Projection grotesque de la société sous-développée, « les fables » de Kamel Kerrour(1) intitulées les peuples malheureux de la république misérable(2) décrivent un « monde arabe » en déconfiture, des gouvernants d'un ridicule sinistre et des « peuples » qui ont « perdu la boussole de la vie ». Dans ce « monde », la logique qui régit l'existence est aberrante. « Le sens de l'autorité » est créé à l'aide du « bâton » des mains des « présidents dictateurs ». L'un d'eux, « le général El Hadjadj »(3) a même « commandé, maltraité et tué » « ses citoyens » pendant... un siècle ( fable du « Général El Hadjadj » (p.89). Les systèmes politiques décrits par Kamel Kerrour ont même le don de « résoudre automatiquement le problème de la circulation des citoyens s'enfuyant à toute allure devant les gouvernants ! »Rien n'échappe à la plume satirique de notre nouvelliste ; le sentiment d'assister à l'agitation inconsciente d'une « espèce inférieure » (se proclamant « supérieure ») détermine Kamel Kerrour à imprimer quelquefois à sa littérature de pamphlétaire, ce style virulent à même de décrire d'un air détaillé jusqu'aux « immondices innommables ». Il peint la « crasse inimaginable » des religieux sur plusieurs pages témoignant d'un art exceptionnel de la description par paraphrase savante des matières excrémentielles (Les années sèches de la République) p. 5, « La douteuse fetwa du mufti de la république » p. 15).Une autre chose est encore à observer : ces fables de Kamel Kerrour se placent sous le signe du rire sarcastique. Les gens se séparent de leur passé en riant. « La lourdeur du souci » faisant rire. On le sait : Tout ordre dépassé aboutit à la parodie de sa forme authentique ; l'histoire se répète dans une version comique. Soumettant à l'ironie et au sarcasme une « soi-disante » hiérarchie des valeurs reposant sur l'imposture, Kamel Kerrour accomplit un « acte révolutionnaire ». Une plume audacieuse ! (1) Ecrivain arabophone algérien. (2) Editions Casbah - Alger 2009. (3) Le nom d'El hadjadj est sinistrement lié à des massacres de chiites et à l'assassinat de Hussein, fils d'Ali (cousin du Prophète). Karbala (Irak) est devenue depuis la 2e Mecque des chiites.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Djilali Khellas
Source : www.elwatan.com