Contrairement aux élections du 17 mai dernier pourlesquelles l'explication de l'abstention a été postérieure, collée aux « petits» partis et à leur effet d'émiettement supposé de l'électorat, pour lesprochaines consultations, on semble s'y être pris plus sérieusement et avec unebelle technique d'anticipation. Le « sondage » du ministère de l'Intérieur,adressé individuellement à chaque électeur algérien abstentionniste, a certesété expliqué par une innocente volonté de statistiques, il sera interprétécomme un message de mise en demeure par les gisements ruraux de l'électoratalgérien qui craignent de se voir rejeter des dossiers de logements ou d'aidesde l'Etat dans le cas où l'électeur ne peut pas fournir sa carte d'électeur. Laprotestation « démocrate » a certes obligé certains à s'expliquer mais n'a pascorrigé l'effet de ce sondage sur les opinions et son impact de menace indirecte.Aujourd'hui donc, il s'avère que les résultats de « l'enquête » vont servir àsuspendre « provisoirement » de la liste électorale les insoumis qui n'aurontpas répondu à la question du ministère de l'Intérieur et, partant, peuventservir à expliquer les prochains taux d'abstention par simple jeu d'addition etde soustraction. Il sera donc facile d'expliquer, après le 29 novembre, que sibeaucoup d'Algériens n'ont pas voté, c'est parce qu'ils ont été suspendus de laliste par défaut d'adresse fixe, par exemple. La conclusion peut paraîtreforcée mais il est quasi certain que les premières conférences de presse aprèsle 29 novembre en démontreront le fondement. Dans le même temps, et en plus dela nouvelle loi électorale qui verrouille la concurrence au seul bénéfice despartis politiquement corrects ou statistiquement en bonne santé, le plaidoyerest ouvert depuis la dernière conférence du FLN à Sidi Fredj, pour une réformede la gestion des APC par des formules défendues par le ministre des Collectivitéslocales, Dahou Ould Kablia. Tirant opportunément le « bilan » de la dernièredécennie, le ministre plaidera d'abord pour l'augmentation du nombre des éluspour les communes de moins de 30.000 habitants que l'on juge sous-représentées,ainsi que pour l'amendement des lois autorisant le retrait de confiance oupermettant la désignation du maire par formule de tête de liste et ladésignation spécifique de maires spéciaux pour les grandes villes ainsi quepour la capitale sur la base du vote d'un second collège de maires de la wilayaconcernée. Dans le tas, le ministre plaidera, à juste titre pour l'associationde la société civile, pour une plus grande flexibilité dans la gestion desbudgets communaux, pour le basculement de la garde communale sous la coupe desmaires... etc., autant de propositions de fond qui, curieusement, n'ont pasretenu l'attention des médias ni des partis malgré leur importance et quiouvrent en principe un large débat d'abord technique sur l'avenir des APC, puis« politique » sur leurs opportunités aujourd'hui que le « jeu » des pouvoirscommunaux ne peut profiter qu'à certains partis. Ceci sans parler de leurfaisabilité alors qu'il ne reste plus que moins de deux mois avant lesélections. Des propositions qui, malgré leur calcul politicien involontaire,doivent au moins faire objet de campagne plus sérieuse que celle d'investiravec démagogie les questions des salaires et celles des manoeuvres deconcurrences pour les fabricants de campagnes partisanes. Les regards étantpathologiquement braqués sur le seul enjeu de la participation ou del'abstention pour les partis d'occupation de l'espace et pour un systèmepolitique qui ne gère plus que l'enjeu des taux et l'interprétation deschiffres.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com