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L'abondance financière sans impact sur la production industrielle en Algérie



L'abondance financière sans impact sur la production industrielle en Algérie
Les banques gagnent de l'argent en Algérie, mais leur activité demeure sans effet sur la production industrielle. Celle-ci stagne, quand elle ne baisse pas, alors que l'argent est disponible, les financements abondants, et les besoins énormes. Le modèle de développement algérien tourne à vide. Des spécialistes expliquent les raisons de cette stagnation.
De l'argent, beaucoup d'argent. Des projets aussi, adossés à une demande très forte. Mais l'économie algérienne prouve, encore une fois, que l'abondance de l'argent ne fait pas une activité économique, et qu'une activité financière florissante ne signifie pas une économie prospère. Car si les banques installées en Algérie sont plutôt prospères, l'activité industrielle continue, quant à elle, de tourner en rond.
La production du secteur public industriel a ainsi stagné en Algérie en 2011. Elle a même régressé, si on exclut l'activité énergie, qui a augmenté de huit pour cent, maintenant à flot un secteur dont le bilan général reste très contrasté, avec une hausse d'à peine 0,4 pour cent par rapport à 2010.
Dans le détail, la situation apparait encore plus alarmante. Car si l'agroalimentaire connait un bon de 21 pour cent, le « c'ur » de l'industrie (sidérurgie, métallurgie, mécanique) a enregistré un recul de 3,4 pour vent, après une année 2010 déjà marquée par un fort recul, évalué à 12,6 pour cent par l'Office National des Statistique.
Pourtant, l'Etat se montre particulièrement généreux avec le monde de l'entreprise. Le patronat a presque tout obtenu : crédits à taux bonifiés, proche de zéro, rééchelonnement de dettes, effacement d'autres dettes, avantages fiscaux et parafiscaux. Tout ce dont peut rêver un entrepreneur, en termes de facilité, a été fait par le gouvernement.
Dans le secteur public, il suffit aussi de demander. « Wood Manufacture », entreprise du bois, peu connue dans le pays, vient de recevoir 4,15 milliards de dinars de fonds, juste pour renouveler ses équipements. Saïdal avait, elle, obtenu 180 millions de dollars de soutien à l'investissement. Sans oublier les injonctions adressées aux banques pour financer les investissements publics ou privés. Ainsi, Arcelor Mittal a obtenu 140 millions d'euros de la Banque Extérieure d'Algérie, après avoir menacé de se déclarer en cessation de paiement.
Mais tout ceci reste sans effet notable sur la production industrielle, dans un pays où le taux de croissance tourne autour de trois pour cent. A l'inverse, les banques font des bénéfices record. La Société générale, dernière banque à publier ses bilans, annonce un résultat net en hausse de 20,9 pour cent, un chiffre que lui envierait n'importe quelle banque européenne, particulièrement en ces temps de crise. Elle précise qu'elle a consacré 241 milliards de dinars (près de 3,5 milliards de dollars) au financement de l'économie, alors qu'elle est loin du peloton de tête parmi les banques algériennes en termes de capacité financière.
Les banques étrangères étaient attendues pour apporter une innovation dans le financement d'économie algérienne. Ont-elles répondu aux attentes ' Abdealziz Rahabi, ancien ministre, relève que ces banques étrangères « accompagnent bien plus les exportateurs étrangers que l'entreprise algérienne », notant tout de même « qu'à leur décharge, il faut reconnaitre qu'elles évoluent dans un environnement où l'intermédiation financière est faible ».
M. Rahabi note toutefois, dans une déclaration à Maghreb Emergent, que le climat général en Algérie ne favorise pas l'investissement orienté vers la production. « Les étrangers n'ont pas besoin d'investir en Algérie pour engranger des bénéfices, dans une économie entièrement tournée vers la rente et un modèle de consommation tournée vers l'importation ». Il rappelle que l'investissement étranger s'est élevé à deux milliards de dollars sur une décennie, dont une bonne partie dans la téléphonie mobile, alors que « les banques publiques dorment sur un matelas financier de plus de 3.000 milliards de dinars ».
Le poids de la bureaucratie
Le sociologue Nadji Safir insiste, de son côté, sur deux facteurs qui déterminent, selon lui, les politiques publiques : la rente, et la bureaucratie d'état qui la gère. « La tendance majoritaire au sein de la bureaucratie d'état dominante ne veut pas se trouver contestée, par l'irruption de nouveaux acteurs sociaux, dans le monopole du pouvoir qu'elle exerce sur la société. Qu'il s'agisse d'investisseurs privés nationaux ou d'investisseurs privés étrangers, dès lors qu'ils peuvent devenir des acteurs significatifs car socialement légitimes, ils deviennent pour elle un risque à gérer, voire une menace à éliminer », dit-il dans une déclaration à Maghreb Emergent.
Cette hégémonie de la bureaucratie l'amène à « créer des conditions négatives pour les investisseurs privés nationaux et, surtout, étrangers », ajoute-t-il. De là, « l'interminable "surplace" qu'effectue le pays depuis plusieurs années ».
Par ailleurs, les injections massives d'argent ne génèrent pas automatiquement une production. Le développement des infrastructures constituent, certes, un préalable à la croissance, mais ne constituent pas un gage de développement de la production. Pour attirer l'investissement étranger, Abdelmadjid Attar, ancien ministre de l'énergie, qui se déclare partisans de la règle es 51/49, estime qu'il faut lui « garantir un minimum de vision, de stabilité, et de transparence à l'avenir ».
Quant à la situation actuelle, il l'impute « surtout à l'absence de stratégie de développement, et de vision à long terme, qui entraine elle-même une sorte de méfiance ou de crainte ». Le résultat est là. « On tourne en rond, ou alors on fait un pas en avant et un deux en arrière », note-t-il, alors que « les besoins sont et seront de plus en plus importants ».
L'offre de financement est, elle aussi, de plus en plus élevée, aurait-il pu ajouter. Le FMI vient d'annoncer que les réserves de change de l'Algérie ont atteint le cap symbolique de 200 milliards de dollars. Une trésorerie qui a de la peine à être convertie en produits industriels.
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