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Kiosque arabe



Kiosque arabe
Par Ahmed Halli[email protected] /* */De glissement en glissement, les musulmans en sont arrivés à confondre l'obligatoire et le surérogatoire, en matière religieuse, à ne plus distinguer l'accessoire de l'essentiel, et même à privilégier le superflu s'il a une plus grande visibilité. Pour être là , le jour J, et égorger son propre mouton, l'Algérien est prêt à se saigner aux quatre veines, si j'ose dire, surtout si ces prises de sang sont différées. Grâce aux «crédits à la consommation» qui couvrent l'achat du mouton, le sacrifice paraît plus léger, même s'il implique d'autres sacrifices sur d'autres budgets, mais au diable l'économie quand il s'agit de préparer l'Au-delà ! Le mouton avec facilités de paiement, oui, mais sans trop le crier sur les toits, car tout le monde n'est pas d'accord sur la validité du sacrifice à crédit. Et puis, si c'est facile de crier «ta gueule je suis riche !», comme dans le sketch de Smaïne, avouer en signant des traites qu'on est gêné aux entournures, ou qu'on est franchement pauvres est moins évident. Une fois le mouton payé, quelles que soient les modalités, bien installé, dans la salle de bains, ou sur le balcon, on peut se mettre en quête de ses derniers repas. Il y en a désormais à tous les coins de rue, puisqu'il n'est plus besoin de maîtriser la chaîne alimentaire ni être assez bête pour vendre du foin. On peut alors se permettre de faire du prosélytisme, voire de jouer les riches, histoire de mettre son voisin dans l'embarras.Il arrive toutefois que le voisin ne soit pas disposé à s'en laisser conter, comme peut en témoigner cet échange qui ne manque pas de saveur entre deux voisins, appelons les Ali et Omar :- Ali (un tantinet suffisant) : comment, tu n'as pas encore acheté ton mouton, qu'est-ce que tu attends '- Omar : Non, je ne le ferai pas, les moutons sont trop chers !- Ali : Tu sais pourtant que c'est un devoir religieux, pour commémorer le sacrifice de Sidna Ibrahim Al-Khalil.- Omar : Je sais, mais Sidna Ibrahim, lui, n'a eu qu'à tourner la tête, et la bête était là , prête à être sacrifiée. Son mouton, il l'a eu gratuitement.Ce dialogue aigre-doux, légèrement remanié, mais en gardant l'essentiel, est assez réconfortant, puisqu'il témoigne que des Algériens peuvent encore se parler, et que les gisements d'humour ne sont pas taris. Du moins pour cette génération charnière, sommée, de jour en jour, de s'adapter à des mœurs et à des rituels que nos grands-pères et nos pères étaient à mille lieues de soupçonner.Tenez, cette pratique archaïque qu'est la saignée, bannie dans le monde entier par la médecine et la science modernes, et remise en vogue chez nous par les partis islamistes et les prédicateurs obscurantistes. La saignée, ou «hidjama», était effectivement pratiquée du temps du Prophète, mais elle lui était antérieure, et elle était aussi en vigueur dans d'autres sociétés, notamment en Europe. Aujourd'hui, le business de la «hidjama» et de ses ustensiles prospère partout, et des officines et «cliniques» privées s'y adonnent, souvent avec la bénédiction de notre système de santé. S'aidant de quelques hadiths vantant les mérites de la «hidjama», ce qui était normal pour l'époque, les partisans de la saignée taillent des croupières à la médecine moderne. Des praticiens se la santé publique recommanderaient même cette «thérapie», en plus de la «roqia» à leurs patients, lorsqu'ils sont impuissants à établir un diagnostic précis. Alors que les progrès scientifiques et biologiques ont prouvé depuis longtemps l'inanité de cette thérapeutique, sauf sans doute sur un plan psychosomatique, la théologie wahhabite en a fait un dogme irréfragable. A tel point que même le ministre de la Santé de l'Arabie Saoudite s'est fait remonter les bretelles (!') par les cheikhs locaux, pour avoir dit que l'efficacité de la saignée n'était pas prouvée.Le dermatologue égyptien, Khaled Mountassar, est l'un des rares médecins de son pays et du monde musulman à dénoncer la «hidjama», élevée abusivement au rang de «médecine prophétique». Il a été récemment témoin, sur une démonstration en direct à la télévision, de la pratique d'une saignée sur un «patient» volontaire et par un charlatan se targuant d'un «diplôme médical» de «hidjama». Cette imposture à laquelle se prêtent volontiers certaines chaînes de télévision satellitaires d'obédience islamiste est d'autant plus grave qu'elle est cautionnée par des édits religieux. Or, note Khaled Mountassar, la saignée était l'un des remèdes connus à l'époque du Prophète, mais la pratique est antérieure à l'avènement de l'Islam. Abou Djahl et Abou Lahab se soignaient déjà à la «hidjama», et celle-ci n'était pas l'invention de Koreïche, affirme le médecin qui met au défi ses pratiquants de présenter une seule étude attestant de son efficacité. Or, affirme-t-il, des partisans de la saignée vont jusqu'à prétendre que celle-ci peut prémunir même contre des maladies considérées comme incurables comme le sida. Or, la «hidjama» était effectivement en vogue du temps du Prophète, mais comme d'autres pratiques qui sont entrées au musée de l'Histoire. Et sur ce plan d'ailleurs, le Prophôte a laissé une sentence claire aux musulmans en leur disant : «vous êtes les plus à même de gérer les problèmes de votre vie», note-t-il encore.Quant aux écoles et facultés de médecine, il semble bien qu'elles jouent un rôle tout autre, constate avec amertume Khaled Mountassar, à la lecture d'une information concernant le démantèlement d'une cellule terroriste. «Tous les membres de cette cellule, arrêtés à Mansourah, sont issus de l'école de médecine, à l'exception d'un seul qui vient de l'école de pharmacie. Pas un jour ne passe, sans que les journaux nous apprennent que telle cellule terroriste démantelée était dirigée par un médecin, ou des explosifs ont été découverts dans le cabinet d'un médecin», relève-t-il. Dès lors, il n'est plus question de demander à ces médecins qui ne prêtent plus visiblement le serment d'Hippocrate, s'ils sont adeptes ou non de la saignée «rituelle», pratiquée de préférence sur des humains récalcitrants.


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