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Kiosque arabe



Kiosque arabe
Par Ahmed Halli[email protected] /* */L'info essentielle est dissimulée au milieu d'un article, apparemment destiné à accompagner la «réforme» du wahhabisme, annoncée par l'Arabie Saoudite, dans le sillage des guerres tous azimuts. Ceci, bien que niant officiellement l'existence d'une idéologie wahhabite, régissant la pratique religieuse et la gestion de l'Etat, matrice de l'Islam politique et de tous les malheurs actuels du monde musulman. L'article signé Amr Al-Khatib, très certainement un pseudo de circonstance, est paru dans le magazine «Elaph», l'un des médias les plus alignés sur les thèses de Riyad. Intitulé «Notre problème avec les théologiens hésitants», le texte se présente comme un pamphlet contre les signes de l'extrémisme religieux, non pas en terre d'Islam, mais en Occident. Ainsi, il conseille aux femmes musulmanes vivant en Europe de ne pas porter le hidjab, non pas parce qu'il n'est pas une obligation, mais par souci de discrétion, par crainte de l'islamophobie. Autrement dit, une Algérienne qui porte le voile obligatoire à Alger, doit l'enlever lorsqu'elle est à Paris, pour ne pas se faire remarquer, voire agresser, sachant que tous les Européens sont d'odieux racistes. Ce racisme s'exprimant surtout contre les manifestations ostentatoires de religiosité, ces dernières tendraient à diminuer, ainsi que le nombre des femmes voilées dans les espaces publics.Après le voile, l'autre sujet de controverse, voire de discorde en Europe, c'est celui du jeûne du Ramadhan et de sa pratique exténuante, surtout dans les périodes estivales où les journées sont particulièrement longues. Le jeûne est d'autant plus dur à supporter que les employeurs européens ignorent tout de ses bienfaits et obligent les musulmans à travailler, comme en temps normal. La solution existe et elle est à la portée de tout le monde, et principalement de tous les musulmans qui vivent en Europe et qui souffrent le martyre, notamment en périodes de chaleur. «Les musulmans ont essayé de s'y conformer, s'armant de volonté suivant les recommandations des théologiens hanbalites et autres, qui ne pensent qu'à la mort, au lieu de penser à la vie. Ils ont oublié, note Amr Al-Khatib, que le musulman ne vit pas dans un État musulman, et qu'il doit travailler du matin au soir, l'essentiel en Occident étant de travailler et de réaliser». Opposant la fatwa qui autorise à celles qui interdisent, l'auteur affirme avoir découvert et débarrassé de la poussière une fatwa qui permet aux gens de jeûner selon l'heure de La Mecque. Cette fatwa est du célèbre Cheikh Mohamed Abdou qui avait désapprouvé, lors d'une visite en France, les musulmans qui jeûnaient et avait préconisé qu'ils observent le Ramadhan, en suivant l'horaire de La Mecque.Je ne suis pas spécialiste en décalage horaire, mais si l'on considère l'écart de trois heures qui existe entre Paris et La Mecque, je suppose que ça doit être tout bénéfice pour les bons musulmans. Surtout qu'il s'agit de remplacer le fameux «qui dort dîne», par un plus austère "qui dort jeûne", un jeûne avantageusement écourté, à l'heure de sa rupture. Alléchante perspective que devraient envisager sérieusement les responsables religieux d'Europe, au lieu de militer pour le voile. Toutefois, notre ami (soudainement devenu) avoue qu'il n'est pas facile de convaincre les théologiens wahhabites d'aujourd'hui, atteints de lithiase cérébrale. C'est sans doute à ces théologiens et à leurs devanciers que pense la Saoudienne Nadine Labdayer, lorsqu'elle évoque «Des États qui imposent à leurs citoyens d'aller au paradis» (Voir sur ce site : http://middleeasttransparent.com/ar/). Une critique en règle des mœurs sociales et politiques de son pays, et des autres États arabes. Extraits?:«Que tu le veuilles ou non, tu entreras au paradis malgré toi. Tu n'as pas le choix. Que tu sois contraint ou consentant (une question qui a divisé tous les théologiens), c'est un détail auquel ne s'arrêtent pas les autorités qui dirigent leurs peuples en recourant aux indulgences. Ici, le pouvoir t'aime à un point insupportable. L'État se préoccupe de toi alors que tu as quarante, ou soixante ans, comme ta mère s'inquiétait pour toi, lorsqu'adolescent tu rentrais tard. Même au jugement dernier, rassure-toi, c'est le pouvoir qui sera jugé à ta place. Le pouvoir est une mère attentionnée, mais impitoyable. Malheur à toi, si tu passes la nuit à méditer sur Dieu et sur les mystères de la création. Couche-toi de bonne heure, puis réveille-toi, va à ton travail, et acquitte-toi des obligations religieuses qui te sont imposées au nom du cheikh (descendant des premiers, des prédécesseurs). Et ce «fils de”?» est une personne qui est passée par nos lieux sinistrés, il y a des lustres et des lustres, sans se douter que des groupes de naà'fs, d'idiots (nous), lui succéderaient et s'entretueraient à cause de ses idées, de ses pirouettes, ou de ses erreurs, ou encore à cause de sa science immuable. Autre chose : l'État te cataloguera et t'imposera son rite. Dans ce genre d'État, on mobilise les ressources naturelles, les finances et l'économie, pour obtenir plus de soumission, plus de servilité, au lieu de les consacrer à la recherche scientifique et au progrès. Qu'en est-il du reste du monde' Il n'existe pas, ou il est si dissolu, et sa survie est provisoire (”?) Qu'en est-il de leur devenir' Ils ont la vie terrestre, et nous avons l'Au-delà . Ce sont ces histoires que le pouvoir raconte à ses enfants avant qu'ils ne s'endorment. Ceci n'est qu'une partie de ce que nous ont appris nos écoles. Ensuite nous nous enhardissons à nous interroger sur le terreau fertile d'où est né le terrorisme, et pourquoi l'Arabe ne produit pas. Il ne produit pas parce qu'il est un refoulé sexuel qui attend les Houris, un apathique qui rêve d'éternité, au milieu de tous les péchés dont jouit l'homme occidental».Vous aurez remarqué les termes utilisés, surtout dans les deux dernières phrases, et leur similitude avec ce qu'a écrit Kamel Daoud, le mois dernier à propos des évènements de Cologne.À part, quelques vociférations habituelles sur les réseaux sociaux, Nadine Labdayer va certainement échapper au lynchage spécialement réservé au chroniqueur et écrivain algérien. Au reste, en cherchant dans la presse du Moyen-Orient, je n'ai trouvé qu'un texte du niveau de la fatwa de 2014 appelant au meurtre de Kamel Daoud, celui d'un certain Othmane Saadi. Parmi la dizaine d'articles consultés, tous plus ou moins élogieux, il n'y a que celui de l'islamo-baathiste, “pur Amazigh” par ailleurs, qui détonne. Il n'appelle pas ouvertement à lapider Kamel Daoud, mais il réunit tous les éléments d'un réquisitoire, agissant en procureur, alors qu'il se prétend écrivain. Il y aura toujours des vérités qu'il est interdit de proférer ailleurs, et dans une autre langue que l'arabe, et Kamel Daoud a l'immense tort d'écrire en français. Il est d'autant plus coupable qu'il a échappé au filet scolaire mis en place par les obscurantismes qui ont présidé aux destinées de notre système éducatif. Il reste que dans ce pays, on n'est jamais aussi bien assassiné que par les siens, et dans ce métier Othmane Saadi a fait école aussi. Une histoire de petits meurtres entre Algériens, mais pas nécessairement frères.


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