Elle est partie définitivement, Katiba. Cette silhouette féminine très respectée, se fondant au milieu de la foule que nous avons pu observer souvent durant des matinées le long de la rue principale de Tipasa ne paraîtra plus.
Toujours active jusqu'à la fin de ses jours. Elle accomplissait à la fois ses rôles de mère et d'animatrice de radio et de télévision sans provoquer des failles. Le trajet avec les moyens du bord menant de Tipasa vers Alger ne l'effrayait pas. Il suffit qu'elle se mette debout au bord du trottoir en face de son domicile à Tipasa, que voilà, l'un de ses admirateurs s'arrête pour la cueillir comme une fleur, afin de pouvoir se «cultiver» durant le trajet, jusqu'à Alger, lieu de son travail. Katiba Yacine fait partie de ces femmes algériennes qui «ont du nif» pour le bled. Les hordes criminelles n'ont pas réussi à la faire déménager de sa maison, quand les terroristes ont fait exploser une bombe à moins de 10 mètres de son domicile. L'acte criminel visait en 1er lieu le commissariat de police de Tipasa. Elle ne ratait pas les rendez-vous qui traitaient l'Histoire du pays.
En effet, Katiba Yacine, pour ne citer qu'un seul exemple, se trouvait là, assise et discrète au 1er rang dans la salle des fêtes à Cherchell, pour assister à la conférence animée par le défunt moudjahid Saâdoun Mustapha, la combattante Louisette Ighilahriz, l'avocate Fatima Benbraham et l'ex-commissaire politique de l'ALN, Ghebalou Hamimed. Cette rencontre inédite avait évoqué le rôle des Algériennes durant la guerre de Libération nationale et en particulier le combat et la vie de Yamina Oudaï, héroïne durant la guerre de Libération nationale et héroïne également d'un livre de Assia Djebbar. La conférence était organisée, précisons-le, par l'Association des journalistes et correspondants de presse (AJCP) de la wilaya de Tipasa.
Katiba Yacine s'associait à la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse avec les membres de l'AJCP de Tipasa, pour honorer la mémoire des journalistes assassinés durant la décennie rouge et rendre hommage à tous ses confrères et ses consœurs qui continuent à mener le combat pour la liberté d'expréssion. «Je vous informe que je suis votre administrée», lance-t-elle avec son sourire au wali de Tipasa, Mohamed Ouchen, lors de sa présence, à l'occasion de la célébration de cet événement planétaire sur la liberté d'expression et de la presse, organisée à la villa Angelvy à Tipasa. Toujours en quête de savoir, elle avait cet humour particulier, pour aborder ses «cibles» intéressantes. Elle les questionnait pour satisfaire ses curiosités sur des faits historiques précis. «Je suis quand même toujours belle et photogénique malgré mon âge, nous disait-elle, maintenant je peux avoir un portrait dans votre journal ; je ne le mérite pas à ton avis '», ajoutait-elle avec ironie. Fidèle lectrice d'El-Watan, Katiba Yacine, avec sa voix rauque mais toujours chaude et ses anecdotes purement sorties des entrailles La Casbah d'Alger, ne vous laisse pas indifférent. On tombe sous le charme de cette Algéroise cultivée, qui a le verbe facile, pour empêcher le silence de s'immiscer entre elle et son vis-à-vis. Fièrement, elle dévoilait son penchant avéré pour l'Histoire de son Algérie et la souffrance de ses compatriotes.
Elle revendique son algérianité, son appartenance à sa culture berbéro-arabo-islamo-méditérranéenne et ses riches patrimoines. Son cœur battait pour ses enfants. Infatigable résistante contre l'obscurantisme, l'intégrisme et la corruption, Katiba Yacine avec le regard perçant de ses beaux yeux, trouve spontanément les sujets d'actualité qui lui faisaient mal, pour les étaler devant le journaliste. Bien que lassée par l'état actuel de son environnement, Katiba Yacine ne désespérait pas, pour insister sur l'amour pour la Patrie, l'apprentissage de l'Histoire de l'Algérie, la résistance contre les forces négatives, la solidarité entre les intellectuels algériens et le sacrifice de la société civile vers des perspectives meilleures. Katiba Yacine nous quitte définitivement à l'âge de 61 ans, sans nous avoir livré entièrement son héritage culturel. Son ombre avait planait hier à Tipasa lors de son enterrement.  Â
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M'hamed H.
Source : www.elwatan.com