pas encore connu, le ministre de la communication, M. Mohamed Saïd, rappelait, avec la même fermeté, la ligne de conduite du gouvernement algérien. « Face au terrorisme, hier, comme aujourd'hui, comme demain, il n'y aura ni négociation, ni chantage, ni répit", a-t-il déclaré. Les terroristes « ne réussiront pas à atteindre leurs objectifs", et les forces de l'ANP "sont là pour défendre les frontières terrestres du pays, sans aucun répit". Pour M. Mohamed Saïd, « il serait illusoire de croire que l'Algérie va céder ou négocier» avec les preneurs d'otages.
Le risque était grand, mais il était à la mesure de l'enjeu. Les dirigeants algériens se sentaient en effet défiés par un groupe qui avait pris en otage des centaines d'employés, dont plusieurs dizaines d'étrangers, dans une zone supposée hautement sécurisée. De plus, le groupe de preneurs d'otages était venait visiblement de pays voisins, après avoir parcouru des centaines de kilomètres, alors que l'Algérie venait d'annoncer la fermeture de sa frontière avec le Mali. Enfin, le groupe s'en prenait à une installation de gaz, dans un pays qui ne tient, sur le plan économique, que grâce aux hydrocarbures.
Refus de payer les rançons
Le ton martial des rares dirigeants algériens à s'exprimer a frappé les esprits. Il s'adressait aux preneurs d'otage, mais aussi à l'opinion algérienne et aux partenaires du pays. Il donnait une idée précise de ce qui allait se passer. Car pour les dirigeants algériens, le défi imposait une réponse qui marquerait les esprits. Ils se trouvaient contraints de délivrer un message sans ambigüité : personne ne peut s'en prendre à l'Algérie de la sorte. D'autant plus que l'intervention française au Mali vient à peine de commencer, et que personne ne sait comment le conflit peut évoluer, ni vers quelles éventualités il risque d'entrainer l'Algérie.
De plus, l'Algérie mène, depuis des années, une campagne internationale pour « criminaliser » le paiement des rançons. Elle considère en effet que le paiement de rançons à des groupes terroristes du Sahel a fini pat transformer les enlèvements d'occidentaux en une véritable industrie, qui enrichit des groupes vivant entre le terrorisme islamiste, la contrebande, le trafic de drogue et les enlèvements d'otages. Déjà confrontée à l'enlèvement de six employés consulaires à Gao, au nord du Mali, toujours détenus par le MUJAO (Mouvement pour l'Unité du Jihad en Afrique de l'Ouest), elle se devait de se montrer intransigeante quand elle serait à son tour confrontée à la même menace.
D'autre part, la scène politique algérienne s'est totalement figée depuis le début de la prise d'otages. A l'exception de ceux qui sont impliqués dans la gestion du dossier, les ministres se tiennent prudemment à distance. Les dirigeants de partis offrent leurs services, mais sans insister. Il est visible que tout se décide dans l'ombre, au sein de l'armée et des appareils de sécurité, forces spéciales et GIS, qui agissent, pour une fois, sur un terrain où ils sont légitimes.
Black-out total
Les dirigeants algériens n'ont pas tenté d'entrer sur le terrain de la communication, qu'ils ne maitrisent pas. Bien au contraire. Ils ont appliqué la méthode qu'ils maitrisent le mieux : le black-out. Alors que la prise d'otages d'In-Amenas était l'évènement le plus suivi dans le monde pendant au moins vingt-quatre heures, il n'y a pas eu une seule image. Les télévisions du monde entier, malgré leurs moyens impressionnants, se sont trouvées contraintes à recourir aux mêmes méthodes : passer en boucle d'anciennes images du site d'In-Amenas, tout en organisant des débats avec des spécialistes qui ne savaient de l'opération elle-même. Aucun journaliste n'a pu approcher à moins de 200 kilomètres du site d'In Amenas. Alain Marsaud, député français, ancien juge antiterroriste, a parfaitement résumé cette situation : « on ne sait rien » de ce qui se passe, et les Algériens sont « les rois de la dissimulation », a-t-il reconnu.
Cette frustration a suscité quelques commentaires acerbes, mais les dirigeants algériens n'en ont pas tenu compte. Pour une raison simple : c'est la seule méthode qu'ils connaissent. Ils ne savent pas faire autrement. Ils ne savent pas gérer des images qui risquent d'être déplaisantes ; alors, pas d'image.
Cette attitude tranche avec celles des pays occidentaux, qui ont tenté, de manière plus ou moins discrète, d'influer sur la position algérienne. Le président François Hollande a déploré, la mine abattue, que le dénouement de la prise d'otages ait lieu dans un climat « dramatique », alors que le premier ministre britannique a regretté que les autorités algériennes ne l'aient pas informé au préalable de l'assaut. Quant au Japon, il a, par la voix de son premier ministre, Shinzo Abe, exprimé « sa profonde préoccupation » et demandé au gouvernement algérien de mettre fin à l'assaut final lancé pour libérer les otages.
Ce n'est que jeudi, quand la pression était devenu très forte, que le ministre algérien de la communication a brièvement évoqué cet aspect de la crise, en annonçant que le gouvernement algérien était en "contact permanent" avec les pays dont des ressortissants étaient entre les mains des terroristes, pour les "tenir informés" de l'évolution de la situation. Mais à ce moment-là, l'opération était terminée. Il restait à en gérer les suites. Mais c'est déjà une autre affaire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abed Charef
Source : www.maghrebemergent.info