Alger - A la une

Khelli l'bir beghtah Les dilemmes



Khelli l'bir beghtah                                    Les dilemmes
Alger qui pleure. Alger qui rit. Alger qui fait pleurer. Alger qui fait rire. Alger, capitale de la douleur et des doux leurres, comme n'aurait pas manqué de le relever Paul Eluard. Nous autres Algérois, et sans doute en est-il de même pour les Algériens habitant toutes les grandes métropoles du pays où des moyens de transports nocturnes conséquents ont été mis en place, nous nous trouvons face à un dilemme cornélien. Ici, grâce aux bus, au tramway et au métro qui roulent jusqu'à 23 heures, il est possible de sortir après le dîner. De se dégourdir les jambes. De humer l'air frais de ces magnifiques nuits estivales. Mais, premier dilemme : où aller ' Il existe si peu d'endroits où une famille, normalement constituée, peut se rendre. Pas de théâtre. Ni de concerts enrichissants. Partout où le regard se tourne, on ne trouve que des magasins fermés. Des salons de thé barricadés.
Des bars peuplés de barbares, qu'on oblige à fermer à des heures de plus en plus avancées, avant de les fermer tout court. Un pote à moi m'a raconté que chez Ardis, par exemple, il a vu plein de familles acheter tout et n'importe quoi à des prix quasi inimaginables. Par exemple, il aurait vu des sandales pour femmes, de je ne sais plus quelle marque, partir comme des petits pains pour la bagatelle de... 14 000,00 dinars. Je ne sais pas s'il dit vrai. En revanche, je n'en serais pas étonné de la part de ces Algériens tellement paradoxaux qui, tout en se plaignant de la cherté de la vie et de tant d'autres choses financières, n'hésitent pas à s'endetter, à contracter les prêts les plus farfelus qui soient, rien que pour vivre au-dessus de leurs moyens, à se payer hadik la télé dernier cri dont je ne me souviens pas du nom, à épater le voisin, à se faire regarder vivre, et non pas vivre... Mais là, je m'égare.
Car il me reste le second dilemme. Tellement plus grave que le premier. Les voyous, bandits, chenapans de tous poils, se font extrêmement nombreux durant la nuit, surtout que l'animation a un tantinet repris depuis que le tramway, le métro et même les bus ont décidé de fonctionner jusqu'à 23 heures.
Sachant que les Algériens qui sortent ' le plus souvent pour faire des achats ' emportent avec eux pas mal de fric, ils sont toujours à l'affût de la bonne affaire. Les statistiques parlent ainsi de pas moins de 7 agressions par jour, ou plutôt par nuit, durant cette saison estivale. Ce que je trouve le plus curieux dans tout ça, c'est que le déploiement impressionnant des forces de sécurité, parfaitement visible pour les gens qui sortent la nuit, ne semble guère dissuader des bandits en manque. Est-ce parce qu'ils se «dopent» avec des produits qui les rendent insensibles à la peur ' Comme cette tristement célèbre «Madame Courage» ' J'avoue que je n'en sais fichtre rien. En tout cas, moi j'ai résolu mes deux dilemmes : je ne sors tout simplement pas. Cela m'évite de trop dépenser, ce qui sauve le maigre salaire que je touche et me permet de dormir tôt pour affronter bravement les dures et chaudes journées de ces (mas) sacrés mois. En attendant l'hiver, et les verres. Enfin, de quoi je me mêle ' Khelli l'bir beghtah.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)