Je ne te le fais pas dire. L'Aïd n'est plus ce qu'il était, ma foi ! Non seulement parce que la wahhabisation pléonastique et la salafisation galopante ont dénaturé la bonne vieille pratique sobre et épurée des rites et fêtes d'antan, mais aussi parce que les temps politique et géopolitique sont à la crispation et à la furie. Nous vivons une époque de démence, de triomphe des faux prophètes et de vrais faucons, d'intolérance et de viol des foules, de la conscience, de l'intégrité dans certains commissariats.La dégringolade a commencé il y a bien longtemps mais cette année, autour de nous, ça s'est précipité. Pas seulement à cause de la pandémie qui a ralenti le rythme de croissance du métabolisme social de l'humanité, non plus à cause du fait que la lenteur due aux confinements a permis de voir plus clairement les dysfonctionnements du système capitaliste qui domine la planète, et ses ravages, mais aussi parce que le virus nous a mis face au miroir qui nous renvoie les lézardes de l'Histoire au présent.
Dans la proximité politique et géopolitique, cette semaine de l'Aïd condense les heurts et les injustices qui sont la marque de ces temps de déréliction.
L'AID À JERUSALEM. L'armée israélienne a pénétré à l'intérieur de la mosquée El-Aqsa de Jérusalem pour y poursuivre la répression avant d'en confisquer les clés. La brutalité ne connaît pas de quartier. Mais transformé en information, passé entre les mains des spécialistes du « symétrisme », cela donne autre chose. Y'a de quoi paraphraser ces vers narquois du poète chanteur indien Atahualpa Yupanqui : « Qui a gagné la guerre ' (...) Le guérillero sur sa terre et le Yankee au cinéma .»
Pareil. C'est Israël qui agresse sur le terrain et c'est Israël qui est agressé à la télé occidentale. C'est surprenant comme on peut dénaturer le sens d'un conflit. Il suffit d'un titre, d'une accroche, d'un incipit pour détourner le fleuve. On aurait pu penser que ce petit jeu de la désinformation est le seul fait des télés privées appartenant souvent à des forces de l'argent, lesquelles sont forcément en cheville avec les lobbies qui soutiennent Israël. On se serait fait une autre idée des médias publics, alimentés par l'argent public qui provient des impôts de tous les citoyens, et donc pas uniquement des soutiens d'Israël. Que nenni ! Voilà comment, écoutant une de ces chaînes publiques censées avoir a tout le moins une forme de neutralité, sinon de la sympathie pour les Palestiniens agressés, car ce sont eux les victimes dans l'histoire, on se révolte du détournement de sens. Un titre présenté l'autre jour : « Affrontements entre Israéliens et Palestiniens : 66 morts .» Déjà, on évacue d'emblée la provocation israélienne, la énième, dont le sens politique saute aux yeux. Ensuite, présenté comme ça, on a l'impression d'un équilibre dans les pertes humaines. Là encore, il faut attendre longtemps pour entendre vite dit et subrepticement que dans le décompte, il y a en fait 56 Palestiniens, dont des enfants, et six Israéliens. Quelques heures plus tard, la répression s'accentue mais le procédé informationnel reste le même, avec néanmoins une petite variante. Sur une chaîne française, cela devient un conflit entre Israël et le Hamas, évacuant totalement le fond du problème qui est la colonisation. Quant à l'énoncé du nombre de victimes, il ne diffère pas. 107 morts. Là aussi, on ne précise pas d'entrée qu'il s'agit de 100 morts palestiniens et de sept israéliens.
Du coup, on en arrive à cette tentative de manipulation médiatique qui transforme le bourreau en victime, manipulation avortée d'ailleurs, car il existe aujourd'hui des moyens d'information alternatifs pour rétablir la vérité.
Heureusement, des voix discordantes expliquent qu'il ne s'agit pas de la sacro-sainte sécurité d'Israël mais d'une énième agression de ce dernier qui vient à point nommé remettre en selle Benyamin Netanyahou, attendu par une flopée de procès pour corruption, qui trouve le moyen de prolonger ainsi son immunité en jouant les faucons, rôle dans lequel il excelle.
Le fait est que la raclée subie par Donald Trump, et son beau-fils philosioniste, a retenti sur Natanyahou. Et les commentateurs occidentaux, y compris les moins alignés sur l'axe américano-israélien, décryptent le présent avec les lunettes israéliennes, et sans replacer dans leur genèse les faits qui relèvent d'une situation néocoloniale.
L'AID À LA MAISON. Je n'ai pas vraiment regardé le journal télévisé de notre Unique nationale, mais je parie qu'on n'en pas dit une sur la répression qui s'est abattue sur le Hirak alors que la grâce de l'Aïd flottait encore dans l'air d'Alger et d'ailleurs. Coups de bâton, arrestations brutales, interpellations dans tous les sens ! On sent comme un vent de panique qui souffle sur les cimes qui peinent à se trouver une légitimité. Qu'importe que les organismes des Nations-Unies chargés des droits de l'Homme s'inquiètent de ce qui se passe chez nous. Après tout, ne sont-ils pas comme ces ONG qui financent avec le fric de la déstabilisation des factieux qui veulent anéantir le pays '
Par contre, sur les réseaux sociaux, ça y va. Un torrent de haine est déversé sur les hirakistes. On les voudrait aussi morts que les Palestiniens car, comme ces derniers, ce ne sont pas eux les victimes, mais le bourreau.
Le fait est qu'à l'approche d'improbables législatives, l'angoisse existentielle du régime atteint les sommets de la déraison. On a même visiblement abandonné la théorie des deux Hirak, le vertueux du début et le pourri qui lui a succédé, pour faire le ménage intégralement. Ni de une ni de deux, passez, il n'y a rien à voir et bonne fête de l'Aïd.
A. M.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Arezki Metref
Source : www.lesoirdalgerie.com