Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com
Il n'y a vraiment aucune chance pour que ça change en 2012. Les mêmes ingrédients recombinés, les mêmes sauces fades, voire nauséabondes, nous sont encore proposés. Intramuros, comme dirait un maçon apolitique, nous n'avons plus aucune intimité : tout le monde nous observe, nous ausculte, établit des diagnostics à des fins thérapeutiques, mais pas pour nous. À la rigueur, je comprendrais que des grandes puissances s'avisent de nous étudier, de nous orienter aussi, puisqu'elles ont le beau rôle et le pouvoir idoine.
Je me résignerais même au fait que M. Obama nous renvoie nos lettres d'amour et opte pour les maigres appâts d'Israël au lieu de nos rondeurs hydrocarbures. Tenez : j'y mettrais encore plus d'humilité en acceptant que la France décrète un moratoire sur la mémoire, suivi d'une déclaration en cessation de paiement. Mais pas lui, pas ça ! Peu me chaut que l'éphémère président de la République chancelante d'à côté ait des bontés, des atomes crochus avec les islamistes sponsorisés par le Qatar. C'est même son droit inaliénable de croire, sur ses vieux jours, que l'Islam revisité par la «Nahdha» et Cie est «La Solution», la panacée universelle. Comme tous les hommes de gauche vieillissants, Moncef Marzouki est libre de porter une barbe virtuelle et d'égrener un chapelet. Il ne nous apprendra rien sur ce chapitre, car c'est une maladie reconnue mais non remboursée par notre Sécurité sociale. La repentance tardive, consécutive à des problèmes cardiovasculaires ou subséquente à des ambitions de carrière, on connaît aussi et on la pratique depuis plus longtemps que les Tunisiens. Que M. Moncef Marzouki se soit lassé de la Tour Eiffel et qu'il préfère regarder vers La Mecque, Doha, ou même vers Ankara, c'est son affaire. Qu'il pense sincèrement qu'il n'y a aucune raison d'avoir peur des islamistes au pouvoir, alors que ces islamistes font tout pour nous persuader du contraire, ça ne regarde encore que lui. Or, nous pensons plus sincèrement que la «Nahdha» tunisienne n'a rien à voir avec «l'éveil» ou le sursaut annoncés. Si je ne craignais de choquer ces dames, je ne parlerais pas d'éveil, mais d'érection, à voir la place centrale que tiennent les femmes dans les projets islamistes. Mais, ce qui me paraît injuste et inadmissible de la part d'un ancien homme de gauche, c'est qu'il dise que l'arrêt du processus électoral de 1991 en Algérie a été une erreur. Ce qui laisserait entendre que ceux qui ont soutenu, de bonne foi, l'initiative, et parfois au prix de leur sécurité et de leur vie, ont fait le mauvais choix au mauvais moment. Plus qu'un droit de regard fraternel sur notre histoire, c'est un à un acte révisionniste que s'est livré M. Marzouki. Et Dieu sait combien de révisionnistes et de révisions ce pays a connus depuis son indépendance, à commencer par le couronnement des Oulémas comme libérateurs. En poussant plus loin cette logique, on en viendra bientôt à faire écho aux thèses messalistes selon lesquelles le déclenchement du 1er Novembre 1954 était prématuré. Et de fil en aiguille… Pour ce qui est de l'arrêt du processus électoral de 1991, la seule erreur est de n'avoir pas tenu compte du vieillissement et du syndrome de la repentance tardive, dont semble souffrir justement M. Marzouki. S'il y a eu erreur, c'est sur la capacité des élites algériennes, qu'elles soient au pouvoir ou non, à réfléchir de la même manière aussi bien à soixante-dix ans qu'à cinquante ans. Ce qui n'est pas le cas, et comme la régénération naturelle et classique est momentanément bloquée, on comprendra qu'il faille chaque fois prendre les mêmes pour refaire les mêmes choses. Comment voulez-vous que ça aille mieux en 2012 lorsque tout le monde trouve normal qu'un parti quitte le gouvernement, mais garde des portefeuilles, bien garnis du reste ' Dans mon ingénuité, aussi indécrottable qu'en 1991, j'avais cru que lorsqu'on quittait une coalition gouvernementale, on quittait les lieux avec son personnel. Or, dans le cas de l'ex-coalisé Soltani, on a inauguré une autre forme de rupture : on divorce, mais on habite encore ensemble et on partage la pension alimentaire. Voilà un grand sujet d'étude pour M. Marzouki s'il lui prenait envie, à l'avenir, de suivre le même exemple. Prudence, toutefois, les dirigeants tunisiens de demain pourraient ne pas être aussi accommodants que les nôtres, singulièrement en la circonstance. On peut aussi se demander si les quatre ministres du Hamas auraient obtempéré et remis le tablier si leur chef leur en avait intimé l'ordre. M. Soltani s'est sans doute souvenu de l'exemple assez récent de ministres qui se sont opposés à leur propre parti et ont préféré rester en poste. Puisqu'il est possible aujourd'hui, dans ce pays, d'avoir le don d'ubiquité et d'être à la fois dedans et dehors, pourquoi ne pas en profiter ' Alors, autant garder deux fers au feu et aller à la pêche aux voix, l'âme sereine, sachant qu'avec la flotte de chalutiers dont on dispose, ce ne sera pas du menu fretin. Et si à Dieu ne plaise, le poisson est rétif et que la pêche n'est pas bonne, on pourra toujours recourir à la fraude «halal». Les islamistes peuvent désormais s'y livrer sans fausse honte et sans mauvaise conscience, puisqu'une fatwa, l'une des toutes premières de l'année, les autorise. Le nouvel édit religieux nous vient, comme très souvent ces temps-ci, du Caire, et il est signé par le prédicateur fondamentaliste, Talaat Zahrane, qui affirme que la fraude est un «devoir légal». Dans cette fatwa, l'ancien président Moubarak, qui risque de payer tous les pots cassés depuis Ramsès 2, est encensé pour avoir pratiqué assidûment cette «obligation» religieuse. A défaut, et comme ultime issue, il restera la Sublime Porte. C'est à Ankara, en effet, que le nouveau Janus a réservé sa première visite d'opposant, en espérant y faire reconnaître son appartenance à l'Islamisme modéré, concept inventé par la gauche française et remis en vogue par Moncef Marzouki. Evoquant cette visite dans son billet quotidien sur Al Fadjr, notre confrère Saad Bouakba suggère au responsable du néo-Hamas de se faire nommer «dey» d'Alger. Comme au bon vieux temps, puisque, semble-t-il, nous n'avons plus d'autre choix qu'entre le retour de l'un des deux anciens occupants. D'aucuns trouveront que cette vision est pessimiste, mais si le décor est aussi sombre, la faute en revient à ceux qui l'ont planté.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A H
Source : www.lesoirdalgerie.com